‹ FreischützChapitre 20 sur 69 · Th. Gautier, dans la Presse du 15 juin 1811, félici · texte numérisé non relu

Th. Gautier, dans la Presse du 15 juin 1811, félici

... On pourrait l'empailler Pour quelque muséum d'histoire naturelle.

Ailleurs, la forme est malheureuse. Agathe, dans le Trio, demande à Max : — Où l'as-tu donc laissé (le ceri seize cors)? Et Max répond : « Dans la Gorge du Loup » (!) L'explication du songe d'Agathe par Annette, au 3^ acte, laisse à désirer. D'autres fois, le souci de rimer oblige le librettiste à ajouter des vers ou des hémistiches inutiles : ainsi, dans la nomenclature des ingrédients nécessaires à la fonte des balles, Gaspard fait entrer « un peu de pierre grise, » qui sert de rime à « vitrail d'église » et, pour le même motif, « du bois de bénitier, » ce qui est d'un romantisme exagéré. Il substitue à l'œil d'une huppe, celui d'un coq. Pourquoi ? L'invocation à Samiel est manquée; elle a bien plus de saveur dans le parlé allemand.

Les critiques que mérite cette version, au demeurant beaucoup plus exacte et soignée que les précédentes, s'adresseront plutôt aux paroles que l'auteur a ajustées aux morceaux de Weber. Comme ses devanciers, la nécessité de lutter contre les exigences de la rime et l'emploi qu'il fait des rimes triples, conformément aux usages du temps, l'amènent à altérer le sens ou à commettre des fautes de prosodie. 11 place trop souvent sur les temps forts et sur des blanches

lait Pacini de ses scrupules, de son respect du texte et de sa versification. « Le moindre vaudevilliste, observait-il, eût disposé les scènes avec beaucoup plus d'adresse assurément; mais il n'y eùi pas mis ce parfum germanique et cette entente de la fantasmagorie. » Et le critique procédait ensuite à une analyse détaillée du poème qui est un chefd'œuvre.

des articles ou des pronoms : la, son, qui forment en français des syllabes'brèves.

Dans les couplets de Kilian, certains vers sont bien scandés suivant le mètre allemand, d'autres le sont de travers.

A la seconde insinuation de Gaspard à Max, dans le Trio du premier acte, les vers français ne concordent plus avec les vers allemands. La réponse sentencieuse de Cuno, si sobrement scandée : lier Gott vertraut, haut gui ! est déformée et inutilement allongée par le traducteur. La coupe du chœur des veneurs est fausse. Le mot : Hussa! est remplacé par : Vivat!

Le récit qui précède l'air de Max, n'est pas mal rendu, mais Pacini échoue aussitôt qu'il s'attaque à la cavatine : Durch die Wâlder, durch die Aueri. L'extraordinaire écriture vocale de Weber dans les deux premiers membres de la mélodie, où la syllabe brève finale tombe sur une blanche placée au temps faible : der, en, est l'écueil insurmontable pour le traducteur. S"il met aux chutes de phrase une syllabe féminine, la faute de prosodie du compositeur est encore accrue et soulignée par l'emploi de Ve muet. D'autres tournent la difficulté en plaçant sur cette blanche une syllabe longue. Pacini prend un moven terme : sous le de)' de Wâlder, il écrit le mot « bois » et il place l'adjectif « sombres » sous Aueji. Aux vers suivants, l'obligation de rimer l'induit à écrire cette platitude niaise :

Je n"emporte sous vos ombres Que des larmes pour jamais.

qui ne ressemble nullement à l'original.

Dans le « milieu » de l'air, les paroles n'ont aucun

rapport avec ce que Max dit de ses exploits de chasseur. De même qu'il a mis une syllabe longue sous le der de Wàlder, Pacini écrit le mot « soir » sous la syllabe finale de Môrder. Le vers charmant Drohejid wolil dem Mô}-der (menaçant gentiment le meurtrier) trouve d'ailleurs très malaisément un équivalent en français. Par contre, plus loin, il place le « te» de «te revoir » sur un temps fort et un point d'orgue.

