‹ French ClassicsChapitre 86 sur 175 · ACTE ly SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE ly SCÈNE I

Henriette,

Et par quelle raison n'y serait-elle pas?

Manque-t-il de mérite? Est-ce un choix qui soit bas? 90

Armande.

Non; mais c'est un dessein qui serait malhonnête, Que de vouloir d'une autre enlever la conquête; Et ce n'est pas un fait dans le monde ignoré Que Clitandre ait pour moi hautement soupiré.

Henriette.

Oui: mais tous ces soupirs chez vous sont choses vaines, 95

Et vous ne tombez point aux bassesses humaines;

Votre esprit à l'hymen renonce pour toujours,

Et la philosophie a toutes vos amours.

Ainsi, n'ayant au cœur nul dessein pour Clitandre,

Que vous importe-t-il qu'on y puisse prétendre ? 100

Ar mande.

Cet empire que tient la raison sur les sens Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens; Et l'on peut pour époux refuser un mérite Que pour adorateur on veut bien à sa suite.

Henriette,

Je n'ai pas empêché qu'à vos perfections 105

Il n'ait continué ses adorations:

Et je n'ai fait que prendre, au refus de votre âme,

Ce qu'est venu m'offrir l'hommage de sa flamme.

Armande,

Mais à l'offre des vœux d'un amant dépité

Trouvez-vous, je vous prie, entière sûreté? iio

Croyez-vous pour vos yeux sa passion bien forte.

Et qu'en son cœur pour moi toute flamme soit morte?

Henriette,

Il me l'a dit, ma sœur ; et, pour moi, je le croi,

Armande.

Ne soyez pas, ma sœur, d*une si bonne foi;

Et croyez, quand il dit qu'il me quitte et vous aime, 115

Qu'il n*y songe pas bien et se trompe lui-même.

Henriette,

Je ne sais; mais enfin, si c'est votre plaisir,

Il nous est bien aisé de nous en éclaircir;

Je l'aperçois qui vient; et sur cette matière.

Il pourra nous donner une pleine lumière. 120

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