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Il ne semble pas, à première vue, que l'envoyé choisi par Frédéric pour aller traiter une affaire si grave, et dont chaque détail avait tant de prix à ses yeux, fiit lagent le mieux approprié h cette tAcho. Frédéric, comte de Rottenbourg, ii\Hait rien moins qu'un diplomate de profession. C'était un gentilhomme de bonne et agréable compagnie, mais qui, dans un âge déjà mrtr, restait, malgré les années, très jeune de caractère et d'habitudes. Appartenant à une famille noble de Livonie, dont une branche avait pris du service en France, il était venu de bonne heure à Paris visiter ses parents et chercher la fortune avec le plaisir. L'une et l'autre lui avaient souri. Le régent, ladmettant dans sa société la plus intime et la plus gaie, l'avait marié à la fille de sa maîtresse, la marquise de Parabère, sans exiger de lui plus de fidélité qu'une telle hérédité n'en comportait. Il avait dû à cette alliance la faveur de prendre part, avec un grade élevé, à la guerre soutenue par Louis XV pour replacer son beau-père Stanislas sur le trône de Pologne ; ce qui ramena naturellement le jeune Livonien dans le voisinage de son pays
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natal. La crainte lui vint alors que, malgré la bieuYoillanco qu'on lui témoignait, non origine (il était né protestant et sa conversion restait douteuse) ne fût tôt ou tard un obstacle sur lo chemin de la fortune et il prit congé des drapeaux do la France pour passer sous ceux de la Prusse. Le hasard le mit aux côtés du jeune roi à Molwitz, et il se lit blesser généreusement en le couvrant de sa personne au moment où Tescadron royal quittait à la hâte le champ de bataille. Depuis lors, son intimité avec le prince était restée grande, mais c'était entre eux camaraderie de plaisirs plutôt que confidence d affaires. Chaque année, Roltenbourg, resté Parisien dans Tàme, prenait le chemin de la France, en apparence pour faire soigner ses blessures, dont il souffrait encore, en réalité pour entretenir et renouveler connaissance avec ses compagnons d'armes et de jeunesse. Nul n'était plus familièrement admis que lui dans tous les cercles de la capitale, depuis les bou* doirs des grandes dames jusqu'aux coulisses des théâtres. Frédéric trouvait en Ini tantôt un pourvoyeur de ses divertissements qui recrutait
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à prix d'or, pour le théâtre de Berlin, des premiers sujets de ballet ou d'opéra, tantôt un correspondant très bien informé, qui le tenait au courant de toutes les anecdotes nou seulement de la cour et de la ville, mais de ce monde littéraire dont le moindre incident Tintéressait. Aussi, c'était à lui que Voltaire, faisant mine de quitter sa patrie en disgrâce, avait conté la première confidence de ses feintes colères et c'était lui aussi que Frédéric avait chargé de déjouer par un expédient plus amusant que loyal le piège qui lui était tendu.
Ce tour d'adresse, très lestement exécuté, faisait honneur à la dextérité de Rottenbourg. De là cependant à lui confier une mission sérieuse, il y aurait eu loin encore, si, avant toute négociation, Frédéric n avait cru nécessaire de commencer par une enquête, une sorte de reconnaissance du terrain à laquelle les habitudes, les faiblesses et même les vices de Rottenbourg le rendaient au contraire singulièrement propre. Frédéric voulait savoir avant tout à qui on pouvait parler à Versailles avec une chance sérieuse d'être écoulé, de se faire
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croire et d'obtenir un échange de promesses suivies d'effet. On a vu ce qu'il pensait du ministre des affaires étrangères Amelot, à qui il prêtait toute la timidité, toute la duplicité de Fleury, moins son adresse. Il ne parait pas qu'il eût beaucoup meilleure opinion de son propre ministre à Paris, Chambrier, dont effectivement les rapports lourdement écrits, empreints d'une malveillance banale et monotone, ne donnent qu'une idée assez peu avantageuse. En tout cas, après tant de mécomptes suivis de tant de méfiance et de tant de récriminations réciproques, les anciens ressorts diplomatiques lui semblaient tous faussés et hors d'usage.
