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Castil-Blaze (Fr. -Henri-Joseph Blaze, dit', né le P

Joiwnal des débats l'industrie plus lucrative de traducteur, rebouteur, arrangeur des opéras célèbres à rétranger, avec ou sans autorisation des auteurs, ne pouvait manquer une si belle occasion d'exercer son industrie. Cependant, contrairement à ce que, sur la foi des Mémoires de Berlioz, tant de musicographes ont répété, l'idée première ne venait pas de lui. L'un

décembre 1784 à Cavaillon (Vaucluse), vint à Paris en 1799. Il suivit quelque temps les cours du Conservatoire, puis il retourna dans son pays, y remplit divers offices, enfin essaya de faire du théâtre. Le 31 décembre 1818, à Nîmes, il avait fait jouer les Noces de Figaro de Mozart, dont il avait tenté l'adaptation. Trois ans après, il s'emparait du Barbier de Séville, de Rossini, et de Don Giovanni, en utilisant la pièce de Molière et le livret de Da Ponte (1821); puis d'Otello, de ['Italienne à Alger ^Rossini , de .4/i7ia de Doulen Donizetli). Il arrangea en opéras bouffes les Folies amoureuses de Regnard, la Fausse Agnès de Destouches (1824), J/. dePourceaugnac (1826). Il devait emprunter aussi à Molière Le Médecin malgré lui. Il avait préparé un arrangement d'Ohéron, sous le titre Huon de Bordeaux, qui fut gravé en 1843, puis celui de Fidelio,qVii a paru en 1847. Ni l'un ni l'autre ne furent représentés. Le dernier a été retrouvé à la Bibliothèque de l'Opéra par M. J. Chaniavoine qui l'a analysé dans la Bévue musicale de décembre 1901.

Tout en pillant les travaux d'autrui, par exemple le Dictionnaire de musique de i .-] . Rousseau, pour son Dictionnaire de musique, en 2 volumes, publié en 1821, l'auteur de P/r/co/i vole... volait aussi parfois de ses propres ailes. Il collabora avec Scribe au livret de la Marquise de Brinvilliers; il fit paraître plusieurs ouvrages d'histoire musicale dont le meilleur est intitulé : La Chapelle-musique des rois de France (1832). Le premier en date : L'Opéra en France (1820) le fit choisir comme chroniqueur musical par le Journal des Débats. Il signait ses feuilletons : XXX. Castil- Blaze est mort à Paris en 1857.

des auteurs de Robin des Bois Ta révélé dans une confession publique faite à la Galette musicale, les 9 et i6 décembre 1866.

Thomas Sauvage, alors jeune vaudevilliste débutant', avait eu l'idée, en 1823, de traduire le livret de Frédéric Kind. Il pensa fort judicieusement que sa version ne lui serait pas d'une grande utilité s'il ne s'abouchait avec ce qu'on appelle à Paris « un homme de théâtre, » c'est-à-dire un ravaudeur breveté des conceptions dramatiques d'autrui. Castil-Blaze, qui avait la spécialité des pastiches et des traductions lyriques, ne pouvait manquer d'avoir jeté son dévolu sur Freischiit-:;. C'était le personnage avec lequel il devait s'entendre s'il voulait avoir une chance d'être joué.

Sauvage ayant fait une traduction assez fidèle du livret, où le dialogue joue, comme on le verra, un rôle important, les auteurs s'adressèrent d'abord au Gymnase, dont le directeur, Poisson, représentait certaines adaptations de Castil-Blaze. « La distribution fut ainsi arrêtée : Perrin devait chanter le rôle du ténor; Emile Cottenet celui de la basse; Dormeuil serait le père; Mme Méric Lalande, la prima donna : Mme Dormeuil, la jeune fille. On commença les décorations; celle de la Gorge du Loup fut seule achevée ; elleser\-it

1. Né en 1701, à Paris, mort le l"-'"" mai 1(ST7. Auteur dramatique et librettiste. Il collabora avec A. Thomas pour le Caïd, avec Ad. .'Vdam pour le Toréador, avec Reber pour le Père Gaillard, avec Grisar pour les Porcheronx, Gilles ravisseur, VEau merveilleuse. 11 prit la direction de rOdéon le 1®'" juin 1827 et dut la quitter un an après, les ressources lui faisant défaut.

