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Article cité

3. Sur le caractère de l'instrumentation de Freischiitz, j'ai fait paraître une étude dans le Guide musical du 3 mars 1912.

Théâtre-Lyrique du Château-d'Eau, la version Durdilly. Elle fut chantée le i*"' juillet 1891 par Mme Batiste (Agathe), Nazem (Annette); MM. Bermond (Max); Laporte (Kaspar). Une mise en scène ridicule, des chœurs grotesques, réduisirent la carrière de ce nouveau Freischût{ à quatre représentations.

Gomme j'écris ici un chapitre d'histoire musicale et non un article de critique ou de polémique, je m'abstiendrai d'exprimer mon opinion sur cette version Durdilly publiée en 1891, ni sur aucune autre version contemporaine'.

A mesure que le sens esthétique se transformait, grâce à l'effort des historiens et des critiques, le souci de la vérité a peu à peu prévalu sur l'ignorance et la présomption des arrangeurs. Aussi les auteurs qui ont louché au Freischiit^ ont-ils fait preuve de scrupules plus éclairés, cherché de plus en plus à se rapprocher de l'original. A.ujourd'hui, le public répudie Tingérence d'une main étrangère dans la disposition d'une partition, réclame le texte exact sur lequel elle a été écrite-, a cessé de croire à l'infaillibilité transcendante

1. II en existe une, également rimée, de M. Félicien Grétry, qui a élé publiée par Musica (n° du P'' décembre 1905), à l'occasion de la reprise de Freischiilz. Enfin Ch. Xuitter a fait, pour la collection d'airs classiques publiés par Gevaërt, une traduction de l'air d'Agathe qui n'est pas sans reproches. Il en a paru une autre, sous la signature de M. J. E. Gravollet, dans la collection des classiques publiés par l'éditeur Sénart, à 0 fr. 25 le morceau.

2. Il convient de signaler ici la restitution récente par M. Kulïerath, sur le Théâtre dt la Monnaie, à Bruxelles, de l'authentique Fidelio de Beethoven, avec le dialogue parlé de Bouilly.

. des truchements timorés qui se proclamaient hommes de goût et d'expérience théâtrale. Il est donc préparé à

. se rendre compte que la naïveté émue du livret de Kind vaut bien les élucubrations des librettistes parisiens et que son dialogue même n'est pas sans saveur. C'était, on l'a vu, l'opinion de Th. Gautier.

Frédéric Kind n'était ni un Gœthe^. ni un Schiller, c'est entendu, et bien qu'en dehors de ses livrets d'opéras, il ait publié des vers, des romans, des articles de journaux, il ne tiendrait pas une grande place dans le souvenir de ses compatriotes, si sa collaboration avec Weber n'avait fait vivre son nom. Cependant, même comme librettiste, il a montré un peu plus de sentiment poétique que ses émules français, les Pjanard, les Scribe et les Saint-Georges! Ses expressions sont parfois pittoresques et son dialogue a de l'allure et de la couleur. On n'a donc vraiment pas le droit de faire tort à un poète, même de valeur secondaire, en remplaçant des vers d'un sens pittoresque défini, par des termes de hasard, ou dont l'illogique intrusion ne peut s'excuser que par les contraintes de la rime. Seule une traduction en prose peut en donner le rendu exact et s'adapter plastiquement à la musique.

Conformément à l'usage qui prévaut aujourd'hui dans l'affabulation des drames lyriques, la présente traduction a donc été écrite en prose presque d'un bout à l'autre, à l'exception de quelques parties-

1. Mais Gœthe lui-même l'appréciait. Il écrivait à son confident Eckermann : « Si Freischùtz n'était pas un si bon sujet, la musique aurait eu de la peine à obtenir le suffrage des masses, comme c'est le cas le plus fréquent, et pour celte raison, on doit témoigner quelques égards à M. Kind ».

rimées ou assonancées*. Mais, cette prose a été scandée tout d'abord sur le rythme des vers allemands, partout du moins où \\'eber s'y est conformé, ce qui ne lui arrive pas toujours. Elle est en même temps étroitement adaptée au rythme musical. A cet égard, je ne puis que renvoyer le lecteur au petit avertissement imprimé en tête de la partition.

J'aurais désiré que le texte de Kind figurât avec le mien sous les parties de chant, mais le peu de blanc que laisse sous les paroles le format réduit des éditions populaires allemandes n'a pas permis ce rapprochement, qui m'aurait dispensé de toute explication technique. Voici donc les principes auxquels j'ai obéi.

Je me suis attaché à rendre le sens littéral, lorsqu'il importe à l'action; dans les récitatifs notamment, là surtout où la musique tend à en exprimer le pittoresque, j'ai adopté les expressions mêmes du poète quand les termes français correspondants pouvaient s'ajuster à son rythme. Lorsque cette transposition a été impossible, j'ai substitué à la traduction textuelle les équivalents les plus rapprochés; je me suis résigné à l'abandon de la littéralité dans les passages où le premier devoir du traducteur, doué du moindre sens musical, est de laisser primer la mélodie, de fournir au chanteur des vocables d'une émission facile et

1. Il a été fait emploi de la rime ou de l'assonance dans les couplets de Kaspar, dans le choeur des jeunes filles et dans l'invocation parlée de Kaspar à Samiel. Le chœur invisible est aussi rimé. Je ne me suis point privé de la faculté, admise dans la versification contemporaine, de faire rimer un singulier avec un pluriel.

d'une sonorité qui les fasse percevoir par l'auditeur. Le public français tient avant tout à comprendre!

Malgré mon aversion pour le « charabia, » je n'ai pu éviter d'employer parfois des inversions exigées par l'accentuation musicale. Je crois les avoir réduites au strict minimum. Par les détails qui lui ont été fournis plus haut dans l'examen critique des adaptations antérieures, le lecteur peut avoir une idée des nombreuses difficultés qui mettent à la torture le traducteur d"un opéra ou d'un Lied allemand. Je n"y insiste pas davantage.

Quant au dialogue parlé, il est rendu presque textuellement; on n'en a exclu que deux ou trois expressions trop germaniques pour être comprises du public français. Les phrases entre crochets correspondent aux coupures usitées sur les scènes d'Outre-Rhin ou pratiquées au Théâtre des Champs-Elysées. Les autres ont été parfois un peu resserrées et je me suis efforcé, tout en conservant le sens exact, de leur donner un tour plus vif et plus scénique.

Et maintenant, il ne me reste plus qu'à remercier mes confrères de la critique musicale, de l'extrême bienveillance avec laquelle ils ont apprécié ma traduction après les auditions au concert.

Puisse-t-elle, sous la forme théâtrale, contribuer à faire mieux comprendre et goûter par les spectateurs le Freisc/iut{ authentique de Kind et de W'eber!

Mars igi3. G. S.

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