‹ Frederick II et Louis XV: d'apres des documents nouveaux; 1742-1744Chapitre 33 sur 39 · II. 2i · texte numérisé non relu

II. 2i

Toutes ses espérances étaient déçues et tous SCS plans renversés du même coup. Au lieu d'un succès facile emporté par surprise, c*était une lutte sérieuse à soutenir. Rien ne l'assurait plus que la Franco, délivrée de ses propres inquiétudes^ ne lui laisserait pas sur les bras (comme il Tavait toujours craint) Temban^as dont ello venait elle-même de se décharger. Naturellement enclin à la méfiance et prompt à avoir rinjure à la bouche, il vit tout de suite une trahison cachée dans ce qui n'était que le résultai fâcheux, mais assez explicable, d'une complication imprévue. Il n'hésita pas à exprimer assez clairement ses soupçons dans une lettre adressée à Louis XV lui-même, bien différente des Uatteries dont il le comblait la veille, et où il ne prenait presque pas la peine (le lui parler d(^ la part qu'il avait prise à sa maladie et de lui faire compliment sur sa guérison. « Monsieur mon frère, lui disait-il, je viens d'apprendre avec la plus grande surprise du monde le passage du Rhin du prince Charles, heureusement exécuté. Je prie Votre Majesté de se ressouvenir des engagements qu'elle a

LA kj^ladie du roi 371

pris envers mai et de me décider dans iia cas où je ne sais quel jugement porter de ce qui arrive. Je la prie de se soaveiiir de ce que je lui ai écrit à tant de reprises et de me dire ellemême ce que j ai à attendre de la France, ou si je n'ai rien à attendre du tout. A peine me suisje déterminé à tout faire pour I& France qne je me vois pris au dépourvu* Tovt cela m'est bien sensible, mais je L'attribue à Fîndispositiûii de Votre Majesté. )» Une ëpitre pins vive encore, adressée au maréchal Schmettan^ servait de commentaire à celle-ci... « Je ne sais, disait-il, ce que je dois penser d'un tel procédé dn maréchal do NoailleSy qni le couvre de honte et de confusion... Aussi veux-je que vous en feissiez des plaintes amères au roi de France» » Il l'engageait pourtant en terminant à ne pas trop aigrir le roi. « Mais, ajoutait-il,, jje regrette la disgrâce de madame de Chàteauroux \ »

Schmettau n'avait garde, on le pense bien, de tenir secrète et snrtout d'atténnev Vespres* sion d'une irritation qni s'exprimait dans de tels

1. Frédéric à Lonîs XV et à Schmettau, 31 août 1744.— PU. Corr^ t. D,. p. 2Si, »2.

termes. Il jeta tout haut feu et flamme contre le maréchal de Noailles, en ajoutant ce que son maître ne voulait pas dire, mais n'était pas fâché qu'on devinât : c'est que les choses n auraient pas pris ce tour fâcheux et suspect si on avait suivi, dans le choix du général envoyé pour diriger l'expédition du Rhin, lavis de ceux qui connaissaient l'Allemagne. De telles paroles trouvaient à Metz plus d'un écho pour les redire et même pour les porter, malgré la distance, au camp jusqu'aux oreilles du maréchal deNoailles. Averti du travail fait contre lui, Noailles se justifia avec une certaine noblesse en s'adressant d'abord directement au roi de Prusse. Apres avoir établi, avec plus ou moins de vérité ou de conviction, qu'il n'avait ni perdu un jour, ni négligé une précaution: « Il n'est pas de la prudence. Sire, ajoutait-il assez hardiment, de censurer les manœuvres de la guerre lorsqu'on est éloigné des lieux où elle se passe... Qu'il soit permis à un homme qui sert depuis cinquante-deux ans, qui doit avoir quelque expérience, et qui s'intéresse véritablement à la grandeur et à la gloire de Votre Majesté, de la

mettre en garde contre les imaginations de guerre, dans lesquelles on n'a pesé ni les avantages, ni les inconvénients des projets, en se laissant séduire par les apparences du grand et du vaste, sans combiner ni les mesures ni les moyens... Ces imaginations sont bien différentes du vrai génie de guerre qui connaît des principes et des règles, et qui sait que ce n'est qu'avec une extrême circonspection qu'on se garantit des écarts d'un zèle et d'une ardeur inconsidérés. » Il écrivait en même temps au roi pour demander la permission de se rendre auprès de lui en personne, afin de conférer sur la suite à donner à la campagne commencée : en réalité, c'était demander à venir plaider sa cause. « Je serai ravi de vous revoir, monsieur le maréchal, répondit Louis d'une main encore tremblante; vous me trouverez avec bien de la peine à revenir : il est vrai que c'est des portes de la mort. Ce n'est pas sans regret que j'ai appris l'affaire du Rhin; mais la volonté de Dieu n'était pas que j'y fusse et je m'y soumets de bon cœur ; car il est bien vrai qu'il est maître en toutes choses, mais un bon maître.

En voilà assez, je crois pour une première foi»^ n

La lettre du roi semblait respirer à la fois et son aaden alta^hemeot pour son conseiller préféré et les nouveaux sentiments de piété dont, depuis sa pénitence, on le disait animé. En réalité, cependant, quand Noailles arriva à Metz, il trouva Tune et Tautre de ces dispositions ég^alement en train de se refroidir. A mesure, en effet, que les forces du convalescent revenaient, les spectateurs malins pouvaient remarquer que sa dévotion, d^abord très expansive et ne tarissant pasen expressions de reconnaissance envers Dieu, devenait plus réservée et moins prompte à se manifester au dehors. Par moments m£me, on voyait passer un nuage sur son front quand un incident rappelait les scènes qui 8*étaient passées auprès de son lit de souffrance, comme si fat pensée hii venait qull avait peut-être poussé la soumission jusqu^à compromettre la dignité royale et pris des engagements dont les passions, qui se rallumaient lusensiblement

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