‹ FreischützChapitre 7 sur 69 · Mémoires, chap. xvi; A travers chants · texte numérisé non relu

Mémoires, chap. xvi; A travers chants

Le lieu de l'action avait été transporté en Angleterre, dans rVorkshire, au temps de Charles P^ Pour le premier acte, qui, dans l'original, se déroule dans une clairière, au milieu d'une forêt, les auteurs avait indiqué la mise en scène suivante : « A droite (de l'acteur) une taverne, une table ; au fond, une avenue ; à l'entrée, un màt surmonté d'une colombe » (Kind se contente d'une cible que le coup de feu de Kilian fait voler en éclats). Ici le coup de feu est tiré non par le paysan Dick, qui prend le rôle de Kilian, mais par Robin des Bois, personnage légendaire substitué à Samiel. Ce coup de maître accompli, le Grand Chasseur traverse la foule des paysans et disparaît, après « avoir jeté une bourse que Dick attrape à la volée. » Ce Dick, l'amoureux de Nancy (Annette), se laisse « honorer comme le fondé de pouvoirs du vainqueur. » Après le défilé aux sons de la marche champêtre, il entonne les couplets : J'ai le pi'ix de mon adresse^! Comme Kilian narguait Max, Dick nargue Tony, jeune garde-chasse de lord \\'ent\vorth, qui veut se précipiter sur lui.

A la scène IV, arrive Reynold, le père d'Annette (c'est-à-dire Kuno, le père d'Agathe). La scène est assez bien transposée. Richard, l'un des garde-chasse

1. Ce n'est pas tout. Un avertissement de la partition d'orchestre révèle que ces couplets, bien qu'appartenant au lôle de Dick, étaient chantés habituellement par Richard. L'auteur admet aussi que, si les choristes ne peuvent pas chanter les hé, hé, hé! ironiques du Spoltchor, ou bien : Ah! Ah! Ah! la, la, la, on leur fera répéter à cet endroit le vers :

Des chasseurs il est le roi!

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(Kaspar), dit que l'on a dû jeter un sort à Tony et conseille à celui-ci d'aller à un carrefour de la forêt, aux ruines de Saint-Dunstan, et là, d'appeler trois fois Robin des Bois, le Grand Chasseur. Reynold raconte l'histoire du forestier son aïeul, garde-chasse de lord Wentworth, aïeul du lord actuel, récompensé pour avoir abattu le cerf sur lequel était attaché un braconnier (c'est le récit môme de Kuno). Dick explique le pouvoir des balles enchantées comme Kilian explique celui des Freikugeln, mais avec cette différence que Robin des Bois en donne trois et non sept comme Samiel : la première est en or, la seconde en argent, la troisième de plomb. « Celle-là, il la fait aller où il veut. » Les adaptateurs ayant déplacé le Trio avec chœur qu'ils avaient renvoyé à la fin de l'acte, tous les assistants sortent aux sons de la valse et entrent dans la taverne. Tony, resté seul, chante l'air de Max : Qu'ai-je donc J ait de mon courage?... La version s'écarte du texte allemand, mais elle est admissible à la rigueur jusqu'à l'a/Zegro. A cet endroit, au lieu d'exprimer le désespoir de Max, qui se sent traqué par les puissances des ténèbres, les librettistes lui faisaient dire :

Et moi, j'irais, par ma douleur extrême,

Désespérer celle que j'aimer Sort injuste I je me dévoue à ta fureur'.

•On voit ce que, grâce à cette traduction, deviennent les véhéments accents d'angoisse du malheureux : Mich fasst Ver^weiJJung, foltert Spott! Herrscht blind das Schicksal? Lebt kein Gott?

Richard revient consoler Tony et lui chante les cou-

plets bachiques de Kaspar, traduits très approxativement avec ce refrain :

Lamour. le jeu. le bon vin, Voilà mon joyeux refrain Et ma philosophie 1

Après quoi il boit... à Robin des Bois, tandis que Kaspar porte d'abord la santé de Kuno, puis celle d'Agathe, enfin celle du Prince.

Le dialogue en prose, si pittoresque dans le livret de Kind, est assez bien conservé, quoique abrégé, sauf que l'aigle (sur lequel Kaspar fait tirer Max) est remplacé par un vautour. Richard arrache une plume de l'oiseau et la fixe au chapeau de Tony, puis il lui donne rendez-vous à minuit, aux ruines de Saint- Dunstan.

Dans l'original, le spectateur reste sur l'idée du rendez-vous fixé à minuit, dans la Gorge au Loup, et l'air féroce de Kaspar, triomphant d'avoir pris le naïf Max dans les filets de l'Enfer, le laisse sous une impression de terreur. Castil-Blaze supprima l'air de Kaspar, qu'il plaça au troisième acte et, ramenant en scène Reynold, les gardes, les paysans, termina le premier par le Trio avec chœur', de manière à avoir pour l'éclat du /?na/e les sonores fanfares de chasse, l'usage du temps exigeant un ensemble aux fins d'acte.

Je passe rapidement sur le duo des jeunes filles et

1. Dans ce Trio, sur le vers : Doch mich vorfolget Misxffeschick [Maïs la malchance me poursuit), Casiil-Blaze fait chanter à Max : Charmant objet de mon amour. Je vaiti te perdre sans retour!

PREFACE 4r

sur l'ariette de Nancy. Le sens y est à peu près observé, autant que le permet l'emploi de la rime. Quant aux libertés prises avec la mélodie, j'en parlerai plus loin. Dans l'air d'Agathe, la fantaisie des librettistes s'est donné pleine carrière. Des deux petits vers interrooatifs dans lesquels Agathe, agitée, inquiète, se demande :

Wie nalile mir der Scliliimmcr.

Bevor icii ilin geseh'n ?'

ils font cet alexandrin affirmatif :

Le calme se répand sur la nature entière.

La version de la délicieuse cantilène : Leise. leise, Fromme Weise est tellement extraordinaire qu'il faut citer les textes en regard :

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