ACTE F, SCÈNE V. %l
Clitandre,
Tout destin avec vous me peut être agréable, 1785
Tout destin me serait sans vous insupportable.
Henriette, L'amour, dans son transport, parle toujours ainsi. Des retours importuns évitons le souci.
Rien n'use tant l'ardeur de ce nœud qui nous lie Que les fâcheux besoins des choses de la vie; 1790
Et l'on en vient souvent à s'accuser tous deux De tous les noirs chagrins qui suivent de tels feux.
Ariste, (à Henriette) N'est-ce que le motif que nous venons d'entendre
Qui vous fait résister à l'hymen de Clitandre?
Henriette,
Sans cela vous verriez tout mon cœur y courir, 1795
Et je ne fuis sa main que pour le trop chérir.
Ariste,
Laissez-vous donc lier par des chaînes si belles.
Je ne vous ai porté que de fausses nouvelles;
Et c'est un stratagème, un surprenant secours.
Que j'ai voulu tenter pour servir vos amours, 1800
Pour détromper ma sœur, et lui faire connaître
Ce que son philosophe à l'essai pouvait être.
Chrysale.
Le ciel en soit loué!
Philaminte,
J'en ai la joie au cœur Par le chagrin qu'aura ce lâche déserteur.
Voilà le châtiment de sa basse avarice, 1805
De voir qu'avec éclat cet hymen s'accomplisse.
Chrysale, (à Clitandre^ Je le savais bien, moi, que vous l'épouseriez.
Armande, (à Pbilatmnte) Ainsi donc à leurs vœux vous me sacrifiez?
Pktlaminte,
Ce ne sera point vous que je leur sacrifie ;
Et vous avez l'appui de la philosophie 1810
Pour voir d'un œil content couronner leur ardeur.
Béltse.
Qu'il prenne garde au moins que je suis dans son cœur. Par un prompt désespoir souvent on se marie, Qu'on s'en repent après tout le temps de sa vie,
(au Notaire) Allons monsieur, suivez l'ordre que j'ai prescrit, 1815
Et faites le contrat ainsi que je l'ai dit.
Notice sur Les Femmes Savantes.