CARL--MARIA VON WEBER
Historique de « Freischiitz
A l'époque où il composa Freischui^, Cari Maria von Weber était Kapellmeister à l'Opéra de Dresde, après avoir rempli, pendant trois ans, les mêmes fonctions à Prague, où il s'était fiancé avec une jeune chanteuse du théâtre, Carolina Brandt. Originaire de Saxe, le comte Bruhl, surintendant de la musique du roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, avait offert à \\'eber la place de Kapellmeister à la chapelle royale de Berlin, vacante par suite de la mort de Giïrlich. L'artiste avait refusé, à cause de la cherté des vivres dans la capitale prussienne, et d'autre part, après l'incendie du théâtre de Berlin (3i juillet 1817), le roi de Prusse l'avait fait avertir de ne pas compter sur cet emploi. La commande d'un opéra pour l'ouverture du Schauspielliaus, en construction, représentait donc une sorte de dédommagement.
Il s'agissait de trouver un poème, — jusque-là Weber n'avait pas été heureux dans le choix de ses
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livrets, — et un poème qui, répondant à ses vues esthétiques, lui permît de réaliser, au moins partiellement, la fusion qu'il rêvait entre l'action, la mimique, la peinture et la musique. Depuis qu'il résidait à Dresde et fréquentait les réunions d'un cercle littéraire appelé Liederkreis, Weber s'était ouvert de ce projet à un avocat poète, Frédéric Kind*; il lui demanda d'écrire un libretto de Singspiel ou d'opéra. Kind, qui savait à peine ses notes, hésita, puis accepta la proposition. Après avoir feuilleté nouvelles, romans et contes pour y trouver un sujet, Kind s'arrêta à celui du Freischûty, tiré du Gespensterbuch (Livre des. Fantômes), d'Apel et Laun-.
Quoi qu'il en ait dit, dans son Freischût^buch,. Kind n'eut peut-être pas le mérite de l'initiative, car ce nom seul de Gespensterbuch devait rappeler à \\'eber que, lors de la publication de ce recueil, en
1. Né à Leipzig le 4 mars 1768, Jean Frédéric Kin'd est mort à Dresde le 21 juin 1843. Fils d'un Stadtrichter préteur), il fut destiné à la jurisprudence. Reçu avocat à Dresde en 1793, il abandonna cette professsion en 1816; deux ans après, il fut nommé conseiller aulique. La littérature l'attira; il collabora, pendant des années, à des revues, à des journaux tels que V Abendzeilung et la Morgenze'dung; il a publié plusieurs recueils de contes et de nouvelles, des romans, des poésies, des pièces de théâtre. En fait de livrets, outre Freischùlz, Kind a composé pour Conradin Kreutzer, Une nuit à Grenade et pour Marschner, le Voleur de hols.
2. L'histoire du Freischùlz date du xvii'' siècle. Elle fut recueillie au xviu^ dans les Unterredungen voin Reiche der Geister (2® éd., Leipzig, 1731) iGrove's Musical Diclionanj. Article sur Weber, par le D"" Ph. Spilta). Bùrger en a fait le sujet d'une de ses Ballades.
1810, se trouvant au château de Neubourg, dans la vallée du Neckar, avec AI. de Dusch, il avait poussé le cri : Eurêka ! et conjuré son ami de tirer de ce conte fantastique un scénario d'opéra. Les deux artistes avaient passé la nuit à discuter ce projet. Dusch en avait même tracé une esquisse; puis, brusquement, l'enthousiasme subit de Weber s'était refroidi et il avait délaissé le conte d'Apel pour terminer son petit opéra bouffe, Abou-Hassa?i. Lorsqu'il eut vu jouer Freischilt^, Al. de Dusch ne fit aucune difficulté pour reconnaître la supériorité du livret de Fr. Kind sur le scénario hâtivement esquissé par lui en 1810.
