‹ Frederick II et Louis XV: d'apres des documents nouveaux; 1742-1744Chapitre 19 sur 39 · Mcmoire-' du duc d^ Ltr/)i'r, t. V, p · texte numérisé non relu

Mcmoire-' du duc d^ Ltr/)i'r, t. V, p

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de la dépense qu'on avait opposée au vœu de sa maîtresse. Puis il prit la parole plus nettement pour répondre, sur un ton à la fois paternel et royal, à un désir pareil exprimé par le jeune dauphin, qui, bien qu'à peine âgé de quinze ans, briguait Thonneur d'aller au feu. « Pourquoi n'irais-je pas? disait le noble adolescent; le petit Montalban y va bien, qui est petit et faible, et, moi, je suis grand et fort. — Je loue voire désir, lui dit le roi; mais votre personne est trop chhre h rÉlat pour l'exposer avant que la succession à la couronne soit assurée par votre mariage... Quand vous aurez des enfants, je vous promets que je ne ferai jamais la guerre sans vous; mais je souhaite de n'être jamais dans le cas do tonir cette parole. Comme je ne fais la guerre que pour assurer à mon peuple une paix solide et durable, si Dieu bénit mes intentions je sacrifierai tout pour lui procurer cet avantage tout le reste de mon règne *. » Enfin il écrivait d'une autre manière encore et plus tendrement à son ancienne gouvernante, la duchesse de

1. Emmanuel de Broglifî, le Fils de Louis X\\ p. 5t. — Mémoires du dur de Lnyves^ t. VT, p. 235,

Ventadour, qui raimait d'une afTectioii maternelle, ce billet dont le style enfantin ne manquait pas de gr&ce : « Ma chère maman, j'ai omis à mon départ, pour vous Tadoucir de mon mieux, à vous apprendre que c'est avec grand plaisir que je vous accorde ce que vous me demandez pour votre pctite-fillc la duchesse de Mazarin. Priez Die a, maman, pour la prospérité de mes armes et pour ma gloire personnelle. J'emporte à l'armée toute la bonne volonté possible. Que le Dieu des armées m'éclaire, me soutienne et bénisse mes bonnes intentions. Adieu, maman ; j'espère vous retrouver en aussi bonne santé que je vous laisse, et je vous embrasse du fond du cœur. »

Le départ eut enfin lieu le 4 mai. Ce fut une scène froide et solennelle, étrangement mêlée de sentiments naturels et factices, d'étiquette et de dévotion: « Le roi, dit Luynes, soupa au grand couvert, hier, comme à l'ordinaire; il y avait un monde prodigieux. Il ne fut nullement question du voyage pendant tout le souper ni après. Il entra chez la reine au sortir de table, comme à l'ordinaire, fit un petit quart d^heure

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de conversation indifférente et sortît de chez elle sans rien lui dire. Madame de Luynes le reconduisit et lui dit qu'elle faisait bien des vœux pour sa santé et pour sa gloire. Il rentra chez lui et donna Tordre pour se coucher à une heure et demie... Après être rentré chez lui, il envoya quérir M. le dauphin et lui parla en présence de M. de Ghâtillon ( son gouverneur) avec beaucoup de tendresse. Il n'envoya pas avertir Mesdames, mais il écrivit une lettre à Madame ( laînée des princesses) qu'elle a reçue ce matin. Il lui mande qu'il avait été tenté de les envoyer quérir, mais il n'avait pu s'y résoudre, craignant un attendrissement réciproque ; que, pour les consoler,, il leur donnait deux dames de plus ; qu'il écrirait alternativement à M. le dauphin, h Madame, à Madame Adélaïde ; qu'il désirait fort recevoir de leurs nouvelles... A une heure et demie, il vint dans sa chambre comme pour se coucher, mais il ne fit que changer d'habit. Lorsqu*il entra dans son cabinet, M. l'évêque de Soissons ( son aumônier ) y était ; il fit la conversation avec lui pendant quelque temps et sortit ensuite dans la galerie, d'où il alla avec

M. de Soissons dans la chapelle (dans sa tribune) sans qu'il y eût personne d'averti pour le suivre. Il fut un petit quart d'heure à faire sa prière; après quoi, il revint chez lui. Son carrosse était dans la cour, au pied de la cour de marbre, comme à Tordinairc ; il v monta avec M. le Premier, M. le duc d'Ayen et M. de Meuse. Il est allé entendre la messe à la Muette, d'où il doit aller coucher à Féronne ^

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