Pour un nouveau jeu, il lui fallait de nouvelles cartes. Puis on parlait beaucoup et Voltaire avait fait beaucoup d'état dans sa conversation de la résolution prêtée à Louis XV de gouverner et même de combattre en personne. Frédéric était bien assez perspicace et trop enclin à mal penser de ses semblables en général, et de ses confrères en royauté en particulier, pour ajouter sérieusement foi h celte résurrection tardive. Mais n'y eùt-il chez le débile souverain qu'une
velléité d action paasû^ère, c'était un réveil d'un jour dont, entre deux sommeils peut-être, ol en prônant bien son temps, on pouvait profiter. Pouvait-on aborder le roi lui*mème et entrer directement en relation avec lui? ou bien à supposer, ce qui était probable, que celte émancipation ne fût qu'apparente, et que Louis continuât à obéir en paraissant et en croyant commander, quelle main se cachait derrière la sienne, et qui donc le gouvernait sans en avoir Tair? A quels mobiles obéissaient ces inspirateurs nouveaux? A quelles séductions seraientils accessibles? Cette maîtresse altiëre, dont la lierlé, disait-on, relevait les charmes, serait-elle insensible à Torgueil de former elle-même un lien entre deux rois? Le premier ministre occulte, était-ce Tencin, vêtu de cette robe rouge qui avait couvert tant d'ambitions séculières, et nourri dans cette curie romaine dont l'adresse et la politique profonde étaient encore légendaires? ou bien était-ce Noailles, à demi vainqueur hier et pressé sans doute de saisir toute occasion favorable pour courir après la gloire, qui lui avait échappé au moment où il
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croyait la tenir? Enfin Belle-Islc, l'inappréciabJo Belle-Isle, était-il réellement et pour jamais en disgrâce? Fallait-il renoncer à mettre encore une fois à profit et ses talents élevés et sa fougue imprudente? Tels étaient les points obscurs de rhorizon ; afin de les éclaircir, il fallait, dit luimême Frédéric, une boussole pour s'orienter.
CVst le rôle dont Rottenbourg dut être chargé, et dont lui seul pouvait s'acquitter sans bruit, sans même avoir besoin d'écouter aux portes ; car toutes lui étaient ouvertes d'avance, sa présence dans les lieux où on était accoutumé à le voir n'ayant rien de suspect ni même de surprenant.
Avant de le mettre en campagne, Frédéric eut pourtant la fantaisie de voir de ses propres yeux comment il saurait se démener dans sa tâche improvisée d'ambassadeur. Il le manda en tête-à-tête dans son cabinet, et, se posant en face de lui, imitant de son mieux les gestes ot la physionomie d'un ministre français tel qu'il pouvait se les figurer, il lui fit, par avance, toutes les objections que pouvait rencontrer, à Versailles, le projet d'une alliance renouvelée
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avec la Prusse, y compris même celles qu'on pouvait tirer du caractère de son roi, de sa vei*satilité, de son égoïsme et du peu de foi que méritaient ses paroles. Il s'amusa ainsi à faire lui-même, de sa propre personne, un portrait dont il n'adoucit pas les couleurs : « Voyons, maintenant, lui dit-il, comment vous vous y prendrez pour me défendre. » Rottenbourg entra en riant dans le jeu, et, sans démentir absolument les défauts prêtés à son maître, montra si bien le parti qu'on en pouvait tirer, en un mot, s acquitta avec tant de tact et d'àpropos de sa réplique, que le roi lui dit en se levant : « Parlez seulement ainsi et vous êtes sûr de réussir '. »
La mission de Rottenbourg devait être gardée secrète plus encore à Berlin qu'à Paris, Frédéric se méfiant toujours des sympathies de tout son entourage et principalement de son ministre Podewils pour TAngleterre. Le comte obtint pourtant la permission d'aller en entretenir conridentiellement Valori avant son départ, et,
1. Hyudfopd à Garterel. '12 février 1744. {Correspondance de Ih'usse. Record oflicr.)
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dans cette conversation à huis clos, il fit preuve de la même adresse cachée sous une bonhomie apparente qui lui avait valu l'approbation royale. Peut-être même, si le maître, écoutant aux portes, avait entendu parler le serviteur, il eût trouvé qu'on faisait un peu librement les honneurs de son caractère : « Dites-moi franchement, dit Rotlenbourg à Valori, comment j(»
vais être reçu à Paris et ce qu'on y pense do mou roi. Y est-on véritablement animé conlro lui de YesprU de vengeance dont il redoulo toujours les effets? » Valori, pris un peu au dépourvu par la question, répondit pourtant sans trop d'embarras que, si la méfiance existait, il dépendait du roi d y couper court en donnant lui-même des gages qui ne permissent de laisser planer aucun doute sur la sincérité de ses intentions : « Un grand ktat, ajouta-t-il, comme la France ne connaît pas Vesprit de refu/ermce <*t no consulte que son intérêt... » — « Mais, reprit Rottenbourg (de plus en plus confiant), je ne fais pas façon de vous dire qu'il faut montrer de la pâture à mon oiseau, QuVsl-oo que la France ronsentira qu'il lui revioniio
quand il se sera mis dans cette aiïaire jusqu'au cou? Vous savez aussi bien que moi qu'il lui faut un appât et qu'il n'est pas homme à s'engager sans des vues de prolit. » • — « Je lui répondis, écrit Valori, qu'il y en avait une certaine, c'était sa sûreté et celle de ses conquêtes; que jo voyais avec douleur qu'il n'était pas aussi sensible à cet objet que son intérêt le demandait. » — (( Vous le connaissez, me répondit-il, vous savez que le présent est le seul objet qui le touche et qu'il s'embarrasse peu de ce que les affaires peuvent devenir après lui. » — « En ce cas, lui dis-je, il me paraît que la Prusse, ne pouvant agrandir ses États qu'aux dépens de la reine de Hongrie, il ne doit pas balancer à entrer dans des mesures contre elle. » Et Valori continuait : « Je n'ai rienàvous dire," monseigneur, du caractère de ce gentilhomme ; je crois que vous le trouverez aussi parlant que quand il est parti de France. En tout cas, quoi qu'il on soil du succès de son voyage, j'eslime qu'il donnera a penser à nos ennemis ^ »
\. Valori à Amelot, 22 février 1744. (Correspondance dp Prusse. — Mînlslèro des affairCH éliaugîTPs.)
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L'arrivée de Rottenbourg en France no causa, comme on l'avait prévu, aucune sensation, et le duc de Luynes, en général bien informé, ne fait do sa première visite à la cour qu'une mention indifférente. Mais lui-même ne fut pas deux jours h Versailles sans comprendre d'où venait le vent et de quel côté il devait se tourner. Il y trouvait aux prises deux partis de plus en plus tranchés : celui des anciens ministres, qui, avec Amelot et Maurepas, restaient fidèles aux traditions prudentes, économes et même timides de Fleury, et ceux qui suivaient avec Tencin les inspirations plus ardentes du maréchal de Noailles et de Richelieu. Depuis la fin malheureuse de la dernière campagne, c'étaient, entre ces opinions contraires, des conflits incessants et que chaque incident faisait renaître ; et, do fait, la question se posait chaque jour plus nettement sous la forme d'une alternative plus étroitement serrée. Il fallait ou redoubler plus que jamais d'efforts et de vigueur, ou poser les armes en demandant gr&ce. Le traité de Worms en particulier (ce traité qui causait à Frédéric tant d'alarmes)rendait la situation de la politique
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française plus critique que jamais ; car Timportanie accession de la Sardaigne à lalliance austro-anglaise pouvait jeter dans la balance des forces un poids décisif en menaçant nos provinces méridionales au moment où celles du Nord, naturellement très découvertes, étaient défendues par des forces à peine suffisantes. La jifravilé du péril était accrue par Firritation même que TEÎspagne avait ressentie d'un dénouement qui trompait sa longue attente. Déçue dans ses ambitions maternelles au moment même où elles les croyait réalisées, Tambitieuso Farnèse menaçait tout haut, si on ne laidait pas à obtenir réparation, de se jeter elle-même avec armes et bagages dans le camp du plus fort, sûre qu'elle était de faire payer cher une défection qui laisserait la France isolée au milieu d'un cercle de fer et de feu.
Louis XV, très irrité aussi du mauvais tour que son cousin de Sardaigne jouait à son oncle d'Espagne, s'était montré dès le premier jour disposé à en tirer vengeance. On peut douter pourtant que la fierté blessée eût été un aiguillon suffisant pour l'émouvoir longtemps
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cl le porter à des partis décisifs, si ce ressoiiliineiil n'eût été secondé et entretenu chez lui par de tendres et même brûlantes excitations. Mais madame de la Tournelle veillait au poste oii iXoailles et Richelieu lavaient placée et suivait fidèlement des conseils qui flattaient son orgueil. Si elle n'avait pas réussi à vaincre la répugnance du monarque indolent pour le travail et l'étude, elle avait au moins réveillé dans son cœur ce goût de la gloire et des combats dont le feu circule toujours, même quand lardeur en est latente, dans les veines d'un prince français. Très réellement, cette fois-ci, Louis XV avait conçu le désir de se montrer lui-même sur le champ de bataille à la tète de ses armées, soit que Torgueil de race dont il était nourri lui fil croire que sa seule présence ramènerait la victoire sous ses drapeaux, soit qu'il fut flatté en imagination de se montrer dans cette noble altitude aux yeux d une maîtresse bîen-aimée. i* J'en grille d'envie, écrivait-il au maréchal de ?îoailles le lendemain même de la bataille de Dettingue... Si on veut manger mon royaume.
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je no puis le laisser croquer sans faire mon possible pour rempêchor. » Noailles, sans arrêter tout à fait ce généreux élan, — eu laissant nn^me voir qu'il prendrait on bonne jiart la témérité d'un coup de tète, — avait (lu pourtant lui faire observer qu'une campagne purement défensive, après une bataille perdue et sans possibilité de revanche immédiate, n'offrait pas à la majesté royale une occasion bien éclatante de rentrer en scène.
Louis avait dû céder à Finsistance de ses courtisans, qui lui représentaient, dit Tencin, qu'un roi ne devait marcher qt^avec la victoire. Mais la saison nouvelle, en ouvrant de meilleures espérances, ne laissait plus de plac(» à ces prétextes auxquels une voix chérie lui reprochait peut-être tout bas de s'être trop aisément prêté. Son ardeur, d'autant plus excitée qu'elle n'avait pu être satisfaite, en le détournant de tous les partis de faiblesse, le rendait plus accessible aux conseils de ceux qui lui prêchaient les résolutions héroïques. « Je suis comme l'oiseau sur la branche, écrivait-il en voyant approcher le moment de se
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signaler, et je désire de vieillir à un point inexprimable *. »
Ce que nous nommerions aujourd'hui le parti d'action gagnait donc chaque jour du terrain dans les conseils et surtout dans l'esprit de Louis XV. Dès la lin de l'automne précédent, deux faits qu'il est singulier, mais nécessaire de rapprocher, donnèrent la mesure de ce progrès. Le 22 octobre, madame de la Tournelle recevait le brevet de duchesse qu'elle avait exigé dès le premier jour comme le signe éclatant de sa faveur, et, le lendemain 23, un traité d'alliance était signé avec PEspagne, stipulant en termes exprès une déclaration de guerre immédiate faîte à la Sardaigne et en laissant pressentir une auti*e à courte échéance à l'adresse de r Angle terre.
