ARMANDE, PHILAMINTE
Armande,
Je ne souffrirais point, si j'étais que de vous,
Que jamais d'Henriette il pût être l'époux.
On me ferait grand tort d'avoir quelque pensée
Que là-dessus je parle en fille intéressée,
Et que le lâche toiu* que l'on voit qu'il me fait 1180
Jette au fond de mon cœur quelque dépit secret.
Contre de pareils coups l'âme se fortifie
Du solide secours de la philosophie,
Et par elle on se peut mettre au-dessus de tout.
Mais vous traiter ainsi, c'est vous pousser à bout. 1185
Il est de votre honneur d'être à ses vœux contraire;
Et c'est un homme enfin qui ne doit point vous plaire.
Jamais je n'ai connu, discourant entre nous.
Qu'il eût au fond du cœur de l'estime pour vous.
Philaminte.
Petit sot !
Armande,
Quelque bruit que votre gloire fasse, 11 90
Toujours à vous louer il a paru de glace.
Philaminte, Le brutal!
Armande»
Et vingt fois, comme ouvrages nouveaux, J'ai lu des vers de vous qu'il n'a point trouvés beaux.
Philaminte, L'impertinent !
Armande,
Souvent nous en étions aux prises; Et vous ne croiriez point de combien de sottises... 1195
Clitandre, (à Armandè) Eh ! doucement, de grâce. Un peu de charité, Madame, ou tout au moins im peu d'honnêteté.
Quel mal vous ai-je fait, et quelle est mon offense, Pour armer contre moi toute votre éloquence; Pour vouloir me détruire, et prendre tant de soin 1200 De me rendre odieux aux gens dont j*ai besoin ? Parlez, dites, d'où vient ce courroux effroyable? Je veux bien que madame en soit juge équitable.
Armante.
Si j'avais le courroux dont on veut m'accuser. Je trouverais assez de quoi l'autoriser ; 1 205
Vous en seriez trop digne, et les premières flammes S'établissent des droits si sacrés sur les âmes, Qu'il faut perdre fortune et renoncer au jour Plutôt que de brûler des feux d'un autre amour. Au changement de vœux nulle horreur ne s'égale; 12 10 Et tout cœur infidèle est un monstre en morale.
Clitandre.
Appelez-vous, madame, ime infidélité Ce que m'a de votre âme ordonné la fierté?
Je ne fais qu'obéir aux lois qu'elle m'impose; Et si je vous offense, elle seule en est cause. 12 15
Vos charmes ont d'abord possédé tout mon cœur; Il a brûlé deux ans d'une constante ardeur; Il n'est soins empressés, devoirs, respects, services. Dont il ne vous ait fait d'amoureux sacrifices. Tous mes feux, tous mes soins, ne peuvent rien sur vous, Je vous trouve contraire à mes vœux les plus doux: .1221 Ce que vous refusez, je l'offre au choix d*une autre. Voyez: est-ce, madame, ou ma faute, ou la vôtre? Mon cœur court-il au change, ou si vous l'y poussez? Est-ce moi qui vous quitte, ou vous qui me chassez? 1225
Armande, Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux contraire, Que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire,