LA ROSE
Lorsque Vénus, sortant du sein des mers,1 Sourit aux Dieux charmés de sa présence, Un nouveau jour éclaira l'univers ; Dans ce moment la rose prit naissance.
D'un jeune lis elle avait la blancheur; Mais aussitôt le père de la treille, De ce nectar dont il fut l'inventeur Laissa tomber une goutte vermeille, Et pour toujours il changea sa couleur. De Cythérée elle est la fleur chérie, Et de Paphos elle orne les bosquets.
Sa douce odeur, aux célestes banquets, Fait oublier celle de l'ambroisie.
Son vermillon doit parer la beauté ; C'est le seul fard que met la volupté;3 A cette bouche où le sourire joue, Son coloris prête un charme divin :
De la Pudeur elle couvre la joue, Et de l'Aurore elle rougit la main.