‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 131 sur 253 · COMBAT DU CID CONTRE LES MAURES · texte numérisé non relu

COMBAT DU CID CONTRE LES MAURES

D. Rodrigue, surnommé le Cid (ou le chef), raconte à D. Fernand, roi de Castille, la victoire qu'il vient de remporter (vers 1060).

Sous moi cette troupe 1 s'avance,2 Et porte sur le front une mâle assurance. Nous partîmes cinq cents ; mais, par un prompt renfort, Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port. Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient de courage ! J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés, Dans le fond des vaisseaux qui lors 3 furent trouvés : Le reste, dont le nombre augmentait à toute heure, Brûlant d'impatience, autour de moi demeure,

CORNEILLE

Se couche contre terre, et, sans faire aucun bruit,

Passe une bonne part d'une si belle nuit.

Par mon commandement la garde en fait de même,

Et, se tenant cachée, aide à 4 mon stratagème ;

Et je feins hardiment d'avoir reçu de vous

L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous.5

Cette obscure clarté qui tombe des étoiles,

Enfin avec le flux nous fit voir trente voiles.

L'onde s'enflait dessous, et, d'un commun effort,

Les Maures et la mer montent jusques au port.

On les laisse passer : tout leur paraît tranquille ;

Point de soldats au port, point aux murs de la ville.

Notre profond silence abusant leurs esprits,

Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris :

Ils abordent sans peur ; ils ancrent, ils descendent,

Et courent se livrer aux mains qui les attendent.

Nous nous levons alors, et tous en même temps

Poussons jusques au ciel mille cris éclatants ;

Les nôtres au signal de nos vaisseaux répondent :

Ils paraissent armés ; les Maures se confondent ;

L'épouvante les prend à demi descendus;

Avant que de 6 combattre ils s'estiment perdus.

Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre.

Nous les pressons sur l'eau, nous les pressons sur terre ;

Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang,

Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang.

Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient :

Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient ;

La honte de mourir sans avoir combattu

Arrête leur désordre et leur rend leur vertu.

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs alfanges,7

De notre sang 8 au leur font d'horribles mélanges ;

Et la terre et le fleuve, et leur flotte et le port,

Sont des champs de carnage où triomphe la mort.

O combien d'actions, combien d'exploits célèbres

Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres,

Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il donnait,

SELECTIONS IN POETRY.

Ne pouvait discerner où le sort inclinait !

J'allais de tous côtés encourager les nôtres,

Faire avancer les uns et soutenir les autres ;

Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour,

Et9 ne l'ai pu savoir jusques au point du jour.

Mais enfin sa clarté montre notre avantage :

Le Maure voit sa perte, et perd 10 soudain courage ;

Et, voyant un renfort qui nous vient secourir,

L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir.

Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles,

Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables,11

Font retraite en tumulte, et sans considérer

Si leurs rois avec eux peuvent se retirer.

Pour souffrir ce devoir, leur frayeur est trop forte :

Le flux les apporta, le reflux les remporte,

Cependant que leurs rois, engagés parmi nous,

Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups,

Disputent vaillamment et vendent bien leur vie.

A se rendre moi-même en vain je les convie :

Le cimeterre au poing, ils ne m'écoutent pas ;

Mais, voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats,

Et que seuls désormais en vain ils se défendent,

Ils demandent le chef : je me nomme ; ils se rendent.

Je vous les envoyai tous deux en même temps,

Et le combat cessa faute de combattants.

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