‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 175 sur 253 · LA MORT DE J.-B. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

LA MORT DE J.-B. ROUSSEAU

Quand le premier chantre du monde

Expira sur les bords glacés

Où l'Hèbre effrayé dans son onde

Reçut ses membres dispersés,4

Le Thrace, errant sur les montagnes,

Remplit les bois et les campagnes

Du cri perçant de ses douleurs ;

Les champs de l'air en retentirent,

Et dans les antres qui gémirent

Le lion répandit des j)leurs.

La France a perdu son Orphée . . .

Muses, dans ce moment de deuil, Élevez le pompeux trophée Que vous demande son cercueil.

Laissez, par de nouveaux prodiges, D'éclatants et dignes vestiges D'un jour marqué par vos regrets.

Ainsi le tombeau de Virgile Est couvert du laurier fertile Qui par vos soins ne meurt jamais.5

SELECTIONS IN POETRY.

D'une brillante et triste vie Rousseau quitte aujourd'hui les fers; Et, loin du ciel de sa patrie, La mort termine ses revers.6 D'où ses maux prirent-ils leur source ? Quelles épines dans sa course Étouffaient les fleurs sous ses pas !

Quels ennuis, quelle vie errante !

Et quelle foule renaissante D'adversaires et de combats !

Jusques à quand, mortels farouches,

Vivrons-nous de haine et d'aigreur?

Prêterons-nous toujours nos bouches

Au langage de la fureur ?

Implacable dans ma colère,

Je m'applaudis de la misère

De mon ennemi terrassé ;

Il se relève, je succombe,

Et moi-même à ses pieds je tombe,

Frappé du trait que j'ai lancé.

Du sein des ombres éternelles, S'élevant au trône des Dieux, L'envie offusque de ses ailes Tout éclat qui frappe ses yeux.

Quel ministre, quel capitaine, Quel monarque vaincra sa haine, Et les injustices du sort?

Le temps à peine les consomme ; Et, quoi que fasse le grand homme, Il n'est grand homme qu'à sa mort.

Le Nil a vu, sur ses rivages, Les noirs habitants des déserts Insulter, par leurs cris sauvages, L'astre éclatant de l'univers ;

SAINT LAMBERT

Cris impuissants, fureurs bizarres !

Taudis que ces monstres barbares Poussaient d'insolentes clameurs, Le Dieu poursuivant sa carrière, Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.7

§60. SAINT LAMBERT, 1717-1805

Jean-Charles-François de Saint Lambert, poète distingué et littérateur aimable, naquit à Nancy en 1717, et mort à Paris en 1805. Le poème des Saisons est son plus bel ouvrage.

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