La grâce accordée à madame de la Tournelle eut un éclat et une ampleur qui dépassaient tout ce qu'avait fait Henri IV pour Gabrielle ou
1. Le roi au maréchal de Noailles, 24 juillet, 9 août, 3, 16 septembre 17i3. — Le marécha] au roi, 6, 30 aoiU 1743. — Boufset, t. I; Introduction, xc, cxi. — En racontant ces iiésitatious du roi pendant la fin de la campagne de 1143, M. Rousset me parait les avoir jugées trop sévèrement.
Louis XIV pour La Vallière. Le duché créé pour elle u'étail point assis sur quelque lief obscur, mais bien sur le château ix)yal qui ilomiiiait la cité de ChAteauroux, ville de plusieurs milliers d*àmes, et sur un domaine de la couronne pris à bail pai* les fermiers généraux pour une rente annuelle de 85,000 livres. Les lettres patentes enregistrées au Parlement donnaient pour motif dune si généreuse concession « les services qu'avait rendus à la couronne, depuis plusieurs siècles Tillustre famille dont madame de la Tournelle était issue, et aussi les qualités d'esprit et de cœur dont elle avait fait preuve depuis qu'elle était attachée à la reine (notre chère compagne) et qui lui avaient acquis une estime et une considération universelles ». La présentation de la nouvelle duchesse fut faite avec solennité ; elle prit son siège devant le roi, entre sa sœur, madame de Lauraguais, duchesse comme elle, et d'autres dames du même rang, parmi lesquelles figurait, par un hasard qu'on aurait pu croire calculé, la duchesse d'Agénois, l'épouse légitime du jeune seigneur dont elle avait quelque temps possédé le cœur
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el dont elle châtiait, ce jour-là, avec lant d'éclat rinçons tance... « De là, dit le duc de Luynes, on passa chez la reine. La reine s'est approchée de madame de la Tournelle et lui a dit : « Je » vous fais compliment, madame, sur la grâce » que le roi vous a accordée... » Les trois dames, debout, sont entrées; il ny avait pas de dame du palais de la reine (ce qui indique probablement que la duchesse de Luynes avait trouvé moyen de s'éloigner). C'était un quart d'heure avant la comédie... La reine s'est levée au bout de fort peu de temps... Le roi a donné une loge à la comédie à madame de Châleauroux. » Après ces tristes cérémonies, dont la froide étiquette sauvait à peine le fond d'indécence, la grande dame improvisée allait se délasser dans son cercle intime avec ses protecteurs, dont elle appelait l'un (b maréchal de Noailles) son parrain, l'autre (le duc de Richelieu) son onclo; et eux, de leur côté, au lieu du titre pompeux dont on venait de la parer, s'amusaient à lui donner le surnom plus familier de la Ritournelle. Leur crédit, d'ailleurs, croissait avec lo sien. « On sut hier, dit encore Luynes, à quol-
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quos jours de là, que le roi a donné les grandes entrées chez lui à M. le duc de Richelieu.
On peut voir par ce qui a été dit ci-dessus, au sujet do Taffaire do madame de Châteauroux, que M. de Richelieu était en droit de dire que le roi lui avait quelque obligation; au moins c'est ainsi que le public en pensait '.
Le traité signé avec l'Espagne fut conçu dans des termes très énergiques et d'une grande portée. La France se mettait immédiatement en guerre avec le roi de Sardaigne, joignant un corps d'armée français aux troupes espagnoles, auxquelles le passage était accordé à travers nos provinces méridionales pour pénétrer dans la Savoie et dans la rivière de Gènes. Louis XV s'engageait, de plus, à ne poser les armes que quand- un établissement suffisant aurait été assuré en Italie à l'infant don Philippe. Enfin les deux rois devaient se mettre d'accord sur le moment où il conviendrait de déclai'cr la guerre H l'Angleterre.
Ce moment ne pouvait plus tarder le jour