‹ Frederick II et Louis XV: d'apres des documents nouveaux; 1742-1744Chapitre 23 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

A l'exemple de Voltaire, ce n'était à Versailles^ et même dans le ministère, que plaisanteries SUT le compte des bourgeois flamands et sur rémotion que semblait leur causer Todem* de la poudre, qu'ils croyaient déjà sentir. L*impcrlinence, ce travers naturel au caractère des courtisans français, renaissant avec la coniianco, trouvait là un sujet intarissable de s'exercer : c'était toujours Dorante raillant M. Jourdain et don Juan bernant M. Dimanche.

Dans le conseil même, où ne manquaient pas do mauvais plaisants, comme Maurepas, la lecture des dépèches interceptées de Van Hooy élait un véritable divertissement. Et, en réalité, qui n'aurait souri quand on lisait un récit tel que celui-ci, fait par l'ambassadeur lui-même, d*une audience où on s'était amusé de lui presque à sa barbe? « Après avoir objecté les maux affreux qui sont les fruits inévitables de la gueiTo, je démontrai par des raisons invincibles que la puissance d'un roi de France, établie sur l'amour de la paix, devait être naturellement inaltérable et que Sa Majesté, en exerçant constamment cette vertu, obtiendrait

par elle-même le titre de roi très chrétien d^une manière bien plus glorieuse encore que par la prérogative héréditaire qui le lui donne. Un de messieurs les ministres me dit sur cela avec vivacité : « Vous avez certainement raison, et » comment pourrait-on douter de la solidité » de ce que vous avancez, puisque tous ceux » qui ont acquis la réputation d'hommes véri- » tablement sages ont toujours pensé qu une » paix, quoique peu équitable et très onéreuse, » était préférable à la guerre la plus juste et la » plus heureuse? » Mais combien ne nous écartons-nous pas tous tant que nous sommes de cette maxime! Les raisons de modération qui n'ont en vue que le bien public ne sontelles pas toujours subordonnées à cette fausse et orgueilleuse sagesse qui se cache sous le masque de la dignité et qui doit sa plus grande force à des motifs d'intérêt personnel?... « On » dit, » a-t-on ajouté, « que la prochaine atta- » que des Pays-Bas cause un grand embarras à » votre république. Elle n a qu'à suivre la » leçon de prudence contenue dans les versets » 29, 30, 31, 32 du xiv* chapitre de l'Évan-

» gile selon saint Luc. Le parti suggéré dans » les deux derniers versets peut être suivi par » la république avec une entière confiance. » Ces versets sont ceux où il est dit qu'un souverain qui n^a que dix mille hommes à mettre en guerre contre un ennemi qui en a plus de \ingi mille doit lui envoyer des ambassadeurs pour demander la paix * . »

Quelques jours après, le soir même du départ du roi, van Hoey revenait encore à la charge avec un aplomb d autant plus comique qu'il ne se doutait pas du rôle plaisant qu'on lui faisait jouer : « Je pris occasion, dit-il, de peindre aux ministres les horreurs de la guerre avec les couleurs les plus vives et de recommander la paix, et tous ont reçu mes représentations, comme auparavant, avec estime et approbation. On me représenta en même temps que, comme la défiance faisait naître par degrés la guerre, de même la guerre devait nécessairement produire rinîmilié des plus vives. J'ai fait, ajoutait-

1. Dépêche interceptée de von Hoey, 24 avril 1744. — {CoiTespondance de Hollande, — Ministère des affaires étrangères.)

il enfin naïvement, tout mon possible pour découvrir s'il y avait quelque négociation entre cette cour et celle de Prusse, mais je n'ai reçu d'autre réponse que celle qu'on m'a toujours faite*. »

Le conseil si plaisamment donné de suivre les procédés diplomatiques reconunandés par saint Luc fut pris au sérieux et appliqué. A la vérité, ce fut l'ambassadeur de France qui prit i*initiative de faire auprès des états généraux une démarche solennelle, en apparence pour les rassurer, en réalité pour mettre le comble à leur inquiétude, en ne leur laissant aucun doute sur les intentions de son maître. Le 23 avril, le jour même où le roi quittait Versailles, le marquis de Fénelon, de retour après une assez longue absence, demandait audience aux états généraux et, se rendant au lieu de leur réunion avec tout l'appareil de sa dignité, dans un carrosse attelé de six chevaux, suivi de nombreuses voitures de suite et de toute sa livrée sur pied, il tint, en présence de Tassem-

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