‹ FreischützChapitre 69 sur 69 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

L'Ermite. Agathe portant une cruche de lait. Annette lui apporte un panier et le lui remet, tandis qu'elle monte à l'ermitage.

AGATHE à Annette Merci.

Annette s'éloigne.

l'ermite ■

Sois bénie, ma fille! Tu es restée longtemps sans venir....

AGATHE

Allez-vous bien, vénérable père? Je serais venue hier ou avant-hier. Mais ces fruits que je vous avais réservés n'ont pas voulu mûrir plus tôt. Prenez-les. ainsi que le pain et la petite cruche de lait. Je n'ose vous apporter d'autres rafraîchissements.

l'ermite

Les fruits sont exquis. Tu as soin de moi comme une fille véritable.

AGATHE

C'est vous que j'aime le plus après mon père.

l'ermite S'il en était ainsi, que dirait ton Max?

AGATHE

Mais, — ce n'est pas la même chose! — je parle d'amour filial. Vous plaisantez; vous êtes plus gai qu'à l'ordinaire.

l'ermite, à part :

Comme elle se trompe! — (Haut) : Ton Max va bien?

AGATHE

Oui, mais il est inquiet au sujet de l'épreuve du tir qu'il doit subir demain.

l'ermite J'ai entendu parler de cela. N'as-tu pas de mauvais pressentiments?

AGATHE

Parfois, en effet, quand Max me regarde si tristement!

l'ermite

Mon cœur souffre d'avoir à dissiper ta gaieté pour un moment. Cependant je ne puis te dissimuler —

AGATHE

Oh! parlez, vénérable père! Ce qui vient de vous ne peut qu'être utile à mon salut.

l'ermite Je ne suis pas fixé sur le danger qui vous menace, toi et ton fiancé ! Mais une vision m"a inquiété pour vous.

AGATHE, avec anxiété Laquelle?

l'epmite

Les visions ne présagent ordinairement l'avenir qu'avec une clarté confuse; la mienne était de cette sorte. Mais quand je te vois, je sens mon cœur oppressé.

AGATHE

Alors, laissez-moi recommander à vos pieuses prières mon bonheur et celui de Max. Vous exaucerez ce vœu, n'est-ce pas?

l'ermite Je ne suis qu'un homme faillible, mais vous pouvez compter sur mon intercession

AGATHE

Je suis pleine d'espoir.

l'ermite Conserve fidèlement ta pureté de cœur, le Tout- Puissant te protégera.

AGATHE

Adieu donc, vénérable père et ne nous oubliez pas dans vos prières!

l'ermite

Dieu soit avec toi, ma fille!

Agathe sort.

(La rappelant) — Agathe!

Vous avez encore quelque chose à me dire? l'ermite

Une voix intérieure m'avertit de ne pas te laisser partir aujourd'hui sans t'offrir un présent en échange du tien. Ce rosier dont la première bouture fut apportée de Palestine à mon prédécesseur, par un pèlerin, a crû d'une manière merveilleuse. Chaque printemps, il se couvre d'une profusion de fleurs. J'en recueille les pétales et les presse ; les paysans attribuent à l'eau provenant de ces roses une efficacité miraculeuse. Prends donc quelques-unes de ces roses! Ce sera le cadeau de fiançailles de mon amour paternel.

Il cueille des roses, les réunit en un bouquet et les donne a Agathe, à la fin du duo suivant.

Duo

Reçois ce don d'un ami, Don consacré, chaste et pur!

Plus que tout ce que je possède.

Il me sera cher!

Si l'éclat des fleurs disparaît, Tu devras songer à ceci :

Ce qui est terrestre, passe.

J'en conserverai les pétales

Afin que plus tard, une fois flétris,

Leur parfum m'en rappelle le souvenir.

l'ermite

Tu n'oublieras pas non plus Que la rose doit être pressée. Afin de procurer la guérison.

AGATHE

De même, avant d'obtenir les joies pures, Le cœur humain, par la souff'rance, Doit être éprouvé et purifié !

l'ermite

Prends donc ce don d'un ami, Don consacré, chaste et pur !

Plus que tout ce que je possède, Il me sera cher.

L'Ermite rentre dans son ermitage. Agathe s'éloigne dans le bois.

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