‹ Frédérick-Lemaître et son temps, 1800-1876 (volume 2)Chapitre 9 sur 28 · NEPHTALI · texte numérisé non relu

NEPHTALI

Sa voix a retenti dans mon cœur éperdu I

Et c'est tout !

Cinq vers !

On jugera facilement si le génie du jeune Frederick devait se trouver à l'étroit dans un tel personnage. Un autre supplice lui était réservé: il était destiné à jouer presque exclusivement les confidents de tragédie.

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Confident de tragédie ! On peut être avaleur de sabre, disloqué, casseur de pierres, homme nain ou homme squelette ; on peut danser sur la corde, faire passer des muscades, jongler avec des poignards ou des bouteilles ; on tient uo. bureau de loterie, on joue de l'orgue enfin si Ton se sent absolument le besoin de vivre ; mais on n'est pas confident de tragédie !

Vous voyez Frederick, n'est-ce pas, dans l'obligation d'endosser les manteaux étriqués des Arbate et des Nabal ? Méphistophélès et Don César qui vont écouter les longs récits de Mithridate ou d'Athalie, sans rire et sans se fâcher! Ce sont là des épreuves auxquelles les tempéraments les plus robustes ne sauraient résister. Je suis convaincu qu'au milieu du froid des salles de palais, Frederick regretta plus d'une fois les parades de madame Rose et les quatre pattes du lion de Thisbé, toujours est-il qu'un beau soir il quitta TOdéon après avoir écrit à Talma le mot suivant :

Voici assez longtemps, cher et illustre maître, que je reçois les confidences des autres pour que je pense

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euUu à m'epaucher à mou tour: TOdéon me pèse... et je le lâche!

Le soir même il était parti, après avoir écrit eu lettres de douze pieds sur les murs de sa loge un mot dont les échos du second théâtre Français rougissent encore.

Il entre à l'Ambiga-Gomique. — Le Remords. — L* Auberge des AdreU. — Robert«Hacaire. — Il crée* ses types. ^ Ses appointements. — Un condottiere littéraire. — Charles Maurice. — Le Jo\teur d* Orgue, -^ Lisbeth ou la Fille du Laboureur. — Les AverUuriers. — Le Vol. — Le Cocher de Fiacre.

— Les RtUnes de la Granca. — Cardillac. — La Nuit de Noces. — Le Corregidor. — Le Bigame. — Cartouche, — On veut voir entrer Frederick ! — Il n'a pas de spécialité.

— Les grands hommes sont maltiples. — Ses tyrannies. — Le gaz est bien heureux ! — > Un pari. — Jalousie de métier. — Flooé !

Ce qu'il lui fallait c'était la création libre et la vie !

L'Ambigu fut le premier théâtre qui éleva Frederick sur le pavois du mélodrame.

Il y débuta le 22 avril 1823, dans le rôle du traître du Remords.

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Le 2 juillet 1823, il jouait T Auberge des Adrets.

Vous avez tous lu la pièce, n'est-ce pas? vous connaissez tous le succès quMl obtint dans cet horrible drame qui fut cependant le prologue de Robert-Macaire? Vous savez s'il fut aussitôt Télu de la foule ; si on Taima, si on l'admira, si on l'applaudit. Ses guenilles furent plus populaires que le vieil uniforme impérial. Il devint le héros de la populace et le dieu de la police.

Mal reçue d'abord, et sifflée à outrance, la pièce se releva, le lendemain, par un trait de hardiesse inouïe de l'acteur.

Aux répétitions, il avait déclaré plusieurs fois que le rôle de Robert-Macaire était absolument impossible, et que le public ne l'accepterait jamais tel que les auteurs l'avaient conçu. L'événement justifia cette prophétie.