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pour deux vaudevilles : Le Dîner sur l'herbe et Le- Bal champêtre. »

« Pendant ces apprêts, un directeur de province, qui avait vu de près les résultats fructueux obtenus par les traductions deCastil-Blaze, vint à Paris demander au ministre et en obtint le privilège de l'Odéon *, avec faculté de représenter des opéras traduits. » Castil- Blaze, naturellement, fut amené à traiter avec cette entreprise pour ses traductions, et Freischût!{ se trouva compris dans le marché.

A cette époque, observe Th. Sauvage, le goût anglais ou allemand ne prévalait pas en France : on venait de sifflera la Porte Saint-Martin des acteurs anglais

1. « Bernard, de son vrai nom Wolf, ancien chanteur de province, ancien directeur à Bruxelles, que le public parisien avait vu débuter un an auparavant au Théâtre- Français, dans l'emploi des rois qu'il remplit un certain temps. Après avoir joué à Rouen. Bernard sollicita le P'' juillet 1823 le privilège de l'Odéon, avec le droit à'j jouer tous les genres. » Il l'obtint le 16 août, avec une subvention de 60.000 francs. Intelligent, actif, il remplaçait au besoin un acteur indisposé [L'Odéon, parPorel et Monval, 2 vol. in-8. Paris, Lemerre, 1882, chap. iv).

L'ouverture du théâtre se fit le 27 avril 1821 avec un prologue de Scribe : Les Tiois genres, musique de Boïeldieu. <( Le privilège accordé à Bernard lui donnait le droit de joindre au répertoire de l'Odéon les opéras-comiques tombés dans le domaine public et des opéras étrangers traduits » (Mémoires de Samson, 1 vol. in-lH, Paris, 1882).

Aussi faisait-il alterner sur l'affiche des tragédies classiques ou contemporaines, comme Fiesque d'Ancelot, des comédies de Picard. Andrieux, Wafflard et Fulgence, des opéras-comiques de Gréiry. Dalayràc, etc., et des opéras étrangers adaptés par v astii-Bkize, Le Barbier de Séville de Rossini (6 mai 1824), La Pie voleuse (2 août^.

qui avaient représenté, en anglais, des pièces anglaises. Il fallut habiller /^re/5c/iu^^ à la mode française. Les auteurs commencèrent par supprimer le personnage de l'Ermite, qui « au finale, n'étant pas annoncé, semble tomber des nues sans but et sans nécessité. » Celui d'Ottokar fut supprimé également comme inutile. Inquiet encore sur la valeur du sujet, Thomas Sauvage va trouver Scribe et le prie de revoir sa pièce. Scribe lui demande un délai de six mois. Bernard, qui ne faisait pas d'argent à l'Odéon, n'avait pas le temps d'attendre. Le débutant adresse alors son manuscrit à Mélesville, « homme honnête et lovai, » qui prédit à cette pièce étrange un gros succès ou une lourde chute, et se récuse.

Les répétitions étaient fécondes en tribulations pour les auteurs. La musique de \\'eber était jugée inexécutable par les artistes du chant, fort médiocres chanteurs, bons tout au plus à fredonner les musiquettes de Grétry et de Dalayrac et que leur directeur forçait à étudier tantôt les roulades rossiniennes de la Pie voleuse {Ga^za ladra), tantôt la musique allemande, avec le Sac7'ifice interrompu, de Winter'. Les instrumentistes apercevaient dans la partition un abus « des tons jaunes, »des modulations baroques. Aune répétition générale, « on découvrit que la marche villageoise du premier acte ressemblait à je ne sais quelle marche d'un de nos vieux opéras-comiques. Les musiciens refusèrent d'exécuter le morceau, y voyant une

