‹ Frédérick-Lemaître et son temps, 1800-1876 (volume 2)Chapitre 28 sur 28 · A FREDERICK · texte numérisé non relu

A FREDERICK

POÉSIE DE M. Jean Richbpin, dite par M. Mounbt-Sullt

Salut, maître! salut« géant! salut» génie!

Nous devions saluer la gloire non finie Et couronner ton front, hélas ! C'était demain. Mais la Mort est venue avec sa froide main.

Soustraire la couronne à ton grand front qui tombe. Et nous ne pouvons plus saluer que la tombe.

N'importe! nous dirons, fût-ce même en pleurant, Combien nous t'admirions et combien tu fus grand. Nous dirons quelle était l'ampleur de ton domaine, Et que les passions de la pauvre âme humaine, Toutes, les vœux, les cris, des gueux comme des rois. Ont chanté tour à tour et pleuré par ta voix. Ton esprit, où la vie avait mis sa semence.

Communiquait, ainsi qu'un carrefour immense, Aux ruelles sans nombre, aux passages obseurs. D'où l'on voit déboucher, grouillant entre les murs» Ceux-ci pieds nus, ceux-là fiiisant sonner leurs bottes. Brandissant des poignards, secouant des marottes. Criant, riant, priant, et se tordant les mains : Le troupeau des vertus et des vices humains.

Vous représentez-vous tout ce que fut cet homme, Et ce qu'il a vécu d'existences, en somme?

Etre Napoléon, Othello, Buridan,

Kean, Méphistophélès, don César de Bazan,

Et passer, oubliant ce qu'on était naguère,

De Paillasse à Vautrin, de Ruy-Blas à Macaire;

Etre tout, sentir tout, avoir autant de voix

Qu'il est d'astres au ciel et de feuilles au bois;

S'incarner tous les jours, prendre cent efQgies

Comme les anciens dieux dans les mythologies;

Se dire que tout l'homme habitait ce fTont-là,

Et qu'il n'eut qu'un seul cœur pour porter tout cela !

Ah ! le monde qui vient au théâtre et s'amuse Ne sait pas ce que coûte un baiser de la Muse, Quelle amertume il laisse et quels déchirements Dans les grands cœurs blessés qu'elle a pris pour amants Non, vous ne savez pas qu'à son front de monarque Dans la couronne d'or l'épine a fait sa marque. Et que son grand manteau de pourpre éblouissant Est rouge d'avoir bu le plus pur de son sang.

Non, vous ne savez pas qu'il faut souffrir sans trêve

Pour donner une forme, une vie à son rôve.

Que la fleur idéale a pour sève les pleurs,

Que les enfantements sont toujours des douleurs.

Et maintenant, qui donc te jettera la pierre,

Disant que tu devais courber ta tête altière

Et vivre comme nous pris sous un joug étroit?

génie ! après tout, n'avais-tu pas le droit Pour apaiser ta faim de vivre inassouvie, Toi qui donnais ton cœur, de dépenser ta vie?

A-i-on vu les lions ramper sur les genoux.

Et les dieux sonirils faits pour marchec comme nous?

Va donc, dors ton sommeil dans un linceul de gloire.

Ton nom enrichira Técrin de notre histoire.

Toi qui roulais, ainsi qu'un fleuve aux larges flots,

Avec un bruit d'éclats de rire et de sanglots,

Te voilà dans la Mort, dans cette mer immense ;

Pour la première fois en toi la paix commence.

Mais avec le repos ne viendra pas l'oubli,

Noire regard de ta lumière était rempli.

Et l'on en gardera l'étemelle mémoire.

C'est en vain que la nuit jette son ombre noire

Sur les derniers rayons d'un beau soleil couchant.

Aux franges 4'nn nuage, il s'arrête, accrochant

Parmi les lointains bleus de l'horizon qui bouge,

De grands lambeaux de pourpre et des lames d'or rouge.

La nuit a beau gonfler sa robe obscure, il luit.