Aussitôt commencé, le travail du poète fut vite achevé. Il avait écrit précédemment une Fiancée du Chasseur, et il l'utilisa. Il en garda le titre, qui alterna bientôt avec celui-ci : Der Probeschuss (le Tir d'épreuve), qui avait le mérite de mieux définir le sujet. Mais si l'attention de Weber et de Kind avait été ramenée en 1817 sur la légende du Chasseur Noir, c'est peut-être à cause de la publication par E. T. A. Hoffmann de ses Contes noctui-nes ' dont l'un, Le Spectre fiancé, s'inspire du récit d'Apel. J'ai fait remarquer ailleurs- les ressemblances singulières que l'on peut relever entre le livret de Kind et le conte d'Hoffmann :
« Si les noms des personnages sont changés, les incidents de l'action sont les mêmes ou à peu près : chute du portrait de l'aïeul Cuno qui blesse Agathe au
\. Die Xachlstùche, 1 vol. in-X. Berlin, 1817. 2. AVe/jer 'collection des Musiciens célèbres). 1 vol. in-8. Paris, Laurens, 1!J06.
front; substitution, pour la parure de la fiancée, d'une couronne mortuaire à une couronne de mariée. Il y a quelques différences dans la mise en scène de la fonte des balles. Le nombre des balles fondues est réduit de 63 à 7, et c"est encore trop, puisque Kaspar est obligé d'en consommer plusieurs inutilement, afin que la dernière, que Samiel s'est réservée, trompe l'espoir de Max. Ce qui appartient à Kind, c'est le remplacement du Chasseur Noir par Samiel, c'est la création du personnage de Kaspar, garde-chasse comme Max, c'est le dénouement heureux. »
Le livret terminé dans les premiers jours de mars, les amis du poète et du musicien furent convoqués pour en entendre la lecture. La question des honoraires fut vite réglée, du moins à l'origine.
En juillet 1817, \\'eber commença la composition de son œuvre. Le premier morceau qu'il ait élaboré fut le duo qui ouvre le second acte. Il identifiait dans sa pensée la joyeuse Annette avec sa Lina chérie qu'il épousa à Prague le 4 novembre suivant. Par lettres, il avait tenu la Brandt au courant de ses projets de collaboration avec Kind, et c'est elle qui, avec son instinct d'actrice, lui avait, au grand déplaisir du poète, conseillé de couper le tableau initial'.
Kind s'était cependant résigné. A cette époque, son intimité était grande avec le jeune ménage. L'été, il allait visiter les Weber dans la maisonnette rustique qu'ils avaient louée à Klein-Hosterwitz, et plus tard,
1. Les deux scènes dont il se compose : un Monologue de l'Ermite et un Duo avec Agathe, imprimées dans le livret allemand publié cliez Ph. Reclam junior, à Leipzig, figurent en appendice, page 182.
lorsque les voyages à Pillniiz fatiguèrent Weber, dans sa y'iWa. deCosel'sGarfen, au quavùev deVAntonstadt, alors suburbain. II y était appelé lorsque Weber avait composé quelque morceau de la partition; Lina ou son mari le chantait au piano. Ils ne se contentaient pas d'une collaboration au jour le jour, qui se traduisait par des romances ou des cantates de circonstance'; ils imagmaient d'autres opéras : ils rêvaient d'une Ida Munster, avec mise en scène du tribunal de la Sainte-Vehme, d'un Cid.
Grâce à son protecteur, le comte ^'itzthum, Weber avait reçu de la Cour la commande d'un opéra sur un poème de Fr. Kind, intitulé -.Alcindoy, qui devait être joué à l'occasion du mariage du prince héritier Frédéric. Pendant le congé du comte, il fut décidé en haut lieu que l'opéra projeté pour la cérémonie serait remplacé par un concert. \\'eber en avait écrit quelques fragments, qui furent replacés dans ses ouvrages ultérieurs, notamment dans Obéj'on.
En principe, Xa Fiancée du Chasseur éia\l destinée à la scène de Dresde; mais, comme la direction s'abstenait d'allusions à cet ouvrage, Weber écouta les propositions de la surintendance prussienne. Il communiqua donc le manuscrit du livret au comte Brùhl qui l'agréa. C'est même à ce personnage qu'est dû, paraît=il, le choix du titre définitif : der
1. Fr. Kind rima pour Weber les textes de la Jubel-Canlale, composée à l'occasion du 50" anniversaire de l'avènement au trône du roi Frédéric-Auguste I^'' et de Xalur iind Liebe, écrite pour la fête de la princesse Auguste, sa fille, en 1818.
