‹ Frédéric Ozanam, sa vie et ses œuvres [microforme]Chapitre 63 sur 65 · CIEL · texte numérisé non relu

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‘“ bres souffrants de Jésus-Christ, s’étudiant surtout à ‘apporter dans le bienfuit ces ménagements qui font ‘* oublier à l’assisté son infériorité apparente, Il cher- ‘ chait encore à recueillir de ses visites charitables ‘* des leçons pour sa propre conduite, tantôt il admi- ‘‘rait la patience et la résignation de ces protégés, ‘tantôt il voyait dans leur dénuement la condamna- ‘tion du luxe et du bien-être. L'instabilité des choses ‘ humaines lui apparaissait d’une manière frappante ‘lorsqu'il rencontrait, ce qui n’était pas rare, des ‘familles déchues de leur ancienne prospérité ; et il ‘en concluait le détachement que l’on doit avoir ‘* des biens de ce monde; puis remerciait la Provi- ‘ dence de lui avoir épargné de semblables épreuves, ‘à cause de sa faiblesse. Ces études chrétiennes étaient ‘“ précisément un des avantages les plus précieux ‘qu’il faisait valoir auprès des jeunes gens appelés à ‘ faire partie de la Société Saint-Vincent de Paul...

‘ Malgré tout le zèle qui animait Ozanam pour ses ‘ œuvres de charité, il était cependant loin de négli- ‘‘ ger pour cela les travaux de sa profession. Comment ‘* celui qui prononça, au collège Stanislas, dès le dé- ‘ but de sa carrière, cet admirable discours sur la ‘* puissance du travail (*), aurait-il pu se contredire ‘“ dans sa conduite ? Persuadé, à juste titre, que le ‘travail est une loi divine à laquelle personne ne

(*) Œuvres complètes d'Ozanam. Mélanges, T. IT, p. 1,

‘ peut se soustraire sans forfaire aux desseins et à la * volonté de Dieu, il n'admettait pas qu’on travaillât ‘* par seule passion pour la science, ou bien encore ‘* pour le seul but de la richesse, du plaisir et du re- ‘pos, pour ne plustravailler un jour, “J'écris, disait- ‘il, parce que Dieu ne m'ayant pas donné la force ‘* de conduire une charrue, il faut néanmoins que ‘* j'obcisse à la loi du travail, et que je fasse ma jour- ‘6 née.” (*)

Ozanam aimait à dire: je gagne mon pain; et lorsque la maladie lempêchait de travailler, il s’écriuit avec douleur, comme son cher patron saint Vincent de Paul : ‘* Miscrable que je suis, je mange un pain que je n ai pas gagné.” Il pensait alors à Notre-Seigneur travaillant dans l'atelier de saint Joseph, et ce souvenir lui avait inspiré quelques vers charmants ou il disait :

Je suis un ouvrier, un obscur mercenaire Qui travaille humblement dans l’atelier du Père.

Nutre les travaux dont nous avons essayé de doner une analyse, Ozanam a laissé un riche trésor de notes du plus haut intérêt, et qui témoignent de la vaste étendue de son érudition. ‘ Ces notes, dit l’abhé ‘* Ozanam, sont une vraie merveille. Ce ne sont pas

(*) Introduction À l’histoire de la civilisation aux temps barbares,

des chiffons de papier griffonnés à la hâte, ce sont des sommaires tracés avec la plus grande netteté et la plus grande correction, L'écriture même est soignée et, comme toujours, fixe et ferme. Ce sont des pierres préparées d'avance qui devaient trouver leur place dans le grand édifice qu’il se proposait d’éle- ‘ver. Tout l’enchaînement des idées s’y trouve. Assez ‘* souvent, parmi ces notes, on rencontre des passages ‘* entièrement rédigés et remarquables par la justesse ‘ de l'aperçu et le bonheur de l'expression.

‘ L'ouvrage sur les origines germaniques s'arrête ‘à Charlemagne, L'histoire de l'Allemagne jusqu’au XIIIe siècle avait été le sujet de plusieurs cours ‘* dans lesquels Ozanam avait traité la poésie cheva- ‘ Jeresque, populaire, satirique du moyen âge en ‘* Allemagne. Tous les matérieux de ces cours se ‘ retrouvent dans desnotes presque toutes inachevées ‘et inédites.

‘ Une masse considérable de notes sur l'Italie “ montre qu’il était beaucoup plus avançé pour cette ‘ partie de la tâche, Il avait tracé le plan d’une his- “ toire de la commune de Milan, qui devait faire partie d’un ouvrage historique sur les communes italien- “nes. Son dessein était de suivre la marche de la “ civilisation et des lettres depuis le cinquième siècle

“jusqu’au treizième, c’est-à-dire jusqu'aux poètes franciscains et à Dante, dont la figure majestueuse

devait apparaître au sommet de l'édifice. Parmi les innombrables notes qu’il a laissées, on

‘“ trouve encore celles d’un cours sur l’histoire litté- ‘ raire de l’Angleterre, à partir du sixième siècle, où ‘il est traité avec détails des moines irlandais, des ‘ couvents anglo-saxons, de Bède et d'Alfred le Grand.

‘ En parcourant ce vaste ensemble de notes, de ‘ leçons, d’écrits, dit M. Ampère, on croit parcourir ‘ l'atelier d’un sculpteur qui aurait disparu jeune ‘encore, et qui aurait laissé beaucoup d'ouvrages ‘arrivés à un inégal degré de perfection. Il y a des ‘* statues terminées et polies avec une extrême dili- ‘ gence; il en est qui ne sont qu'ébauchées, mais ‘ toutes portent l’empreinte de la même âme et la

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marque de la même main.”

Un très grand travail qu’il avait entrepris et que nous nous reprochons d’avoir à peine indiqué, c’est la traduction de la Divine Comédie, traduction accompagnée de commentaires. Ces commentaires n'étaient autre chose que les notes de son cours sur Dante. Il avait imaginé de faire pour ce cours une traduction de tout l’ouvrage afin de mieux faire goûter à son public l’œuvre sublime dont tout le monde ne pouvait comprendre le texte.

La partie du Purgatoire seule à été complétée et publiée après sa mort. Pour chaque chant il avait quelquefois refait son commentaire comme on refait une leçon pour le publier. D’autres fois on n’a plus retrouvé que les notes, qui ont été données dans l’état où elles avaient été laissées.

Assez singulièrement, c’estle Purgatoire qui occupe

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