1. Cet ouvrage fut joué le 21 octobre avec des paroles de MM. de Saur et Saint-Géniez; la musique de Winter avait été arra/i^fJe par MM. Vogt et Crémonl, le chef d'orchestre.

caricature indécente de l'œuvre d'un maître français. Aujïnaledu troisièmeacte, on prétendit retrouver dans une admirable phrase le chant d'une vieille barcarolle vénitienne : La Biondinaingondoletta, je crois! Il fallut supprimer la phrase. Plus on ôtait, plus on était satisfait. »

« La pièce fut annoncée sous ce titre : Le Chasseur Noir. Un matin, Gastil-Blaze accourt chez moi, bouleversé, éperdu. — Je suis ruiné, s'écrie-t-il; on édite une traduction du Freischût^. — Qu'importe! la nôtre s'appelle le Chasseur A'oir. — Mais on prend notre titre ! Je suis ruiné, vous dis-je ! »

« Notre Chasseur Noir était déjà gravé. » Par conséquent, Castil-Blaze, auteur de l'adaptation, « avait mis dehors une somme considérable. Le coup, en effet, était rude, mais que faire? » Ne pouvant disputer à • l'éditeur concurrent « un titre qui résulte du drame même, » les auteurs convinrent d'en chercher un autre. Conférence avec le directeur, « qui trouve son titre bon et ne veut pas qu'on le change. On cherche, on propose, on discute.... Samiel? — Mais le concurrent peut le prendre! — Le Franc Archer? — Cela n'annonce pas la couleur fantastique. — Il faudrait, dis-je alors, un personnage légendaire, populaire comme le Robin Hood des Anglais, Robin des Bois. — Bravo! s'écrie le directeur Bernard. Ça me va ! — Mais Robin des Bois est Anglais. L'action se passe en Allemagne. — N'importe, changez les autres noms! — Mais la valse? — Mettez une gigue!... » Castil-Blaze acquiesce, et le lendemain on affiche Robin des Bois.

Ainsi, l'aveu même de l'auteur, confirmé par le contrôle des journaux de l'époque et parle témoignage

de Samson, alors artiste à l'Odéon, montre bien la fausseté de la légende, propagée par tous les écrivains qui, sur la foi de Castil-Blaze lui-même, vont répétant que Freischut^ échoua en France à la première représentation et ne réussit à la seconde que grâce à l'adaptation qui le transforma en Robin des Bois. Le pasticcio de Thomas Sauvage et Castil-Blaze fut annoncé le jour de lapremière sous le titre de Robin DES Bois, opéra en trois actes de Weber, et avec la distribution suivante, qui atteste le fait accompli : Reynold (Maire); Richard (Valèrej; Tony (Campenaut; ; Dick Latappy ; Robin des Bois (Edouard); Anne (Mme Valèrei; Nancy (Mme Letellier).

L'insuccès de la première représentation s'explique, non par le trop grand respect des arrangeurs pour l'œuvre originale (Castil-Blaze eut l'audace de le soutenir l'année suivante, dans sa réponse aux réclamations du compositeur, et de le répéter dans son livre : L' Académie impériale de musique, tome II), mais par des maladresses de mise en scène, des accidents comme il en arrive souvent dans les théâtres où les pièces ont été hâtivement répétées et où des chanteurs novices sont poussés sur la scène avant d'être en possession de leurs rôles. Thomas Sauvage a raconté ces anicroches avec beaucoup de verve; elles seront rappelées plus loin. Mais, pour l'intelligence du récit, il est bon de savoir ce qu'était devenu, en français, le livret de Frédéric Kind. Nous verrons ensuite ce que Castil-Blaze avait fait de la partition de Weber et dans quelle mesure ce « condottiere de l'art musical » avait mérité les anathèmes dont l'a accablé Berlioz'.

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