Quand la nuit l'a voilé, nos yeux, tout pleins de lui,

Dans le ciel ténébreux croient l'admirer encore.

Et demain, quand naîtra la pointe de l'aurore,

Dans l'azur du matin il va se déployer :

C'est son dernier reflet qu'on verra flamboyer.

 quatre heures, la cérémonie était terminée.

Avec Frédérick-Lemaître, nous avons perdu le dernier comédien de genre, le dernier sur la tombe duquel un statuaire aura le choix d'élever un marbre. Que reste-il aujourd'hui? Des acteurs et pas autre chose !

Gela^est triste à direl Ces fêtes que nous aurions voulu chanter, où sont-elles ? Ces poèmes fameux que nos pères ont entendus, que sontils devenus? Ces comédiens, dont le rire ou la douleur étaient roccupation de la ville et du monde, auront-ils seulement un écho ! Ils marchaient au niveau de toutes les divinités mortelles, et les voilà ensevelis sous la ronce, et leur nom même inscrit naguère sur toutes les murailles, au frontispice de tous les drames, au fronton de tous les temples poétiques^ la pluie ou le vent du cimetière Teffoceront sur leur marbre d'emprunt.

Voilà bien la vanité de cet art dramatique et la vanité de nos histoires !

Coup d'œil rétrospectif sur le drame. — Les pantomimes dialognées du Directoire. — Naissance du mélodrame. -^ M. de Pixérécourt — Sa moralité. — Le drame providenl>eL — La nouvelle école. — Les pndenr-sde l'Académia. ~ VL Auger. r- Trois cents chevaliers. — Victor Hugo« — Ledou^ et Barbarigo, Mla Torrida, — Le romantisme. — Madame Dorval et Frederick -Lemaître. — Une révélation dans Fart dramatique 5

8a naissance. — Sa vocation. — Hichelot. — Lafon. — Il est refusé à l'Odéon. — Tatma. — La révolution dans ~ le costume. — Lekain« — La tragédie et la comédie. . SI

Il entre aux Variétés-Amnsantes. — Pfframê el Thitbé» — Débats & qaafra pattes. ^ Madame Rose. ^ Il ra aax Fanambnles. — Ses smceès. — Il essaie de danser sur la corde. — Décoofagement. — Le cirque de MM. PranconL — CiTeiier. — Le régne des bêtes. . • • 32

La mort PB Klébeb 39

Noarelle gène. -^ L'estaminet de la rae Chariot. — Encore Talma ! — Il entre à l*Odéon. — Les Maehabéet,

— Gonfidentde tragédie! 51

Il entre à rAmbIga-Gomiqae. — Le Hemorde. — L'Auberge des Adreti. -^ Il crée ses types. — Ses appointements.— Un condottiere littéraire. — Charles Maurice. — Le Joueur d'Orgue.— Liebeth ou ta PiUe du Laboureur,

— Les Aventuriers.^ Le VoL-^Le Cocher de Fiacre.

— Les Ruines de la Granea. — CardiUae. ^ La Nuit des Noces. — Le Corregidor* — Le Bigame. — Cartouche. — On vent voir entrer Frederick 1 «'Il n'a pas de spécialité. — Les grands hommes sont maltiples. -* Ses tyrannies. ^ Le gaa est bien beareni ! ^ Un pari.

~ Jalousie de métier. «— Fioné 1 58

Frederick autear dramatique. — Il est mélodramatarge. — iéê Vieil ÂrtiUê.^ 11 est vaaderiiliste et poëte» — Le Pri$<mniir Amatiur^ -* Il est romantiqae* — Xa Cfumeur Noir, «- La Tabatière» — Il sera aristo]^* nesqae 72

Il entre à la Porte-Saint-MartiA.^ TraUeÀfu ou la Vie d'un joueur. — Regnard et Dacange. — La Fiancée de Lamermoor. — Amour-propre d'artiite. — Chacun pour soi. — Fatal. — L Écrivain publie. — Lee Deux Phi' libert. — Rocheiter. — Sept Heures. — Marino Faliero, — Casimir Delavigne. — Ligier. — Lettre à Charles Maurice. — Procès* ^ Il double Ligier. — Laferriëre. — Le public lui suffit. • . . , 85

il entre & l'Ambigu. — Lee Voleurt tt leê Comédieni.

