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Le Quatre Juillet en France

— Oui, monsieur Dupont. Ce matin nous avons assisté

à une cérémonie qui nous a beaucoup touchés. Bien des fois

depuis notre arrivée ici, nous nous sommes aperçus que nos

amis français font de leur mieux pour nous persuader que nous

sommes chez nous en France. Mais ce matin, lorsque nous allions au bureau de poste, il nous semblait que la République Française elle-même s'efforçait de nous montrer quels liens étroits l'attachaient à notre propre République.

Partout, les édifices des grandes rues étaient décorés de drapeaux américains, et dans le lointain du côté de la place de la Bastille on entendait les airs américains que jouaient les musiques militaires.

Le défilé qui s'est déroulé devant nous ne se composait pas seulement de troupes françaises, mais, à notre grand étonnement,

La colonne de Juillet et la place de la Bastille.

il est bientôt apparu un régiment de notre armée d'occupation qui avait quitté les environs de Coblence et les bords du Rhin pour venir prendre part à la célébration de notre fête nationale. — Monsieur Jean, vous n'auriez pas dû vous étonner de cela. Votre pays nous a tant aidés pendant la Grande Guerre que nous devons faire tout notre possible pour vous montrer notre reconnaissance. Et de plus, quelle différence y a-t-il, en somme, entre le Quatre Juillet et le Quatorze Juillet !

L'un est la date de votre déclaration d'indépendance ; l'autre est l'anniversaire de la prise de la Bastille, cette prison d'État qui était devenue le symbole de la tyrannie et que le peuple français a détruite le 14 juillet 1789. Ainsi, vous voyez bien que ces deux dates représentent toutes les deux la destruction de l'absolutisme royal dans les deux républiques, et que l'on ferait bien de les célébrer ensemble, n'est-ce pas ?

— Mais, à propos, messieurs, puisque vous avez déjà assisté à plusieurs représentations au Théâtre-Français où l'on joue

L'avenue de l'Opéra. — Au fond l'Opéra.

des pièces classiques de Racine, de Corneille et de Molière cette saison, ce soir je vous emmène voir, non pas une pièce contemporaine, comme le Connais-toi de Hervieu, qui se joue à l'Odéon, mais une pièce qui a été couronnée d'un grand succès dès son début en 1897, — le Cyrano de Bergerac de Rostand, une pièce très poétique et très pathétique, que l'on joue actuellement au théâtre Sarah -Bernhardt.

— Monsieur Dupont, vous ne voulez certainement pas dire que la divine Sarah, comme vous l'appelez, va jouer à son âge ! Je me souviens d'avoir entendu mes parents parler très souvent de cette grande actrice, car ils sont allés la voir jouer à New- York pendant une de ses tournées aux États-Unis. Et même nous, nous l'avons vue au cinéma, dans un film intitulé "les Mères de France," une pièce patriotique qui a fait grande sensation parmi nous au commencement de la Grande Guerre.

— Oui, messieurs, sans doute la divine Sarah est maintenant très âgée et a perdu beaucoup de son charme pour le public, car en 19 13 ou 19 14, je ne me rappelle pas au juste la date, elle s'est fait amputer une jambe. Mais malgré cela, elle est si énergique et aime tant son art, que même aujourd'hui elle tient un rôle de temps en temps.

Oh, vous auriez dû la voir jouer le rôle de Roxane, avec Coquelin dans celui de Cyrano, il y a vingt ans ! C'est là que vous auriez vu quelque chose de magnifique. Mais, même aujourd'hui, si elle se mettait en tête de jouer le rôle de Roxane, nous autres Français irions encore la voir. Si nous la trouvions trop vieille pour le personnage, nous nous efforcerions d'oublier son état actuel, et nous nous rappellerions ce qu'elle était pendant notre jeunesse.

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