‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 137 sur 253 · PAR CÉSAR · texte numérisé non relu

PAR CÉSAR

Pompée, vaincu à Pharsale, est venu chercher un asile auprès du jeune roi Ptolomée, qui lui avait dû son trône. Mais ce prince, corrompu par d'infâmes conseils, l'a fait mettre à mort. Bientôt César, arrivé lui-même en Egypte, a reçu pour premier présent la tête de son rival ; mais, rejetant avec horreur cette abominable offrande, il interpelle ainsi Ptolomée : —

Eh ! quel droit aviez-vous sur cette illustre vie,

Que vous devait son sang pour y tremper vos mains?

Vous qui devez respect au moindre des Romains ?

Ai-je vaincu pour vous dans les champs de Pharsale ?

Et, par une victoire aux vaincus trop fatale,

Vous ai-je acquis sur eux, en ce dernier effort,

La puissance absolue et de vie et de mort 30 ?

Moi qui n'ai jamais pu la souffrir à Pompée,

La souffrirai -je en vous sur lui-même usurpée,

Et31 que de mon bonheur vous avez abusé

Jusqu'à plus attenter32 que je n'aurais osé?

De quel nom, après tout, pensez-vous que je nomme

Ce coup où vous tranchez du souverain de Rome,

Et qui sur un seul chef lui fait bien plus d'affront Que sur tant de milliers ne fit le roi de Pont33? Pensez-vous que j'ignore ou que je dissimule Que vous n'auriez pas eu pour moi plus de scrupule, Et que s'il m'eût vaincu, votre esprit complaisant Lui faisait de ma tête un semblable présent? Grâces 34 à ma victoire, on me rend des hommages Ou ma fuite eût reçu toutes sortes d'outrages; Au vainqueur, non à moi, vous faites tout l'honneur. Si César en jouit, ce n'est que par bonheur. Amitié dangereuse et redoutable zèle Que règle la fortune et qui tourne avec elle !

O combien d'allégresse une si triste guerre

Aurait- elle laissé dessus toute la terre,

Si Rome avait pu voir marcher en même char,

Vainqueurs de la discorde, et Pompée et César.

Voilà ces grands malheurs que craignait votre zèle.

O crainte ridicule autant que criminelle !

Vous craigniez ma clémence ; ah ! n'ayez plus ce soin

Souhaitez-la plutôt, vous en avez besoin.

LA FONTAINE

§51. LA FONTAINE, 1621-1695

La Fontaine, né à Château-Thierry en 1621, était assez incertain de la voie qu'il devait suivre, lorsqu'à vingt-deux ans la lecture, faite en sa présence, d'une ode de Malherbe, lui apprit qu'il était poète. Ses premiers essais l'annoncèrent en effet comme tel ; mais, resserrée dans la province qu'il habitait, sa réputation fut assez lente à se répandre : il touchait à sa quarantième année lorsqu'il vint à Paris, où il rencontra un protecteur dans le surintendant Fouquet. La reconnaissance qu'il voua à ce ministre déchu, les beaux vers par lesquels il plaignit et s'efforça d'adoucir son malheur, éloignèrent de La Fontaine l'esprit de Louis XIV, qui ne lui accorda jamais aucune faveur. Il trouva du reste, à défaut de l'appui du prince, des amitiés dévouées qui, en écartant de sa personne les besoins et les embarras vulgaires de la vie, lui permirent de se livrer tout entier à son goût pour les vers. Le surnom de Bonhomme, que lui a conservé la postérité, atteste quels étaient la simplicité de son caractère et son détachement des affaires et des intérêts mondains. Il ne commença qu'en 1668 à faire paraître ses inimitables Fables. On a dit qu'un merveilleux instinct les lui dictait; mais il ne faut pas croire qu'il atteignît sans beaucoup de travail la perfection où il s'est élevé. De là ces distractions et ces rêveries, ou plutôt ces méditations profondes, dont se sont amusés les contemporains de La Fontsîine. On a prétendu encore que ceux-ci n'avaient pas compris tout ce qu'il y avait de rare et d'exquis dans ses talents. Néanmoins, une circonstance qui semble indiquer le contraire, c'est qu'il fut reçu à l'Académie française avant Boileau (1684). Ce qui est certain, c'est qu'on s'accorde à admirer présentement en lui, pour la pensée et pour la langue, le plus original et le plus parfait des modèles.

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