‹ French ClassicsChapitre 108 sur 175 · ACTE îly SCÈNE IX. l6l · texte numérisé non relu

ACTE îly SCÈNE IX. l6l

Allez, c'est se moquer. Votre femme, entre nous,

Fjst, par vos lâchetés, souveraine sur vous.

Son pouvoir n'est fondé que sur votre faiblesse ;

C'est de vous qu'elle prend le titre de maîtresse; 680

Vous-même à ses hauteurs vous vous abandonnez,

Et vous faites mener, en bête, par le nez.

Quoi ! vous ne pouvez pas, voyant comme on vous nomme,

Vous résoudre une fois à vouloir être un homme,

A faire condescendre une femme à vos vœux, 685

Et prendre assez de cœur pour dire un: Je le veux?

Vous laisserez sans honte immoler votre fille

Aux folles visions qui tiennent la famille.

Et de tout votre bien revêtir un nigaud

Pour six mots de latin qu'il leur fait sonner haut ; 690

Un pédant qu'à tout coup votre femme apostrophe

Du nom de bel esprit et de grand philosophe.

D'homme qu'en vers galants jamsûs on n'égala,

Et qui n'est, comme on sait, rien moins que tout cela?

Allez, encore un coup, c'est une moquerie, 695

Et votre lâcheté mérite qu'on en rie.

Chfysaie.

Oui, vous avez raison, et je vois que j'ai tort. Allons, il faut enfin montrer un cœur plus fort, Mon frère.

Ans^e.

C'est bien dit.

Chrysale.

C'est ime chose infâme Que d'être si soumis au pouvoir d'une femme 700

An's^e, Fort bien.

Càfysaie.

De ma douceur elle a trop profité.

l62 LES FEMMES SAVANTES.

Arts/e, Il est vrai.

Chrysale.

Trop joui de ma facilité.

Ariste.

Sans doute.

Et je lui veux faire aujourd'hui connaître Que ma fille est ma fille, et que j'en suis le maître, Pour lui prendre un mari qui soit selon mes vœux. 705

Ariste.

Vous voilà raisonnable, et comme je vous veux.

Chrysale, Vous êtes pour Clitandre, et savez sa demeure; Faites-le-moi venir, mon frère, tout à Theure.

Ariste, J'y cours tout de ce pas.

Chrysale,

C'est souffrir trop longtemps, Et je m'en vais être homme à la barbe des gens. 710

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