LE GÉNIE DES TEMPÊTES
Ce hardi Portugais Gama,4 dont le courage5 D'un nouvel océan nous ouvrit le passage, De l'Afrique déjà voyait fuir les rochers ; Un fantôme, du sein de ces mers inconnues
S'élevant jusqu'aux nues, D'un prodige sinistre effraya les nochers.
Il étendait son bras sur l'élément terrible ; Des nuages épais chargeaient son front horrible, Autour de lui grondaient le tonnerre et les vents ; Il ébranla d'un cri les demeures profondes,
Et sa voix sur les ondes Fit retentir au loin ces funestes accents :
u Arrête (disait-il), arrête, peuple impie ; Reconnais de ces bords le souverain génie, Le Dieu de l'océan dont tu foules les flots ! Crois-tu qu'impunément, ô race sacrilège,
Ta fureur qui m'assiège Ait sillonné ces mers qu'ignoraient tes vaisseaux?
Tremble, tu vas porter ton audace profane Aux rives de Mélinde,6 aux bords de Taprobane,7 Qu'en vain si loin de toi placèrent les Destins. Vingt peuples t'y suivront; mais ce nouvel Empire
Où tu vas les conduire N'est qu'un tombeau de plus creusé pour les humains.