LE PAYSAGE
Que d'objets rassemblés dans ce frais paysage !
Le fleuve en son heureux passage 1 Réfléchit de ses bords la fertile beauté, Et baigne de ses eaux lentement fugitives Tous ces monts de verdure élevés sur ses rives. Que le ciel est serein ! quel calme dans les champs. . Que ces sites sont doux ! que ces lieux sont touchants ! O puissante nature ! ô grande enchanteresse ! Tout ce que j'aperçois m'attache et m'intéresse ; L'arbre de ces vergers, dont les rameaux féconds Courbent leurs fruits pendants sur l'ombre des gazons, Et le saule incliné sur la" rive penchante, Balançant mollement sa tête blanchissante ; Le pavot effeuillé par le souffle des vents, Et ce pâle rideau2 de peupliers mouvants ; Ces sentiers, ces détours qu'ombrage la charmille ; Dans ce nid suspendu cette jeune famille.
Assis auprès de ce ruisseau Qui tombe d'une grotte et fuit dans la prairie, Je sens naître dans moi la vague rêverie
Qui suit les erreurs de son eau. Le soleil, plus brillant au bout de sa carrière, Des couleurs de l'iris nuance sa lumière ; Il embrase les cieux, et son disque incliné Descend sur l'horizon, de flamme environné. J'entends les sons aigus de l'instrument rustique,
SELECTIONS IN POETRY.
Rappelant les troupeaux à cette ferme antique.
Au pâtre fatigué la nuit permet enfin
De suspendre un travail qu'il reprendra demain.
Au signal du repos, le laboureur ramène
Le bœuf laborieux, compagnon de sa peine :
Ils foulent à pas lents la mousse des vallons,
Et le soc retourné traîne dans les sillons.3