Freischût-:{\ lequel est, pour ainsi dire, intraduisible en française
Weber menait à Dresde une vie très occupée. Ses fonctions de Kapellmeister l'obligeaient, non seulement à diriger les études et les représentations des ouvrages lyriques allemands ou français, à assurer la partie musicale du service divin aux offices de l'Eglise catholique de la Cour; mais, en outre, à composer des pièces de circonstance, des cantates ou des Krdn^e (littéralement : couronnes) pour les anniversaires et les fêtes intimes de la famille royale. Son activité musicale, obligatoire ou non, était très grande, lecatalogue chronologique de ses œuvres en fait foi. De plus, il trouvait le moyen d'écrire des articles sur les opéras nouveaux, dans VAbend^eitung, qui était dirigée par son ami Frédéric Kind. C'est ce qui explique que la composition de Freischûl^, si courte qu'en soit la partition, s'échelonne sur plusieurs années, du 2 juillet 1817 au i3 mai 1820. D'ailleurs, Weber avait entrepris en même temps deux autres ouvrages dra-
1. Ou mieux : der Freischiitze (c'est ainsi qu'il fut annoncé sur l'affiche du Schauspielhaus, à Berlin). Ce mot composé signifie littéralement : le tireur à balles franches.
2. Les changements apportés au titre de l'œuvre par' les premiers adaptateurs résultent de cette difficulté de trouver à ce mot un équivalent en français. Un vieux Sirasbourgeois m'a raconté qu'au temps de sa jeunesse, à Strasbourg, un débit de bière portait cette double enseigne :
Zum Freischûlz : Au tireur magique.
Or cet équivalent baroque se rapproche plus du sens réel que le mot : Franc-tireur, qui, en français, a reçu une tout autre acception.
TTiatiques importants : un opéra bouffe intitulé les Trois Pinlo, qui resta inachevé, et des chœurs, intermèdes et musique de scène pour Preciosa, pièce espagnole d'Alex. W'olfF, qui, terminée après Freischûi^, fut jouée avant lui à Berlin, le 1 5 mars 1821.
La partition de Freischût^ était achevée depuis dix mois environ lorsque, sur le désir d'une jeune chanteuse, iMlIeEunike, le comte Brùhl demanda à Weber d'ajouter un morceau au rôle d'Annette. Le compositeur accéda à ce désir; mais ce fut seulement après avoir entendu à Berlin son interprète, qu'il écrivit pour elle la Romatice et Air qui a pris dans la partition le n° i3.
Le 2 mai 1821, Weber et sa femme étaient partis pour Berlin, emmenant dans leur voiture leur fidèle chien Nero, celui-là même qui a donné son nom au spectre à quatre pattes dont s'effraie si fort la « tante défunte! » Ils y arrivèrent le 4, reçurent l'hospitalité des parents de Meyerbeer, l'ancien condisciple de \\^eber à Darmstadt, chez l'abbé Vogler.
Dans son Histoire du Freischût^, Edmond Neukomm a donné, d'après le biographe de Weber, son fils Max-Maria, de précieux renseignements sur la vie musicale à Berlin dans le premier quart du xix*^ siècle, sur le milieu artistique où l'œuvre du maître allait voir le jour, sur l'influence italienne jusque-là prédominante dans le monde des ^//e/fan^/ et la toutepuissance du directeur de la musique royale, Gasparo Spontini, contre les partisans duquel le compositeur allemand allait avoir à lutter. De plus, toute l'activité ■du personnel de l'Opéra était absorbée à ce moment,
par la mise en scène d'Olympie, tragédie lyrique de Spontini, montée avec un grand luxe de décors et de costumes. 38 trompettes sonnaient la marche du second acte, un éléphant figurait dans le défilé. Weber employa donc les loisirs que lui imposaient les retards apportés aux études de son Freîschiit^, à terminer son concerto en /a pour piano, le fameux Co}icertstilck; il le joua lui-même, pour la première fois, le 25 juin 1821 , dans la salle du Schauspielhaus, inaugurée depuis un mois et où, sous sa propre direction, huit jours auparavant, avait eu lieu la première représentation de Freischût^ (18 juin 1821).
