ACTE III j SCÈNE I
Et^borùe, Vous êtes son rival?
Maxime.
Oui, j*aime sa maîtresse, Et l'ai caché toujours avec assez d'adresse; Mon ardeur inconnue, avant que d'éclater.
Par quelque grand exploit la voulait mériter: Cependant par mes mains je vois qu'il me l'enlève; 725 Son dessein fait ma perte, et c'est moi qui l'achève; J'avance des succès dont j'attends le trépas. Et pour m'assassiner je lui prête mon bras.
Que l'amitié me plonge en un malheur extrême!
EtipJborbf,
L'issue en est aisée, agissez pour vous-même; 730
D'un dessein qui vous perd rompez le coup fatal; Gagnez une maîtresse, accusant un rival.
Auguste, à qui par là vous sauverez la vie, Ne vous pourra jamais refuser Emilie.
Quoi! trahir mon ami!
Eupborbe,
L'amour rend tout permis; 735
Un véritable amant ne connaît point d'amis; Et même avec justice on peut trahir un traître Qui pour une maîtresse ose trahir son maître: Oubliez l'amitié, comme lui les bienfaits.
Maxime, C'est un exemple à fuir que celui des forfaits. 740
Euphorbe,
Contre un si noir dessein tout devient légitime : On n'est point criminel quand on punit un crime.
Maxime.
Un crime par qui Rome obtient sa liberté!
Et^borbe.
Craignez tout d'un esprit si plein de lâcheté.
L'intérêt du pays n'est point ce qui l'engage ; 745
Le sien, et non la gloire, anime son courage.
Il aimerait César, s'il n'était amoureux,
Et n'est enfin qu'ingrat, et non pas généreux.
Pensez-vous avoir lu jusqu'au fond de son âme ? Sous la cause publique il vous cachait sa flamme, 750
Et peut cacher encor sous cette passion Les détestables feux de son ambition.
Peut-être qu'il prétend, après la mort d'Octave, Au lieu d'affranchir Rome, en faire son esclave. Qu'il vous compte déjà pour un de ses sujets, 755
Ou que sur votre perte il fonde ses projets.
Maxime,
Mais conunent l'accuser sans nommer tout le reste?
A tous nos coujin-és l'avis serait funeste.
Et par là nous verrions indignement trahis
Ceux qu'engage avec nous le seul bien du pays. 760
D'un si lâche dessein mon âme est incapable :
Il perd trop d'innocents pour punir un coupable.
J'ose tout contre lui, mais je crains tout pour eux.
Euphorbe,
Auguste s'est lassé d'être si rigoureux;
En ces occasions, ennuyé de supplices, 765
Ayant puni les chefe, il pardonne aux complices.
Si toutefois pour eux vous craignez son courroux.
Quand vous lui parlerez, parlez au nom de tous.
Maxime,
Nous disputons en vain, et ce n'est que folie
De vouloir par sa perte acquérir Emilie; 770
Ce n'est pas te moyen de plaire à ses beaux yeux
Que de priver du jour ce qu'elle aime le mieux.
Poiu" moi j'estime peu qu'Auguste me la donne ;
Je veux gagner son cœur plutôt que sa personne.