‹ French ClassicsChapitre 131 sur 175 · ACTE IV, SCÈNE IL I9X · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IL I9X

Et vouloir les réduire à cette pureté

Où du parfait amour consiste la beauté?

Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée' 1230

Du commerce des sens nette et débarrassée;

Et vous ne goûtez point, dans ses plus doux appas,

Cette union des cœurs où les corps n'entrent pas.

Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière,

Qu'avec tout l'attirail des nœuds de la matière; 1335

Et, pour nourrir les feux que chez vous on produit,

Il faut un mariage et tout ce qui s'ensuit.

Ah! quel étrange amour, et que les belles âmes

Sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes!

Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeurs, 1240

Et ce beau feu ne veut marier que les cœurs;

Comme une chose indigne il laisse là le reste:

C'est un feu pur et net conune le feu céleste;

On ne pousse avec lui que d'honnêtes soupirs.

Et l'on ne penche point vers les sales désirs. 1245

Rien d'impur ne se mêle au but qu'on se propose;

On aime pour aimer, et non pour autre chose:

Ce n'est qu'à l'esprit seul que vont tous les transports,

Et l'on ne s'aperçoit jamais qu'on ait un corps.

Ch'/andre,

Pour moi, par im malheur, je m'aperçois, .madame, 1250

Que j'ai, ne vous déplaise, un corps tout comme une âme ;

Je sens qu'il y tient trop poiu* le laisser à part.

De ces détachements je ne connais point l'art ;

Le ciel m'a dénié cette philosophie.

Et mon âme et mon corps marchent de con^pagnie. 1255

Il n'est rien de plus beau, comme vous avez dit.

Que ces vœux épurés qui ne vont qu'à l'esprit,

Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées

Du commerce des sens si bien débarrassées;

Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés; 1260

Je suis un peu grossier, comme vous m'accusez;

J'aime avec tout moi-même; et l'amour qu'on me donne

En veut, je le confesse, à toute la personne.

19a LES FEMMES SAVANTES.

Ce n*est pas là matière à de grands châtiments;

Et, sans faire de tort à vos beaux sentiments, 1265

Je vois que dans le monde on suit fort ma méthode.

Et que le mariage est asse» à la mode,

Passe poiu* un lien assez honnête et doux

Pour avoir désiré de me voir votre époux.

Sans que la liberté d'une telle pensée 1270

Ait dû vous donner lieu d'en paraître offensée.

Ar mande.

Eh bien ! monsieur, eh bien ! puisque, sans m'écouter.

Vos sentiments brutaux veulent se contenter:

Puisque, pour vous réduire à des ardeurs fidèles.

Il faut des nœuds de chair, des chaînes corporelles, 1275

Si ma mère le veut, je résous mon esprit

A consentir pour vous à ce dont il s'agit.

Clitandre.

Il n'est plus temps, madame, ime autre a pris la place; Et par un tel retour j'aurais mauvaise grâce De maltraiter l'asile et blesser les bontés 1280

Où je me suis sauvé de toutes vos fiertés.

Philaminte,

Mais enfin comptez-vous, monsieur, sur mon suffrage

Quand vous vous promettez cet autre mariage?

Et dans vos visions, savez-vous, s'il vous plaît.

Que j'ai pour Henriette un autre époux tout prêt? 1285

Cïitandre.

Eh ! madame, voyez votre choix, je vous prie ;

Exposez-moi, de grâce, à moins d'ignominie.

Et ne me rangez pas à l'indigne destin

De me voir le rival de monsieur Trissotin.

L'amour des beaux esprits, qui chez vous m'est contraire,

Ne pouvait m'opposer un moins noble adversaire. 1291

Il en est, et plusieurs, que, pour le bel esprit.

Le mauvais goût du siècle a su mettre en crédit;

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