SCÈNE VII
Max. Kaspar, venant de la gauche, s'approche de lui. Samiel, invisible la plupart du temps. Une servante.
KASPAR, dès que Ma.\ Ta aperçu.
Tu es encore là, camarade? Tant mieux!
MAX
C'est pour m'épier que tu reviens tourner autour de moi?
KASPAR
Voilà ton remerciement! En chemin, j'ai pensé à te donner un bon conseil. C'est par amitié que je reviens vers toi; j'en suis même hors d'haleine, tant j'ai couru. Non, je ne puis pas supporter l'idée que tu aies été la risée de ces paysans! Par le Diable,
s'ils ont ri, la belle avance!... Chasse ce souvenir, frère! (Il saisit la cruche placée devant Max.) Qu'est-ce que tu bois là? De la bière! Ça ne vaut rien pour dissiper les soucis. (Appelant du côté de l'auberge.) Du vin, du vin, et deux grands verres ! Camarade, quand il m'en coûterait mon dernier sou, je ne veux pas te voir si triste. Tu vas trinquer avec moi!
Une ser^'ante apporte de l'auberge ce qui a été demandé.
KASPAP, à la servante Sur mon ardoise!
La servante, avec un clin d'œil significatif, s'éloigne à droite vers l'auberge.
Dispense-moi des rasades!... J'ai déjà la tête assez vide....
Il se prend la tête dans les mains.
KASPAR verse prestement quelques gouttes d'une fiole dans le verre préparé pour Max ; à part :
Là, mon petit ami, si peu que tu en boives! (Il verse promptement le vin.) A l'aide, Samiel! SAMiEL sort la tête du buisson auprès duquel ils sont assis.
KASPAR, interloqué:
Toi ici !
S.V.M1EL disparait.
MAX, vivement
A qui parlais-tu là?
KASPAR
Moi, à personne!... Je disais : « Là, mon petit ami, » parce que je te servais.
MAX
Je ne puis pas, non, vrai!
RASPAR
Vive le seigneur forestier! Ne veux-tu donc pas porter la santé de ton patron ?
MAX
Soit! (Ils choquent leurs verres et boivent.)
K.ASPAR
Maintenant, une chanson!
11 fredonne :
[Le soleil luit dans mon verre Quand je bois du vin du Rhin!]'
Max témoigne de sa mauvaise volonté.
Celle-là ne te plaît pas? Alors, une autre!
Chanson (n» 4)
I. Dans ce monde, triste et bas, Nous n'aurons qu'ennuis, tracas,
Sans ton jus, o treille!
De Bacchus j'ai fait mon Dieu Et ma gorge toute en feu
Sèche la bouteille.
Parlé : Ah! il faut que tu chantes avec moi! \\\ boit.^
MAX
Laisse-moi !
I. Ces deux veià remplacent le premier vers de la chanson allemande, niélé de mots latins, et qui n'aurait aucun sens en français. Du reste, "•n peut supprimer ce fredi'n.
KASPAR
Vive la demoiselle Agathe! Il faudrait être un drôle pour refuser de boire à la santé de sa fiancée.
MAX
Tu n"as pas de vergogne!
Ils choquent leurs verres et boivent.
KASPAR chante :
11. Un est un et trois c'est trois! Il faut joindre deux exploits
A celui de boire.
Jeux de cartes, jeu de dés.
Fille accorte et ses beautés,
Sont ma part de gloire!
Mais toi, tu ne vas donc pas commencer? (il boit.)
MAX
Dans l'état où je suis, comment veux-tu que je chante avec toi?
KASPAR
Vive notre Prince! Qui ne porte cette santé-là est un Judas!
MAX
Allons, soit, mais que ce soit la dernière!
Ils trinquent, Max s'évente avec son chapeau et montre qu'il a chaud.
KASPAR chante :