‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 177 sur 253 · LA CHASSE DU CERF · texte numérisé non relu

LA CHASSE DU CERF

Mais l'automne offre en cor d'autres amusements,1 Où le courage et l'art mènent à la victoire ; Diane dans ses jeux se propose la gloire. Entendez-vous quel bruit retentit dans les airs, Et d'échos en échos roule dans ces déserts? La Discorde, Bellone ou le Dieu de la guerre, Par ce bruit effrayant menacent-ils la terre? De la vaste forêt l'espace en est rempli, Dans ses sombres buissons le cerf a tressailli; Au monarque des bois la guerre est déclarée.

SAINT LAMBERT

Il a vu d'ennemis sa demeure entourée, Et des chiens dévorants, en groupes dispersés, De distance en distance autour de lui placés. Là, le coursier fougueux levant sa tête altière, Bondissant sous son maître et frappant la bruyère, De la course tardive appelle les instants.

Mais on part ; il s'élance ; et des sons éclatants Sur les traces du cerf, dont la terre est empreinte, Ont conduit le chasseur au centre de l'enceinte. Le timide animal s'épouvante et s'enfuit, Et voit dans chaque objet la mort qui le poursuit. Sa route sur le sable est à peine tracée : Il devance en courant la vue et la pensée ; L'œil le suit et le cherche aux lieux qu'il a quittés. Ses cruels ennemis, par le cor excités, S'élèvent sur ses pas au sommet des montagnes, Ou fondent à grands cris sur les vastes campagnes. Effrayé des clameurs et des longs hurlements Sans cesse à son oreille apportés par les vents, Vers ces vents importuns il dirige sa fuite ; Mais la troupe implacable, ardente à sa poursuite, En saisit mieux alors ses esprits vagabonds. Il écoute et s'élance, et s'élève par bonds ; Il voudrait ou confondre, ou dérober sa trace, Se dérober du sable et voler dans l'espace. Hélas ! il change en vain sa route et ses retours.

Dans le taillis obscur il fait de longs détours ; Il revoit ces grands bois, théâtre de sa gloire, Où jadis cent rivaux lui cédaient la victoire, Où, couvert de leur sang, consumé de désirs, Pour prix de son courage il obtint les plaisirs. Il force un jeune cerf à courir dans la plaine, Pour présenter sa trace à la meute incertaine ; Mais le chasseur la guide, et prévient son erreur. Le cerf est abattu, tremblant, saisi d'horreur;

SELECTIONS IN POETRY.

Son armure l'accable, et sa tête est penchée ; Sous son palais brûlant sa langue est desséchée. Il entend de plus près des cris plus menaçants, Et fait pour fuir encor des efforts impuissants. Ses yeux appesantis laissent tomber des larmes. A la troupe en fureur il oppose ses armes : En vain le désespoir le ranime un instant ; Il tombe, se relève, et meurt en combattant.

Jacques Delille naquit à Aigueperse, près de Clermont, en Auvergne, et il fit à Paris de brillantes études.

Son premier ouvrage fut une traduction des Géorgiques de Virgile, qui fut accueillie, avec un concert unanime d'applaudissements ; tout le monde admira la facilité, la grâce et l'aisance de l'élégant traducteur : les savants surtout furent étonnés de la difficulté vaincue avec tant de bonheur, et l'Académie crut s'honorer en ouvrant ses portes au jeune poète.

Le poème des Jardins vint bientôt ajouter un nouveau titre à sa gloire, et fut accueillie avec le même enthousiasme. Cet ouvrage manque de plan et d'ensemble, mais il est rempli de beautés de détail ; il brille d'une poésie riche et colorée, et l'auteur lui-même le regardait comme son chef-d'œuvre. Delille publia successivement : un Dithyrambe sur V immortalité de l'âme, composé à la pressante sollicitation de Robespierre et où respirent un enthousiasme lyrique et une ardente indignation contre la tyrannie; une traduction de Y Enéide, à laquelle il travaillait depuis trente ans, et qui n'est cependant qu'un faible reflet de l'original; V Homme des Champs, qui n'eût pas dû paraître après les Géorgiques ; les Trois Règnes de la Nature, poème où l'on remarque toutes les beautés, mais aussi tous les défauts, du genre descriptif; le poème de la Pitié, dans lequel l'auteur peint les crimes de la révolution et les malheurs de la famille royale, à laquelle il a été constamment attaché ; une traduction du Paradis perdu de Milton, belle copie du tableau d'un grand maître ; et enfin le poème de la Conversation, où il se prit pour modèle, car personne ne possédait plus que

lui le talent de converser, de plaire et de charmer. Pendant très longtemps professeur de belles-lettres à l'université, et de poésie latine au collège de France, il sut toujours captiver son nombreux auditoire par un esprit brillant, une gaieté douce et un admirable talent pour la lecture. Comme Homère et Milton, il mourut aveugle.

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