‹ French ClassicsChapitre 90 sur 175 · CLIT ANDRE, HENRIETTE · texte numérisé non relu

CLIT ANDRE, HENRIETTE

Henriette.

Votre sincère aveu ne l'a pas peu surprise.

Clitandre.

Elle mérite assez une telle franchise ; 200

Et toutes les hauteurs de sa folle fierté

Sont dignes tout au moins de ma sincérité.

Mais, puisqu'il m'est permis, je vais à votre père,

Madame ...

Henriette.

Le plus sûr est de gagner ma mère.

Mon père est d'une humeur à consentir à tout, 205

Mais il met peu de poids aux choses qu'il résout. Il a reçu du ciel certaine bonté d'âme Qui le soumet d'abord à ce que veut sa femme. C'est elle qui gouverne; et, d'un ton absolu. Elle dicte pour loi ce qu'elle a résolu. 210

Je voudrais bien vous voir pour elle et pour ma tante Une âme, je l'avoue, un peu plus complaisante. Un esprit qui, flattant les visions du leur.

Vous pût de leur estime attirer la chaleur.

Clttandre.

Mon cœur n'a jamais pu, tant il est né sincère, 215

Même dans votre sœur flatter leur caractère ;

Et les femmes docteurs ne sont point de mon goût.

Je consens qu'une femme ait des clartés de tout;

Mais je ne lui veux point la passion choquante

De se rendre savante afin d'être savante; 220

Et j'aime que souvent, aux questions qu'on fait,

Elle sache ignorer les choses qu'elle sait:

De son étude enfin je veux qu'elle se cache,

Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache,

Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots, 225

Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.

Je respecte beaucoup madame votre mère;

Mais je ne puis du tout approuver sa chimère,

Et me rendre l'écho des choses qu'elle dit.

Aux encens qu'elle donne à son héros d'esprit. 230

Son monsieur Trissotin me chagrine, m'assomme.

Et j'enrage de voir qu'elle estime un tel homme ;

Qu'elle nous mette au rang des grands et beaux esprits

Un benêt dont partout on siffle les écrits,

Un pédant dont on voit la > plume libérale 235

D'officieux papiers fournir toute la Halle.

Henriette.

Ses écrits, ses discours, tout m'en semble ennuyeux,

Et je me trouve assez votre goût et vos yeux ;

Mais, comme sur ma mère il a grande puissance,

Vous devez vous forcer à quelque complaisance. 240

Un amant fait sa cour où s'attache son cœur,

Il veut de tout le monde y gagner la faveur;

Et, pour n'avoir personne à sa flamme contraire.

Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire.

Clitandre.

Oui, vous avez raison; mais monsieur Trissotin 245

M'inspire au fond de l'âme un dominant chagrin. Je ne puis consentir, pour gagner ses suffrages,

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