Frederick, désolé, cherchait, le lendemain, en se promenant sur le boulevard, un moyen de relever la pièce de sa chute^ lorsqu'il aperçoit un personnage étrange, arrêté devant la boutique d'un marchand de galette. Il regarde cet individu, couvert des pieds à la tète de

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vêtements indescriptibles. Jadis, on le devine, ces vêtements ont eu un certain cachet d'élégance. Mais ils tombent en lambeaux. La misère et la débauche y attachent leurs souillures, sans que celui qui en est affublé semble rien perdre de son air audacieux et de la bonne opinion qu'il a de lui-même. Campé fièrement sur des bottes éculées et percées à jour, un feutre crasseux et déformé surToreille, il rompt du bout des doigts un morceau de galette d'un sou, le porte à ses lèvres avec les délicates allures d'un petit-maitre, et le mange en vrai gastronome. Sa collation faite, il tire de la poche de son habit une loque pendante, s'en essuie minutieusement les mains, époussette son costume immonde, puis continue sa promenade sur le boulevard.

— C'est là' mon personnage, dit Frederick, je le tiens !

Effectivement il venait de découvrir, en chair et en os, le type qu'il avait vaguement conçu, lors de la répétition de F Auberge.

Robert-Macaire était trouvé !

Le soir même, au théâtre, le comédien se

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montre avec un habit, un feutre et des bottes, absolument pareils aux bottes, à Fhabit et au feutre de Thomme du boulevard. Il imite les manières de ce fashionnable en haillons, son calme grotesque, sa dignité sinistre ; il décide son camarade Serres à une métamorphose analogue pour le rôle de Bertrand, et la pièce obtient un succès à tout rompre.

Dans sa carrière, nous verrons Frederick décider plus d'une fois du succès d'une pièce. C'est lui, toigours lui qui a créé ses types, au lieu de développer ceux que lui indiquaient les auteurs ; c'est ce qui le distinguera toujours des artistes d'analyse et d*étude.

Ses appointements furent élevés, dès ce jour, à un chiffre considérable. Tous les samedis, il s'amusait à se faire payer en pièce de cent sous par l'administration du théâtre. Chargeant ensuite sur ses épaules le sac énorme renfermant ses honoraires de la semaine, il traversait avec orgueil la foule qui l'attendait à la porte.

Il lui donnait gratis le spectacle de ses excentricités.

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Tout en gagnant des sommes folles^ notre comédien n'était pas d'humeur, comme beaucoup de ses confrères, à payer les bravos et la gloire.

Un journaliste, trés-connu pour sa plume vénale, un de ces bandits napolitains de la presse, dont la race n'est malheureusement pas éteinte, Charles Maurice en un mot, entre chez Frederick quelques semaines après son succès, et le prie de vouloir bien disposer en sa faveur de deux ou trois billets de banque.

Notre comédien refuse.

— Pourtant il s'agit de très-peu de chose, dit le condottiere littéraire : mille ou douze cents francs par an, qu'est-ce que cela pour vous? Grâce à cette modeste subvention, vous serez parfaitement traité dans mes colonnes.

— Monsieur, dit Frederick, je ne veux pas être loué â prix d'or. Ce sont d'autres louanges qu'il me faut.

A ces mots, 11 pousse le vil écrivain par les épaules, et le met à la porte. Deux jours après, article dénigrant c(mtre l'acteur. Celuici ne profère pas un mot de plainte. 11 attend

que le bandit reparaisse au théâtre, va d'un air tranquille à sa rencontre, salue, et lui administre, on plein foyer des artistes, la plus admirable paire de soufflets qui eût jamais retenti sur face humaine. Grand éclat. Le folliculaire tempête, et veut rendre outrage pour outrage. Or, l'acteur, doué d'une puissance de muscles peu communoi prend les deux mains de notre homme dans son poignet de fer, et dit à ses camarades, témoins de Texéoution.

— Demain, s'il le faut, je me battrai avec oe misérable; mais avant tout, jetions à le traiter en votre présence comme un drôle.

Et de taloches en taloches, il le reconduisît jusqu'au foyer.

Frederick demeura quatre ans à TÂmbigu, quatre ans durant lesquels il joua successivement : le Joueur d'Orgue^ Lisbeth ou la Fille du Laboureur, les Aventurières^ le Fo/, le Cocher de Fiacre^ les Ruines de la Granca^ Cardillac, la Nuit de Noces, le Corregidor, le Bigame, Cartouche, etc.

Je ne compte pas le Vieil Artiste et le

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Chasseur Noir qui seront l'objet d'un article spécial.