— Peblo, — Frédérick-Lemaltre et Mme Dorval. — Ses débuts à l'Odéon. — Leê Vépree Siciliennes. » Othello. — Manlius. -* iphigénie en Tauride. — Nobles et Bourgeois. -^La Mère et là Pille.^VÂb* besse des Ursulines ou la mort d*Urbain Grandier.

— Napoléon Bonaparte. -^ Mlle Georges. — L'empereur partout. — Les d^roques de rempire. — HawUet.

— Méâieis et Machia»$l, — Lé Moine. — La Maré^ chaU d'Amre» — Alfred de Vi{py. — Mirabeau 100

Richard d^Arlington. — Kean et Frederick. — La Tour de NeeUe* — Propositiong à Bocage. — V Armurier de Brients.'^ Har^ et Frederick ilO

Lucrèce Borgia, — Le Parodié de$ Volewre. — Béairix,

— Robert-Macaire à la campagne. --* Frederick en pri* son. — > Une calomnie. — Colère et misanthropie. — RoherU-Macaire. — Les indignations. — Jules Janin.

— Le pnff. — Les haillons dramatiques. — Serres. — Robert-Macaire à la nlle, ^ Un procès fameux iS6

Les contemporains de Frederick. — Lockroy. — Ligier.

— Bocage. » Beanvallet. — Mélingue. — Mlle Mars.

— Mlle Georges. — Mme Donral 175

Son réengagement à la Porte-Saint-Martin. ^ 11 va aux Variétés. — Le Marquis de Brunoy, *- Reprise du Barbier d'Aragon, — Kean. — Anecdotes. — Rujf-Blat*

— Visite d Alexandre Dumas à Victor Hugo. — Le

prince d'Orléans. — H. Guizot. -^ Antéoor oly. — Le théâtre de la Renaissance. — La première représentation....» 188

L'AlchimUte» — ZacharU ou VAvarB de Florence, ^ W jette sa perruque au parterre. -• Trente-neuf jours de captivité — Le cornet de Robert-Macaire. — Vautrin. La censure. — Faillite de Harel. — Vautrin défendu par Théophile Gautier. — Paris le Bohémien, — Les biographes infidèles. — Eugène de Mirecourt. — Un homme sans fard et sans chemise 200

Mlle de la Vallière, .— Le$ âÊyttèree de Parie, — Don César de Bazan, — La Dame de Saint-Tropez, — Miss Helen et Macready. — Un amour d'une semaine. — Frederick à Londres. — Othello contre Othello. — Suicide de Miss Helen 212

Michel Brémont, — M. Yiennet. — Le Docteur Noir. —- Il retourne à Londres. — Le Chiffonnier de Paris. — Tragaldabas, — Anecdotes. — Toussaint Louver^ ture. — Lamartine. — Histoire de la pièce. * Frederick jugé par Lamartine. — • Mlle Lia Félix. — Jemma. - PaiUasse. - Henri ilf 221

L$ Roi I ïporal,

^ La '— Ze

Maître dUcoU. — Le Mèi^htmd âê Céco, ^ Les Saltimbanquei. — Odry. — Le Comte de Saulles. — La dernière heure des comédiens. ^ Le Père Gâchette. — Le Crime de Faverne. — Un Lâche» — Le Portier du n» 15. — Marie Tudor. — Vanité des vanités! '-'HicJacetî 232

xvm

Sa maladie. — Sa mort. — Ses obsèques. — Discours . de Victor Hugo. ~ Discours de M. Eugène Moreau. — • Discours de M. Ferdinand Dugné. — Poésie de M. Jean Richepin. -- Mounet-SuUy. — Épilogue i40

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