SCÈNE II
L'Ermite. Agathe portant une cruche de lait. Annette lui apporte un panier et le lui remet, tandis qu'elle monte à l'ermitage.
AGATHE à Annette Merci.
Annette s'éloigne.
l'ermite ■
Sois bénie, ma fille! Tu es restée longtemps sans venir....
AGATHE
Allez-vous bien, vénérable père? Je serais venue hier ou avant-hier. Mais ces fruits que je vous avais réservés n'ont pas voulu mûrir plus tôt. Prenez-les. ainsi que le pain et la petite cruche de lait. Je n'ose vous apporter d'autres rafraîchissements.
l'ermite
Les fruits sont exquis. Tu as soin de moi comme une fille véritable.
AGATHE
C'est vous que j'aime le plus après mon père.
l'ermite S'il en était ainsi, que dirait ton Max?
AGATHE
Mais, — ce n'est pas la même chose! — je parle d'amour filial. Vous plaisantez; vous êtes plus gai qu'à l'ordinaire.
l'ermite, à part :
Comme elle se trompe! — (Haut) : Ton Max va bien?
AGATHE
Oui, mais il est inquiet au sujet de l'épreuve du tir qu'il doit subir demain.
l'ermite J'ai entendu parler de cela. N'as-tu pas de mauvais pressentiments?
AGATHE
Parfois, en effet, quand Max me regarde si tristement!
l'ermite
Mon cœur souffre d'avoir à dissiper ta gaieté pour un moment. Cependant je ne puis te dissimuler —
AGATHE
Oh! parlez, vénérable père! Ce qui vient de vous ne peut qu'être utile à mon salut.
l'ermite Je ne suis pas fixé sur le danger qui vous menace, toi et ton fiancé ! Mais une vision m"a inquiété pour vous.
AGATHE, avec anxiété Laquelle?
l'epmite
Les visions ne présagent ordinairement l'avenir qu'avec une clarté confuse; la mienne était de cette sorte. Mais quand je te vois, je sens mon cœur oppressé.
AGATHE
Alors, laissez-moi recommander à vos pieuses prières mon bonheur et celui de Max. Vous exaucerez ce vœu, n'est-ce pas?
l'ermite Je ne suis qu'un homme faillible, mais vous pouvez compter sur mon intercession
AGATHE
Je suis pleine d'espoir.
l'ermite Conserve fidèlement ta pureté de cœur, le Tout- Puissant te protégera.
AGATHE
Adieu donc, vénérable père et ne nous oubliez pas dans vos prières!
l'ermite
Dieu soit avec toi, ma fille!
Agathe sort.
(La rappelant) — Agathe!
Vous avez encore quelque chose à me dire? l'ermite
Une voix intérieure m'avertit de ne pas te laisser partir aujourd'hui sans t'offrir un présent en échange du tien. Ce rosier dont la première bouture fut apportée de Palestine à mon prédécesseur, par un pèlerin, a crû d'une manière merveilleuse. Chaque printemps, il se couvre d'une profusion de fleurs. J'en recueille les pétales et les presse ; les paysans attribuent à l'eau provenant de ces roses une efficacité miraculeuse. Prends donc quelques-unes de ces roses! Ce sera le cadeau de fiançailles de mon amour paternel.
Il cueille des roses, les réunit en un bouquet et les donne a Agathe, à la fin du duo suivant.
Duo
Reçois ce don d'un ami, Don consacré, chaste et pur!
Plus que tout ce que je possède.
Il me sera cher!
Si l'éclat des fleurs disparaît, Tu devras songer à ceci :
Ce qui est terrestre, passe.
J'en conserverai les pétales
Afin que plus tard, une fois flétris,
Leur parfum m'en rappelle le souvenir.
l'ermite
Tu n'oublieras pas non plus Que la rose doit être pressée. Afin de procurer la guérison.
AGATHE
De même, avant d'obtenir les joies pures, Le cœur humain, par la souff'rance, Doit être éprouvé et purifié !
l'ermite
Prends donc ce don d'un ami, Don consacré, chaste et pur !
Plus que tout ce que je possède, Il me sera cher.
L'Ermite rentre dans son ermitage. Agathe s'éloigne dans le bois.