ACTE /, SCÈNE III
L'honneur du premier coup que j'ai choisi pour moi.
La raison règle enfin l'ardeur qui les emporte : 245
Maxime et la moitié s'assurent de la porte;
L'autre moitié me suit et doit l'environner,
Prête au moindre signal que je voudrai donner.
Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes. Demain j'attends la haine ou la faveur des hommes, 250 Le nom de parricide ou de libérateur, César celui de prince ou d'un usurpateur.
Du succès qu'on obtient contre la tyrannie Dépend ou notre gloire ou notre ignominie; Et le peuple, inégal à l'endroit des tyrans, 255
S'il les déteste morts, les adore vivants.
Pour moi, soit que le ciel me soit dur ou propice. Qu'il m'élève à la gloire ou me livre au supplice. Que Rome se déclare ou pour ou contre nous, Mourant pour vous servir, tout me semblera doux. 260
Ne crains point de succès qui souille ta mémoire:
Le bon et le mauvais sont égaux pour ta gloire ;
Et, dans im tel dessein, le manque de bonheur
Met en péril ta vie, et non pas ton honneur.
Regarde le malheur de Brute et de Gassie : 265
La splendeur de leurs noms en est-elle obscurcie?
Sont-ils morts tous entiers avec leurs grands desseins?
Ne les compte-t-on plus pour les derniers Romains?
Leur mémoire dans Rome est encor précieuse.
Autant que de César la vie est odieuse; 270
Si leur vainqueur y règne, ils y sont regrettés,
Et par les vœux de tous leurs pareils souhaités.
Va marcher sur leurs pas où l'honneur te convie. Mais ne perds pas le soin de conserver ta vie; Souviens-toi du beau feu dont nous sommes épris, 275
Qu'aussi bien que la gloire -Emilie est ton prix; Que tu me dois ton cœur, que mes faveurs t'attendent, Que tes jours me sont chers, que les miens en dépendent. Mais quelle occasion mène Évandre vers nous?