‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 153 sur 253 · PRIÈRE D'ESTHER · texte numérisé non relu

PRIÈRE D'ESTHER

O mon souverain roi, Me voici donc tremblante et seule devant toi ? Mon père mille fois m'a dit, dans mon enfance, Qu'avec nous tu juras une sainte alliance, Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux, Il plut à ton amour de choisir nos aïeux. Même tu leur promis, de ta bouche sacrée, Une prospérité d'éternelle durée.

Hélas ! ce peuple ingrat a méprisé ta loi ; La nation chérie a violé sa foi ; Elle a répudié son époux et son père, Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère ; Maintenant elle sert sous un maître étranger. Mais c'est peu d'être esclave, on la1 veut égorger. Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes, Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes, Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel. Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, Pourrait anéantir la foi de tes oracles, Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons, Le saint que tu promets et que nous attendons ! Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches, Ivres de notre sang, ferment les seules bouches Qui, dans tout l'univers, célèbrent tes bienfaits ; Et confonds tous ces dieux <jui ne furent jamais.

Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles, Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles, Et que je mets au rang des profanations Leur table, leurs festins et leurs libations2; Que même cette pompe où je suis condamnée, Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés, Seule et dans le secret, je le foule à mes pieds;

SELECTIONS IN POETKY.

Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre, Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre. J'attendais le moment marqué dans ton arrêt, Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt. Ce moment est venu : ma prompte obéissance Va d'un roi redoutable affronter la présence. C'est pour toi que je marche : accompagne mes pas Devant ce fier lion qui ne te connaît pas; Commande en me voyant que son courroux s'apaise Et prête à mes discours un charme qui lui plaise. Les orages, les vents, les Cieux te sont soumis : Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.

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