Dans Vandante en sol, la mélodie est respectée, mais c'est au détriment du sens. Dans ïagitato, au cri blasphématoire : Lebt kein Gott? Pacini substitue celui-ci : « Ah! grand Dieu!... sauve-moi! »

Des trois couplets de Gaspard, seul le troisième est assez bien traduit, mais il y a des défauts dans la version de l'air final. Schweig ! Sc/iweig! damitdich Niemand warnt^ ! tsl remplacé par : « Non! non! qu'il ne m'échappe pas! » qui rime avec : « Enfer, ouvrezvous sous ses pas! » Le rythme esta peu près respecté, mais Triumpii! die Rache gelingt! (Triomphe! ma vengeance touche au but) est platement exprimé par : « A moi vengeance demain! »

Dans le duo du second acte, il y aurait des critiques à faire sur les paroles attribuées à Annette, qui sont fort éloignées du sens, et sur le sentiment exprimé par Agathe, qui n'est pas conforme à celui de l'original. Passons sur l'ariette d'Annette, qui est le morceau généralement le mieux réussi dans toutes les versions.

1. « Tais-toi! Tais-toi, afin que personne ne le mette en garde! » Tel est le sens littéral, mais il est impossible de le rendre sans retoucher le texte musical, c'est-à-dire sans détruire la forme mélodique et le rythme de ce beau récit. Je me suis gardé de le faire. Voir page 131.

Avec la cavaiine du iroisième acte, c'est aussi le plus facile. Dans le grand air d'Agathe, le début de la prière est prosodie en français, conformément au rythme poétique et musical, mais la fin est mauvaise. Pacini coupe le vers : Mein Gebet ^u?' Himmelshalle en deux petits vers à rimes masculines : « Elevez ma voix | au Roi des rois! » A la seconde strophe, il agit de même, sauf que la coupe est un peu différente : Sende deine Engelschaaren ! ■« En ce jour I bénis mon tendre amour! » De plus, au lieu du « Seigneur Eternel, » Agathe invoque, on ne sait pourquoi la Reine des Anges. Dans le troisième récit, le français n'a souvent aucun rapport avec l'allemand : Dort ans der Tannen Mitîe «Ah! quel espoir s'élève ?,.. » Dein Màdchen wacht \ Noch in der Nachi! « Signal fidèle, conduis ses pas! » L'intelligence du drame en est compromise. Mais Vallegro final est bien rythmé. De même, dans le Trio, le beau cantabile de Max est bien traduit. Par contre, il y a de nombreuses inexactitudes tout à fait superflues dans Y ensemble de ce morceau. On ne voit pas pourquoi : Bald wird der Mond erblassen (Bientôt la lune va pâlir) devient : « Ah! retiens donc tes larmes! » et le Denk'an Agathens Wort! «]e. sens mon cœur frémir. »

Annette débite des vers imaginés par Pacini au lieu des redites des paroles allemandes sur l'impatience du chasseur.

Dans le début de la scène de la Gorge au Loup, le sens est faussé parfois sans motif; le récit de Max est mieux rendu, en partie du moins, mais par quelle hallucination entend-il la voix funéraire (!) de sa mère?

Au chœur de la Chasse infernale, le traducteur se sert des notes liées pour ajuster des rimes féminines alternant avec les masculines, ce qui affadit l'accentuation farouche de l'original.

Dans le récit du cauchemar de la tanie défunte, sur : Ein Ungehcuei' \ Mit Auge?! wie Feuer, Pacini écrit, au mépris de la prosodie: « Un monstre affreux, I La flamme aux yeux! » ce qui produit des ports de voix fort désagréables. Il fait vocaliser sur le mot : A lions !

Dans le Lied des jeunes filles, qui est réduit à trois couplets et intitulé dans la partition : Ronde favorite, le rvthme est parfois bien observé, mais non le sens ; au refrain, l'un et l'autre sont violés. Le chœur des Chasseurs est rimé en vers de cinq syllabes comme dans les versions antérieures; toutefois, le sens est mieux respecté, à cela près que des animaux paisibles, le daim, le chamois, sont substitués au loup et au sanglier.

Dans \q finale, il y aurait encore bien des inexactitudes maladroites à relever; j'en fais grâce au lecteur, mais je signalerai celles-ci. Dans son agonie, Kaspar, au lieu de dire à Samiel : « Ah ! tu as bien tenu ta promesse! Prends ton butin ! Je brave la damnation ! » s'écrie :

Ta main de fer me brise,

Fils de l'Enfer 1 Ma rage te méprise.

Confessant sa faute, Max reconnaît non pas s'être servi de balles franches ', mais qu'on lui a fait « signer

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