SCÈNE m
CINNAy JEMILIB, FULFIE.
JËmilie.
Mais le voici qui vient. Cinna, votre assemblée
Par l'effroi du péril n'est-elle point troublée?
Et reconnaissez-vous au front de vos amis
Qu'ils soient prêts à tenir ce qu'ils vous ont promis?
Gnna,
Jamais contre un tyran entreprise conçue 145
Ne permit d'espérer une si belle issue:
Jamais de telle ardeur on n'en jura la mort,
Et jamais conjurés ne furent mieux d'accord ;
Tous s'y montrent portés avec tant d'allégresse,
Qu'ils semblent, comme moi, servir une maîtresse 150
Et tous font éclater un si puissant courroux.
Qu'ils semblent tous venger un père,^ comme vous.
jEmilie,
Je Pavais bien prévu, que pour un tel ouvrage
Cinna saurait choisir des hommes de courage.
Et ne remettrait pas en de mauvaises mains 155
L'intérêt d'Emilie et celui des Romains.
Cinna.
Plût aux dieux que vous-même eussiez vu de quel zèle
Cette troupe entreprend une action si belle!
Au seul nom de César, d* Auguste, et d'empereur.
Vous eussiez vu leurs yeux s'enflammer de fureur, 160
Et dans un même instant, par un effet contraire.
Leur front pâlir d'horreur et rougir de colère.
"Amis, leur ai-je dit, voici le jour heureux
Qui doit conclure enfin nos desseins généreux;
Le ciel entre nos mains a mis le sort de Rome, 165
Et son salut dépend de la perte d'un homme.
Si l'on doit le nom d'homme à qui n'a rien d'humain.