FREDERIGK-LEM AIT HE
Le grand parleur !
Il succombait à la faim.
Le grand viveur !
Quelle horrible ironie du mal !
La mort avait été implacable.
Frederick s'éteignit entouré de ses enfants, MM. Napoléon et Frédérick-Lemaifare, et madame Thiébaut, sa fille.
Quelques instants avant Theura suprême, il exprima par une pantomime extraordinaire la douleur qu'il ressentait de se séparer de ceux qu'il aimait. Puis, après avoir considéré quelques instants le portrait de son plus jeune fils, Charles Lemaitre, mort si tristement, il y a quelques années, il porta sa main gauche à sa bouche, la droite était déjà paralysée, et ferma les yeux.
Nous sommes allé rendre une dernière visite au grand comédien.
Il était superbe !
La belle tête que vous savez avait conservé cette grande expression qui en imposait tant au théâtre. Ses cheveux gris lui faisaient comme
une auréole, et ses yeux, qui n'étaient pas fermés, semblaient poursuivre une idée.
En face de son lit, sur une conunode, on voyait entr*ouvert le second volume du théâtre de Victor Hugo.
Les obsèques eurent lieu le samedi 29 janvier, à midi. Jamais on n'avait vu pareille foule.
Tout Paris littéraire et artiste était là.
A midi précis, le corbillard s'est mis en marche et s'est dirigé vers la petite église Saint-Martin, où l'on ne pénétrait qu'avec peine et où pouvaient entrer seulement les invités qui avaient eu soin de se munir de leurs lettres de faire part. Le service a duré une heure et demie. Faure et Bosquin ont chanté.
Les deux fils du défunt et M. Thiébaut, son gendre, conduisaient le deuil.
Les cordons du poêle ont été tenus alternativement par MM. Victor Hugo, baron Taylor, Halanzier, Lajoncière, Febvre, Dupuy, Ferdinand Dugué, vice-président delà Commission des auteurs, Eugène Moreauet Surville.
Le corps a été transporté au cimetière
FRÉDÉRIGK-LEMAITRE, 243
Montmartre, en suivant le boulevard Magenta et les anciens boulevards extérieurs.
Au cimetière, les arrivants ont trouvé toutes les places environnant Tétroit espace où allait avoir lieu la cérémonie^ envahies par les curieux avisés au nombre de plus de cinq mille.
Victor Hugo a pris le premier la parole.
Après M. Victor Hugo, M. Eugène Moreau a parlé au nom de FÂssociation des artistes dramatiques.
Puis M . Ferdinand Dugué s'est fait Finterprète de la Société des auteurs. C'était, disons-le, la première fois que cette Société se faisait représenter officiellement aux obsèques d*un comédien. Mais qui méritait mieux de déterminer cette dérogation aux usages que F illustre Frederick?
M. Mounet-SuUy, de la Comédie-Française, a dit ensuite de très-beaux vers de M. Richepin.
Nous reproduisons les discours et les vers :