Au bureau de tabac
De bonne heure le lendemain après-midi, Jean et Charles se sont mis en route pour visiter leur pension de l'autre côté du boulevard Saint-Denis. Chemin faisant, Jean s'est arrêté tout à coup et a commencé à fouiller ses poches comme s'il avait
perdu quelque chose. Charles n'a pas fait grande attention à lui, car il savait bien que Jean cherchait les cigarettes qu'il avait laissées dans la chambre à l'hôtel.
Aussi, voyant au-dessus d'une petite boutique un écriteau qui annonçait que l'on vendait du tabac, des cigarettes, des cigares et des timbres-poste, ils ont traversé la rue et y sont entrés. A leur demande, la marchande, qui se tenait derrière le comptoir, leur a montré des cigarettes françaises, les seules qu'elle vendît.
— Mais, a-t-elle dit, si vous n'aimez pas celles-ci, vous pourrez faire un meilleur choix dans le grand bureau de tabac près de l'hôtel, car là on en vend de plusieurs marques, surtout celles qui viennent d'Angleterre et même d'Amérique. Ici, dans ma petite boutique, elles ne pourraient pas se vendre, car ma clientèle tient à fumer les cigarettes françaises.
Ce n'est que plus tard que nos amis ont appris qu'en France l'État a le monopole de la vente de plusieurs articles, comme les allumettes et le tabac. De plus, il a non seulement le monopole de la vente du tabac, mais en outre, il ne permet pas que la culture en soit faite comme aux États-Unis, par n'importe quel agriculteur, mais seulement par ceux qui en reçoivent l'autorisation du gouvernement.
Alors, au lieu de vendre ce tabac à un marchand quelconque qui veut débiter cet article dans son magasin, le gouvernement donne le droit de faire cette vente soit à des soldats estropiés soit à des veuves d'anciens soldats. C'est là un privilège tout à fait admirable qui fournit à l'État un moyen bien simple de récompenser ses anciens serviteurs tout en leur permettant de gagner leur vie honorablement.