‹ Freischütz: Opéra Romantique En 3 ActesChapitre 63 sur 74 · SCÈNE Vi · texte numérisé non relu

SCÈNE Vi

Kaspar, debout, essuie la sueur de son front. Bientôt arrive Max, visible sur un des rochers, en face de la cascade. Plus tard se produisent des apparitions qui, cependant, n'approchent pas du cercle magique. Enfin Samiel.

kaspar, se tournant et apercevant les charbons. Parlé :

Vivement servi! (11 boit un coup de sa .sourde.) A ta santé, Samiel!.... Il m'a donné chaud tout à l'heure! — Mais où est donc Max?».. Manquerait-il à sa parole? — Samiel. à l'aide!

Il va et vient dans le cercle, avec anxiété. Les charbons menacent de s'éteindre. II se met à genoux, devant le foyer, y place du bois et souffle dessus. Le hibou et les autres oiseaux battent des ailes comme s'ils voulaient l'attiser. La flamme jaillit et pétille.

max, se penchant du haut d'un rocher, au fond de la gorge :

Récitât ij.

Ah ! sombre, s'ouvre

Ici l'abîme. — Qu'il est noir!

L'œil croit plonger

Au fond d'un gouffre de l'Enfer.

Là-bas, l'orage s'amoncelle,

La lune perd de son éclat.

Spectrales, roulent les nuées.

Le roc enfin s'anime...

Et là,... houch, houch!...

S'envolent les oiseaux de nuit.

Rouges, les branches d'arbres tendent

Vers moi leurs bras géants.

Non, bien qu'ému déjà 4 .

Je dois, ... je brave l'épouvante!

11 descend de quelques pas sur la sente du rocher.

kaspar se redresse et l'aperçoit, parlé :

Merci, Samiel ! Mon sursis est gagné. (A Max : — Arrives-tu enfin, camarade? Ce n'est pas bien de me laisser seul! Ne vois-tu pas combien c'est pénible pour moi?

11 a attisé le feu avec l'aile d'aigle; il élève celle-ci en causant avec Max.

max, étonné à la vue de l'aile de l'aigle, se prend le front dans les mains, (en récitatif)

J'ai pu frapper l'aigle au sein des airs.

Comment reculer? — Mon sort le veut.

Il s'arrête de nouveau et regarde avec émoi les rochers qui lui font face.

Grâce!

k. as par, parlé :

Mais viens donc! Le temps presse.

max, chanté :

Descendre, je ne puis!

kaspar, parlé :

Cœur de lièvre! Tu grimpais d'habitude comme un chamois!

max, chanté :

Regard e, vois !

Il lui montre, derrière un rocher, une figure vêtue de blanc, qui lève les mains.

i. Var : Mais, si mon cœur frémit,

Ma mère est là;

Son spectre m'apparaît.

Telle en son cercueil,

Telle en son tombeau !

En pleurs, ses yeux indulgents

Me disent de fuir !

k.aspah, à part, parlé :

A l'aide, Samiel ! (Haut : ) Stupides grimaces! Ah! Ah! Ah!... Regarde, là, encore une fois, tu reconnaîtras les conséquences de ta lâche folie !

On aperçoit la forme d'Agathe, la chevelure dénouée, mêlée de paille et de feuilles. Elle a l'aspect d'une hallucinée et semble sur le point de se précipiter dans la cascade.

-MAX

Agathe... se jette au torrent !

En bas! j'irai !...

L'apparition s'est évanouie. Max descend complètement. La lune commence à s'obscurcir.

K.ASPAH, à part, ironique, parlé :

J'y comptais bien !

.Max, impétueusement, à Kaspar, parlé :

Me voici. Qu'ai-je à faire?

kaspar lui offre sa gourde de chasse que Max repousse

Bois d'abord! L'air de la nuit est frais et humide. Veux-tu fondre les balles toi-même?

MAX

Non.... C'est contre nos conventions.

FREISCHCTZ

RAS PAR

Allons, courage! Entre dans le cercle! [C'est une muraille d'airain contre le pouvoir des esprits, qu'ils viennent du ciel ou des abîmes. 1 ] Quoi que tu puisses voir et entendre, tiens-toi tranquille! (Avec une secrète terreur.) Quand même viendrait ici, pour nous aider, un inconnu, [quand même ce serait un cavalier noir, sur un cheval noir, faisant jaillir des étincelles, ] que t'importe? [Viendrait-il autre chose, peu importe encore! Ces choses, un homme avisé ne les voit pas.]

max entre dans le cercle Oh! comment cela finira-t-il?

KASPAR

La mort, seule, ne coûte rien! Ce n'est pas sans résistance que les secrets de la nature livrent leurs trésors aux mortels. Mais si moi-même, tu me vois trembler, alors viens à mon secours et appelle qui j'appellerai. Sans quoi, nous sommes perdus.

max fait un geste d'objection.

KASPAR

Silence! Les instants sont précieux! (La lune est voilée par une zone mince. Kaspar prend la cuiller à fondre.) Observe pour apprendre le métier! (11 prend dans sa gibecière divers ingrédients et les jette à terre çà et là.) D'abord, le plomb.... Quelques fragments de vitrail d'église pilés. Cela est facile à trouver. Un peu de vif-argent. — Trois balles qui ont porté juste. L'œil droit d'une huppe, le gauche d'un lynx. — Pro-

i. Au théâtre, on dit : « Sans quoi tu joues ta vie! »

FHEISCHUTZ 157

batum est! — Et maintenant, bénissons les balles! A trois reprises, il s'incline vers la terre.

mélodrame (parlé)

Tireur veillant aux sombres bois, Samiel, Samiel, entends ma voix!

En cette nuit, assiste-moi Jusqu'à ce que le charme soit .Accompli! Poudre et plomb, sept fois Consacre-les, sept, neuf et trois, Pour que la balle soit de choix!

Samiel, Samiel, à moi!

Dans la cuiller, la masse commence à bouillonner; elle jette un éclat d'un blanc verdàtre. Un nuage voile les rayons de la lune, de sorte que la contrée n'est plus éclairée que par le feu de l'àtre, les yeux du hibou et le bois pourri de l'arbre mort.

kaspar fond, fait tomber la balle du moule et crie : Une! — L'écho répète : Une!

Des oiseaux de nuit s'approchent, se placent en cercle, sautillent et volètent.

kaspar compte : (parlé) Deux! — L'écho : Deux!

Un sanglier débûche en froissant les taillis et poursuit sa course furieuse.

kaspar hésite et compte :

Trois! — L'écho : Trois!

Un ouragan s'élève, qui plie et brise les cimes des arbres, fait voler les étincelles hors du feu.

kaspar compte, avec anxiété :

Quatre! — L'écho : Quatre!

On entend des claquements de fouets et un galop de chevaux.

Quatre roues de feu, jetant des étincelles, roulent sur la scène, sans que, par suite de leur vitesse, on puisse en distinguer la forme, ni apercevoir la voiture.

kaspar, toujours plus inquiet, compte :

Cinq! — L'écho : Cinq!

Aboiements de chiens, hennissements dans les airs, apparitions de chasseurs à pied et à cheval, de cerfs et de chiens, les uns poursuivant les autres,

Page 1