Nous voici déjà loin du Nephtali des Machabées. La création d'un rôle nouveau par Frederick était devenue un événement qui remuait les plus froids en fait d'émotions dramatiques. Ce soir-là, les gens du monde et les artistes, les critiques et les poètes, les duchesses vraies ou fausses, tout ce public des premières représentations à la fois ardent et blasé, enthousiaste et railleur, en garde contre toute surprise, qui a l'expérience de la scène comme un vieux comédien devenu régisseur, qui ne se laisse prendre à aucun effet banale qui sait, sur la place des fauteuils, le percement des portes de la décoration et la nuance du costume des personnages, deviner la fin du drame dès le lever du rideau, remplit la salle avant que les musiciens aient pris place à leurs pupitres.

Miracle que nul autre ne peut obtenir: les toilettes sont achevées à l'heure. Que les bandeaux rebelles laissent voir encore les ondes revèches des nattes dénouées à la hâte, que le chapeau penche un peu sur l'oreille ou sur le

front, que la guirlande soit posée de travers et le bouquet mal attaché au corsage, que la pointe du châle ne tombe pas bien perpendiculairement, on part, et, dans la voiture on pousse avec une impatience nerveuse les doigts chargés de bagues dans les gants trop étroits, c Si nous allions manquer l'entrée de Frederick ! » Telle est la préoccupation universelle, et nul ne s'en consolerait : les coquettes en oublient le soin de leur beauté; elles savent bien^ d'ailleurs, que Tacteur une fois en scène, nul regard ne se détournera de lui, et que les entr'actes seront consacrés à le rappeler, à l'applaudir et à lui faire des ovations. Si Frederick inspirait une \* au monde élégant et artiste, il n'agissait pas avec moins de force sur la portion inculte et rude du public : dès trois heures de l'après-midi, les anges en casquette et en bourgeron, qui ornent d'une collerette de faces peu séraphiques les cercles du paradis, s'étouffaient à la porte du théâtre : car Frederick avait déjà cet immense pouvoir de parler à l'intelligence la

plus haute, comme à l'instinct le plus brut.

Une des conditions qui le firent ainsi grân*^ dir du premier coup, c'est que Frederick n'avait pas de spécialité. Nous autres Français, nous sommes travaillés d'une maladie ! la spé* cialité. Dès qu'un homme fait bien une chose, on le croit tout de suite incapable d'en faire une autre. Singulier raisonnement ! Cependant l'intelligence qui a servi pour acquérir un talent doît servir pour en acquérir Un second ; on est capable ou non. Parquer le génie dans des coi»partiments est au moins une invention bizarre.

Tous les grands hommes étaient multiples :

Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Dante, etc. étaient indifféremment architectes, peintres, sculpteurs, ingénieurs, poètes, musiciens, théologiens. Un grand acteur doit savoir pleurer et rire, rendre toutes les faces de l'âme humaine, toutes les émotions de la vie : c'est là ce qui faisait la supériorité de Garrick ; - c'est là ce qui fit celle de Frederick Lemaître : il était terrible et bouffon, il vous rffrayait comme il vous faisait rire; il ne redoutait rien, pas même la trivialité, car il savait que tout à l'heure, il n'avait qu'à le vouloir pour être

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sublime ; c'est en jouant les rôles les plus opposés qu'il était parvenu à un admirable talent.

En admirant les demi-dieux de la scène, il est bon de connaître leurs petits travers et leurs faiblesses. Autrement, on leur dresserait des autels trop majestueux. Pris à dose raisonnable, Tencens ne les exalte plus, ils sont préservés de la fièvre d'orgueil.

Or un tel amour du public, et ratifié par tant de bravos divers, était plus qu'il n'en fallait pour griser Frederick. Naturellement orgueilleux, il se crut bientôt l'élu du peuple et voulut devenir son tyran.

Avec ses sujets il pouvait tout se permettre sans craindre l'émeute.

Un soir, pendant un acte où il ne devait point paraître (on jouait le Corrégidor), il s'appuie, en causant avec un de ses camarades^ contre cette partie des coulisses appelée le manteau d'Arlequin. Sous son coude un bouton de cuivre se rencontre.

