Gazelle musicale du IG décembre 186G
Les décors n'étant arrivés au théâtre que le jour de la représenlion, à 6 heures du soir, aucun etfet n'avait été répété ni réglé. Le ténor Campenaut annoncequ'il est pris d'un subit mal de gorge. Inflexible, le directeur Bernard maintient la date du 7 décembre. Une foule énorme avait envahi le théâtre, tous les artistes avaient la curiosité de connaître ce fameux opéra allemand. « Je ne pus procurer à Talma qu'un tabouret à l'orchestre, et xMlle Mars eut une loge d'angle à deux places. Le directeur faisait argent de tout. L'ouverture est enlevée. » Au lever du rideau, un coup de feu retentit et voici qu'un lourd paquet tombe des frises sur le théâtre. « Il présente l'aspect d'un dindon. Le public est profondément étonné quand il croit comprendre que le coup dirigé vers la colombe placée au bout du màt a fait tomber cette masse.» V'oici l'explication. « On avait dit au machiniste : — 'Vous ferez tomber le vautour quand vous entendrez un coup de carabine. On ne lui a pas dit : au second. Au premier, il a lâché l'oiseau. » Fureur de Bernard. Il veut tuer le maladroit. On le calme. Il explique au machiniste que c'est maintenant au prochain coupde feu qu'il doit envoyer son vautour, mais que « un oiseau ne tombe pas comme un morceau de plomb, qu'il plane encore et se soutient un peu sur ses ailes atfaiblies. C'est convenu.... »
Débités par un trial, les couplets de moquerie, écrits pour une basse, ne produisent aucun effet. La valse arrive, le smo7'^ando estapplaudi, mais l'air du ténor, enroué, ne peut parvenir jusqu'au public. Brouhaha, sifflets. Allocution du ténor. Le bruit s'apaise. « Les couplets bachiques., fort bien dits par \'alère, ont un
grand succès. Nous voici au second coup de feu. Il part. Le machiniste, cette fois, fidèle à la consigne, lâche son vautour au bout d'un fil (lisez : une corde)-, ce qui lui procure un mouvement de va-et-vient, de droite à gauche, au moyen duquel il traverse plusieurs fois le théâtre, tandis que l'acteur court après lui pour arracher ses plumes. Fou rire général, au milieu duquel l'acte s'achève. »
Au second acte, le duo des deux femmes, démoralisées, passe inaperçu. Le trio, privé du ténor, se réduit à un duo. La scène infernale, qui n'a pas été réglée, n'est que burlesque.
Au troisième, l'air de basse réussit. Le chœur des Chasseurs est bissé. «La pièce marche; on la croit relevée, lorsque, dans le finale, le père pousse si audacieusementun large son faux qu'il est impossibled'aller plus loin, et la toile baisse dans le tumulte. »
Le directeur est au désespoir. Les auteurs tiennent conseil avec lui et l'on adopte le parti suivant : on arrêtera les représentations, on fera une nouvelle distribution; on remplacera le ténor aphone par Lecomte qui a de la voix. Ce chanteur indispensable tient la dragée haute'. Les auteurs se cotisent pour lui assurer la somme qu'il exige. Ils courent la nuit les bureaux de rédaction pour obtenir que l'on suspende le récit de la catastrophe et faire annoncer les nouvelles dispositions prises. Malgré leurs efforts, l'insuccès fut constaté le lendemain dans plusieurs comptes rendus {Journal de Paris, Journal des Débats, Corsaire). Ce journal de théâtre était favorable à la musique alle-