Il y avait foule à cette représentation, car l'auteur des chants patriotiques sur les vers de Th. Kœrner : Lyre et Glaive, et de la cantate : Combat et Victoire, composée pour glorifier la victoire des Prussiens sur les Français à Belle-Alliance (Waterloo) était déjà célèbre. E.-T.-A. Hoffmann, l'auteur des Contes fantastiques, Henri Heine, sir Julius Benedict, le compositeur anglais, élève de Weber, Mendelssohn. âgé de douze ans, y assistaient. L'ouverture produisit un effet magique, surtout la péroraison en ut majeur. Le premier acte fut écouté assez froidement. Au second, le duo des deux jeunes filles et la sémillante ariette d'Annette plurent aux spectateurs ; le succès alla surtout au grand air d'Agathe. Le tableau fantastique de la Fonte des Balles, malgré des maladresses de mise en scène, porta l'enthousiasme à son comble. Au troisième acte, la romance d'Agathe, l'air d'Annette furent goûtés; le Lied du Jungfernkran^ fut bissé, le chœur des Chasseurs, applaudi. Après le finale, Weber, rappelé, comblé de fleurs et d'hommages
en vers', comparut sur la scène entre ses interprètes, Mmes Seidler et Eunike'-.
Le surlendemain, Weber écrivait à son collaborateur Kind : « Victoria! Victoria! le Freischïit^ a mis dans le noir! » lui donnait des détails sur la première et le remerciait de son poème qui l'avait si bien inspiré. En effet, Freischiit^ obtint un tel succès à Berlin auprès du public, que la 5o^ représentation fut atteinte en dix-huit mois, fait très rare sur les scènes allemandes, dont le répertoire doit être constamment renouvelé.
Mais le succès même eut pour résultat de brouiller Weber avec son collaborateur. Tout d'abord, après
1. Une de ces pièces de vers, reproduite dans plusieurs ouvrages sur Weber, se terminait par une pointe contre l'auteur d'Olympie : <■ Et quand même il ne vaudrait pas un éléphant, tu poursuis un autre et plus noble gibier! ■> On attribua celte pièce à un intime ami de Weber, même àFr. Kind, alors qu'elle était en réalité de Fr. Fœrster, qui l'a reconnu dans une lettre adressée à W. Jâhns, le 24 octobre 1804.
Weber insista lui-même sur cette maladroite allusion dans sa lettre de remerciements aux artistes du théâtre, insérée le 19 juin 1821 par la Gazette de Voss. Elle se termine ainsi : <■ Mes pauvres hiboux et autres innocentes créatures ne peuvent prétendre à concurrencer des éléphants ! ..
Cette double allusion froissa vivement l'orgueil de Spontini, et ce froissement fut l'origine de l'hostilité qu'il témoigna contre Weber lorsqu'il s'agit de représenter jEu/'ya/i^/je à Berlin.
2. Distribution : Ottokar, Rebenstein; Kuno, Mauer; Agathe, Mme Seidler; Annette, Mlle J. Eunike; Kaspar, Blume ; Max, Stumer; Samiel, Hildebrand; l'Ermite, Gcrn; Kilian, Wiedemann; une jeune fille, Mlle Reinwald.
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la lecture du poème, il avait demandé à Kind quelles seraient ses prétentions sur le chapitre des honoraires. Le poëte, ignorant des usages en matière d'opéras, répondit qu'il n'y avait même pas pensé, puis il finit par accepter 3o ducats hollandais que Weber lui adressa avec un mot très aimable*. Plus tard, il se repentit amèrement d'avoir, pour une somme modique, aliéné ses droits d'auteur. Calculés à la manière française, au tiers ou à la moitié de la redevance, ils l'auraient certainement enrichi. Et même s'il avait eu sa part dans la cession faite à chaque théâtre du droit de représentation moyennant un prix convenu, suivant le système allemand, il aurait encore réalisé un assez sérieux bénéfice. Quant à la partition, Weber l'avait cédée pour 60 louis d'or à l'éditeur Schlesinger de Berlin -.
Kind s'aigrit, se laissa persuader qu'une somme de 800 thaler aurait été versée par le comte de Brûhl au compositeur, comme revenant au librettiste et demanda des explications à son collaborateur. Weber démentit cette assertion qu'il traita d'absurde^ mais
1. D'après ses biographes. Kind, dans son livre, parle de vingt ducats; le ducat valait environ 12 francs.
2. L'autographe avec le titre primitif biffé : Die Jàgerhraul) a été donné par la veuve de Weber, en 1851, au roi Frédéric-Guillaume IV. Il est à la Bibliothèque royale de Berlin, ainsi que celui du morceau ajouté pour Mlle Eunike.
