‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 13 sur 253 · PARALLÈLE DE TURENKE ET DE CONDÉ · texte numérisé non relu

PARALLÈLE DE TURENKE ET DE CONDÉ

Vous trouverez en M. le prince1 la force du génie, la grandeur du courage, une lumière vive, nette, toujours présente. M. de Turenne a les avantages du sang-froid, une grande capacité, une longue expérience, une valeur assurée.

Celui-là jamais2 incertain dans les conseils, irrésolu dans ses desseins, embarrassé dans ses ordres; prenant toujours son parti mieux qu'homme du monde : celui-ci se faisant son plan de guerre, disposant toutes choses à sa fin, et les conduisant avec un esprit aussi éloigné de la lenteur que de la précipitation.

L'activité du premier se porte au delà des choses nécessaires, pour ne rien oublier qiii puisse être utile ; l'autre, aussi

SELECTIONS IN PROSE.

agissant qu'il le doit être, n'oublie rien d'utile, ne fait rien de superflu. Maître de la fatigue et du repos, il travaille à ruiner l'armée des ennemis, il songe à la conservation de la sienne.

M. le prince fier dans le commandement, également craint et estimé; M. de Turenne plus indulgent, et moins obéi par l'autorité qu'il se donne que par la vénération qu'on a pour lui.

M. le prince plus agréable à qui sait lui plaire, plus fâcheux à qui lui déplaît, plus sévère quand on manque, plus touché quand on a bien fait ; M. de Turenne, plus concerté,3 excuse les fautes sous le nom de malheurs, et réduit souvent le plus grand mérite à la simple louange de faire bien son devoir. Satisfait du service qu'on lui rend, et faisant valoir avec plaisir les plus soumis, il regarde avec chagrin les industrieux qui cherchent leur réputation sous lui et leur élévation par les ministres.

M. le prince s'anime avec ardeur aux grandes choses, jouit de sa gloire sans vanité, reçoit la flatterie avec dégoût. S'il prend plaisir qu'on le loue, ce n'est pas la louange de ses actions, c'est la délicatesse de la louange qui lui fait sentir quelque douceur. M. de Turenne va naturellement aux grandes et aux petites choses, selon le rapport qu'elles ont à son dessein: rien ne l'élève dans les bons succès, rien ne l'abat dans les mauvais.

SITUATION ET CARACTÈRE DES ROMAINS ET DES CARTHAGINOIS AU TEMPS DES GUERRES PUNIQUES.

D'où est venue la première guerre de Rome contre Carthage ? le secours donné aux Tarentins en fut le prétexte, la conquête de la Sicile le véritable sujet. Les qualités principales des Romains étaient, à mon avis, le courage et la fermeté : entreprendre les choses les plus difficiles^ne s'étonner d'aucun péril, ne se rebuter d'aucune perte. En tout le reste, les Carthaginois avaient sur eux une supériorité extraordinaire, soit pour l'industrie, soit pour l'expérience de la mer, soit pour

SAINT-ÉVKEMOND.

les richesses que leur donnait le trafic de tout le monde, quand les Romains, naturellement assez pauvres, venaient de s'épuiser dans la guerre de Pyrrhus. A dire vrai, la vertu de ceux-ci leur tenait lieu de toutes choses. Un bon succès les animait à la poursuite d'un plus grand, et un événement fâcheux ne faisait que les irriter davantage. Il en arrivait tout autrement dans les affaires des Carthaginois, qui devenaient nonchalants dans la bonne fortune et s'abattaient aisément dans la mauvaise. Outre le différent naturel de ces deux peuples, la diverse constitution des républiques y contribuait beaucoup: Carthage étant établie sur le commerce et Rome fondée sur les armes, la première employait des étrangers pour ses guerres et les citoyens pour son trafic; l'autre se faisait des citoyens de tout le monde, et de ces citoyens des soldats. Les Romains né respiraient que la guerre, même ceux qui n'y allaient pas, pour y avoir été autrefois ou pour y devoir aller un jour.

A Carthage, on demandait toujours la paix au moindre mal dont on était menacé, tant pour se défaire des étrangers que pour retourner au commerce. On peut ajouter encore cette différence, que les Carthaginois n'ont rien fait de grand que par la vertu des particuliers, au lieu que le peuple romain a souvent rétabli, par sa fermeté, ce qu'avait perdu l'imprudence ou la lâcheté de ses généraux.

Toutes ces choses considérées, il ne faut pas s'étonner que les Romains soient demeurés victorieux, car ils avaient les qualités principales qui rendent un peuple maître de l'autre.

ANNIBÀL,

Avec toute sa fermeté et tout son bon sens, il n'y avait plus de république romaine,4 si Carthage eût fait pour la ruiner la moindre des choses que fit Rome pour son salut ; mais, tandis qu'on remerciait un consul qui avait fui5 de n'avoir pas désespéré de la république, on accusait à Carthage Annibai victorieux.

SELECTIONS IN PROSE.

Ce gênerai était presque toujours sans vivres et sans argent, réduit à la nécessité d'être éternellement heureux dans la guerre: nulle ressource au premier mauvais succès, et beaucoup (rembarras dans les bons, où il ne trouvait pas de quoi entretenir diverses nations qui suivaient plutôt sa personne qu'elles ne dépendaient de sa république.

Pour contenir tant de peuples différents, il ajoutait à sa naturelle sévérité une dureté concertée,6 qui le faisait redouter des uns, tandis que sa vertu le faisait révérer des autres. 11 faisait la guerre aux Romains avec toute sorte de rigueur, et traitait leurs alliés avec beaucoup de douceur et de courtoisie, cherchant à ruiner ceux-là tout à fait et à détacher ceux-ci de leur alliance. Procédé bien différent de celui de Pyrrhus, qui gardait toutes ses civilités pour les Romains et les mauvais traitements pour ses alliés.

Quand je songe qu'Annibal est parti d'Espagne où il n'avait rien de fort assuré, qu'il a traversé les Gaules qu'on devait compter pour ennemies, qu'il a passé les Alpes pour faire la guerre aux Romains qui venaient de chasser les Carthaginois de la Sicile ; quand je songe qu'il n'avait en Italie ni places, ni magasins, ni secours assurés, ni la moindre espérance de retraite, je me trouve étonné de la hardiesse de son dessein. Mais lorsque je considère sa valeur et sa conduite, je n'admire plus qu'Annibal, et le tiens encore au-dessus de l'entreprise.

MOLIÈRE

§7. MOLIÈRE, 1622-1673

Molière n'a pas seulement surpassé tous ses devanciers par la richesse de son invention et la force de sa verve comique ; il s'est encore placé, par la franchise nerveuse et l'originalité piquante de son style, au premier rang des écrivains qui ont illustré la grande époque où il a vécu. Sa prose se recommande par un tour net et vif, admirablement approprié au génie de la langue française. Tel est, en outre, le mérite de ses vers : aussi aurons-nous l'occasion de parler de nouveau et plus longuement de Molière, en le considérant comme poète.

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