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— A quoi peut servir cette machine? fît-il en l'examinant.

— N'y touchez pas, monsieur Frederick, crient les employés du théâtre. C'est le régulateur du théâtre !

— Bah!... Le gaz a donc un régulateur?...

Il est bien heureux le gaz !... Voyons cela !

Une idée folle lui traverse la cervelle : il tourne le bouton de cuivre. Aussitôt la salle entière est plongée dans les ténèbres, et deux mille personnes jettent un cri de surprise mêlé d'effroi. Mais on apprend que Frederick est Fauteur du tour pendable. Dès lors la plaisanterie semble charmante, et, quand il rentre en scène, à l'acte suivant, on accueille ses burlesques excuses avec des rires joyeux et des bravos.

Une autre fois, c'est au milieu d'une représentation de Cardillac qu'il provoque un nouveau scandale. Il avait parié de donner une prise au souffleur au milieu d'une situation des plus pathétiques. Il gagna son pari, mais cette fois, durant quinze jours, le public lui tint ri-

gueur, et Frederick fut obligé, de 8*incliner devant son peuple.

Il n'a jamais pu souffrir qu'un camarade recueillit à ses côtés la moindre salve de bravos. Je ne sais plus dans quel mélodrame on le voyait apporter entre ses bras le cadavre de son jeune frère. Toujours est-il que l'obscur acteur qui remplissait ce rôle s'identifiait si bien avec l'immobilité du dernier sommeil que le public, saisi d'étonnement, crut devoir, en conscience, couper en deux une des plus belles tirades du grand comédien, pour témoigner au petit frère mort la satisfaction que lui donnait son jeu.

— Voilà, dit Frederick, un gaillard bien impertinent, de se faire applaudir jusque sur mes bras I

Il se penche, tout en débitant son rôle, et souffle dans les narines du mort ; celui-ci ne bouge pas. Cédant à un accès de désespoir, toujours motivé par lé rôle, Frederick arrache au défunt une poignée de cheveux : pas un geste. Alors le grand frère semble succomber à sa douleur, ouvre les bras, et laisse choir le

cadavre, qui tombd avec héroïsme, les reins sur les planches, sans faire un mouvement. C'était superbe 4

La salle trépigne, les bravos deviennent fré» nétiques, et Tillustre comédien sort furieux^

Passant la nuit à réfléchir, il trouve pour le lendemain des procédés moins cruelsi mais plus infaillibles. En apportant son frère il lui chatouille avec beaucoup de délicatesse le des~ sous des bras et la plante des pieds. Le malheU'reux défunt n'y tient plus. Il ressuscite, part d'un éclat de rire, laute à terre^ et se fait siffler. C'était là ce que demandait Frederick ; les bravos des spectateurs furent désormais pour lui seul.

On en aurait long à dire sur ses excentricités qui, durant quarante ans, défrayèrent les conversations du boulevard du Temple. En triomphateur habile il savait s'exposer, mais savait aussi comment racheter ses fautes.

Si égoïste et si jaloux des applaudissement s> il s'est un soir moqué de lui-même de là façon la plus spirituelle. C'était en 4847, à l'une des dernières reprises de Robert-Macairèi

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Voyant qu'il n'était point rappelé à la lin de la pièce, il ordonne qu'on lève le rideau.

— Messieurs, dit-il, en s'adressant au public, je désirerais savoir si M. Auguste n'est pas ici?

M. Auguste ne répond pas et les spectateurs se regardent avec surprise.

-- Et M. Antoine?

— Eh bien, messieurs, continue-t-il, je suis victime de l'indélicatesse du chef et du souschef de claque. Ce matin, je leur avais donné 40 francs pour me faire rappeler, et ils ne sont là ni l'un ni l'autre. Vous voyez, messieurs, je suis ûoué !

Et la salle d'éclater d'un rire homérique.

Frederick ameur dramatiqoe. — Il est mélodramaturge. — Le Vieil Artiste. — Il est vaadevilliste et poète. — Le Prisonnier Amateur, ^'li est romantiqae.— Z« Chasseur Noir. — La Tabatière. — Il sera aristophanesque.