3. Lui-même avait écrit au comte Brûhl une lettre fière pour refuser les 100 thaler que l'Intendance royale lui offrait comme gratification, après la 50" représentation à Berlin, somme misérable comparée à celle que Freixchûtz avait fait encaisser au théâtre. (Lettre à Lichtenstein du
il éprouva sans doute quelque remords d'avoir si peu rémunéré son collaborateur, car spontanément, il lui envoya une somme de 8 frédérics d'or; Kind la refusa, par dignité. La brouille entre les deux amis ne fut cependant pas complète; ils continuèrent à se' voir, mais les projets de collaboration pour Le Cid furent abandonnés.
Tout d'abord la presse n'avait pas cédé à l'enthousiasme spontané du public, et la partition fut très discutée. Zelter, le Directeur de l'Académie de chant, qui, par sa science technique, faisait autorité à Berlin, écrivait à Gœthe que, dans la scène de la Fonte des Balles, Weber avait tiré « ex nihilo fiihil, de rien un colossal rien du tout ! » Le poète Tieck, ami de Weber cependant, appelait Freischût^ « le vacarme le plus antimusical qui ait jamais retenti sur la scène. » Hoffmann, compositeur lui aussi et dont l'opéra Ondine avait été analysé avec bienveillance par Weber en 1817, dans un article de VAllgemeijie Musik^eiiung, fut sévère dans son compte rendu à la Galette de Voss. 11 y prenait le parti dé Spontini et de la musique italienne, prétendait même retrouver dans Freischiit^ des passages de la Vestale. Quelque temps après, il eut la bonne foi méritoire de faire amende honorable dans un épilogue inséré par la même Gazette (AL iMax Dubinsky l'a récemment exhumé et publié dans le Bœrsen Courier, de Berlin '). Hoffmann y reconnaît qu'on « s'assimile mieux
14 janvier 1823.) Briefe von C. M. von Weber an H. Lichienslcin, 1 vol. in-8. Brunswick, 1900. 1. Voir le Ménestrel, 17 Décembre 1911.
cette musique, au fur et à mesure qu'on l'entend, » regrette de n'avoir pas assez remarqué tout d'abord « l'entrée si originale de Kaspar, dans le Trio du premier acte, » indice de l'importance que prendra le personnage, signale la conclusion en smo?'^ando de la valse, etc.
Nonobstant les critiques de la presse, Freischût^ répondait si bien aux goûts du public et à son besoin d'émancipation de l'art germanique qu'en moins de cinq ans, l'œuvre fut représentée sur toutes les scènes allemandes de quelque importance. Elle franchit bientôt les frontières de l'Empire.
Dès le 28 janvier 1822, elle était montée à Copenhague, avec une traduction due au poète Œhlenschlâger, qui avait cru devoir remplacer Samiel par une personnification du Mauvais Destin et lui opposer Titania comme protectrice de l'innocence. Deux ans après, elle pénétrait en Russie, mais la censure l'interdisait presque aussitôt à Pétersbourg.
C'est au succès de Freischût^ à "Vienne et à Londres * qu'est due la naissance d' Euryanthe et ô!Obéron, commandés à Weber, l'une par Barbaja, l'autre par Kemble. Ce dernier avait tout d'abord offert au compositeur la direction musicale de Covent- Garden (octobre 1824 à juillet i825;, avec le droit d'y
1. Joué le 2G janvier 1822 au théâtre an der M'ien. La censure avait supprimé les rôles de Samiel et de l'Ermite. Comme l'Empereur n'aimait pas entendre sur la scène des coups de feu, les balles franches avaient été remplacées
par des flèches enchantées.
Première représentation à Londres, le 22 juillet 1824.
faire représenter deux opéras nouveaux. Cette offre fut déclinée ^
La gloire de l'auteur de Freischïit^ avait eu du retentissement, même en France. Il y eut des tentatives faites auprès de Weber pour l'amener à écrire un ouvrage en vue de l'Académie royale de musique. M. Adolphe Jullien, qui a eu entrelesmainsunecorrespondance de Weber avec la maison Schlesinger de Paris, a raconté dans un de ses livres que, dès 1823, Habeneck, directeur de ce théâtre, désirait rendre hommage au compositeur allemand si acclamé, en montant Freischûtz à l'Opéra. Weber répondit le i5 mars 1828 que ce serait « un plaisir et un honneur pour lui d'entrer en relations personnelles avec M. Habeneck » et qu'il lui enverrait volontiers la partition, mais il était persuadé que le sujet ne serait jamais goûté à Par/5-. Toutefois, ajoutait-il, « je ne répugne-