DÉSESPOIR DE DIDON, ET SES IMPRECATIONS CONTRE ENEE
Ah ! barbare ! ah ! perfide !
Le voilà ce héros dont le Ciel est lé guide,2 Ce guerrier magnanime, et ce mortel pieux Qui sauva de la flamme et son père et ses Dieux ! Le parjure abusait de ma faiblesse extrême ; Et la gloire n'est point à trahir ce qu'on aime. Du sang dont il naquit j'ai dû me défier, Et de Laomédon connaître l'héritier.
Cruel, tu t'applaudis de ce triomphe insigne ; De tes lâches aïeux, va, tu n'es que trop digne. Mais tu me fuis en vain, mon ombre te suivra. Tremble, ingrat, je mourrai, mais ma haine vivra.
Tu vas fonder le trône où le Destin t'appelle ; Et moi je te déclare une guerre immortelle. Mon peuple héritera de ma haine pour toi : Le tien doit hériter de ton horreur pour moi.