Le théâtre de TÂmbigu ne fut pas seulement pour Frederick la première scène ou il put faire valoir ses grandes qualités de comédien, il fut aussi le théâtre de ses débuts littéraires.

J'ai bien dit de ses débuts littéraires, car Frédéric a été auteur dramatique.

Le 25 avril 1826, trois ans après la première de r Auberge des Adrets, on représentait à TAmbigu, le Vieil Artiste, drame en trois actes et signé. C'était un assez

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bon mélodrame, de l'école de Ducange, ainsi que Ton pourra s'en rendre compte par ce court exposé de la pièce.

Pierre Burck, qui jouit de la réputation d'un peintre célèbre, a été arrêté pour avoir refusé de prêter son talent aux caprices d'un seigneur tout-puissant, accusé de vexations, perdu dans l'opinion, et qui voulait que les pinceaux de Burck le représentassent entouré des heureux qu'il avait faits, et accablé des bénédictions de ses vassaux. Burck, irrité d'une telle proposition, s*est vengé en peignant un tableau plein de vérité. L'orgueilleux seigneur y était représenté accablé des malédictions de ses subordonnés et succombant sous l'indignation publique. A peine exposé, le tableau fut enlevé et Burck enfermé dans la forteresse de Kinsmark, ou il languit depuis 5 ans.

C'est pendant ce temps que Caroline, sa fille, livrée à elle-même, a rencontré lé comte Adolphe de Muldorf. Sans se faire connaître, il a rendu des soins à Caroline ; bientôt, à l'aide d'un mariage supposé, elle s'est crue son épouse et un fils a été le fruit de cette liaison. Des

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nuages se sont élevés enlre les deux amants : Caroline entretenait une correspondance secrète avec son père, qui lui écrivait sous le nom de Ludovic. Adolphe a pris de la jalousie. Caroline, ne pouvant se justifier sans trahir son père, s'est laissé accuser. Adolphe s'est éloigné, Caroline, au désespoir, à failli mourir, et dans un accès de douleur, elle a repoussé loin d'elle le fils d'Adolphe, elle a eu la coupable ifàiblésse de Tabàndonner, crime qu'elle se reproche et qui fait sôii tourment.

L*^enfant ainsi perdu a été recueilli, présenté à Burck, dont il charme, par sa gentillesse, la captivité. Caroline obtient une permission pour venir voir son père, et la vue de cet enfant, jointe à d'autres circonstances, amène uii aveu. Burck est instruit de tout, lorsque le hasard amène à la forteresse uii officier général chargé de l'inspection. Cet officier n*est autre Qu'Adolphe ; il retrouve Caroline et apprend de Burck lui-même que Ludovic n'est autre que le père de Caroline ; mais son frère, qui a été instruit de la séduction d'Adolphe, vient lui en demander raison. Le grade d'Adolphe ne peut retenir

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s^ colère, son sabre est levé ; il est arrêté surle-champ, condamné à mort. 11 va périr lorsque l'arrivée du roi amène une grâce désirée de tous, scelle le bonheur des nouveaux époux, et rend la liberté au vieil artiste.

Frederick s'était réservé le rôle de Burck, Mlle Hallignier remplissait celui de Caroline. La pièce eut un certain succès et de vogue et d'estime, au point que le directeur crut devoir lui commander immédiatement un lever de rideau.

Frederick se mit aussitôt à l'œuvre, non sans se rendre compte de là difficulté qu'il allait avoir à traiter un sujet badin, lui l'homme du drame sombre. Une chose 1 épouvanta encore.

C'était la facture du couplet. Lui, faire des vers ! Pourquoi pas? Cette fois, il ne voulut pas entendre parler de collaboration et tenta de s'en rapporter à ses propres forces. Elles ne le trahirent pas. Le Prisonnier Amateur est un amusant vaudeville qui eut 6Ô représentations, chiffre énorme pour l'époque.

Nos lecteurs ne seront pas fâchés d'avoir un échantillon des poésies de Frédéric. Nous dirons

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donc quelques mots de cette pièce dont la première représentation eut lieu à TÂmbigu, le 15 juin 1826.

Nous avons sous les yeux la pièce imprimée, aujourd'hui fort rare.

En voici la distribution :

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