LES MONDES
Tout passe donc, hélas! ces globes inconstants1 Cèdent comme le nôtre à l'empire du Temps : Comme le nôtre aussi sans doute ils ont vu naître Une race pensante, avide de connaître : Ils ont eu des Pascals, des Leibnitz, des Buffons.
Tandis que je me perds en ces rêves profonds, Peut-être un habitant de Vénus, de Mercure, De ce globe voisin qui blanchit l'ombre obscure, Se livre à des transports aussi doux que les miens. Ah! si nous rapprochions nos hardis entretiens! Cherche-t-il quelquefois ce globe de la terre, Qui dans l'espace immense en un point se resserre ? A-t-il pu soupçonner qu'en ce séjour de pleurs Rampe un être immortel qu'ont flétri les douleurs ? Habitants inconnus de ces sphères lointaines, Sentez-vous nos besoins, nos plaisirs et nos peines ? Connaissez-vous nos arts? Dieu vous a-t-il donné Des sens moins imparfaits, un destin moins borné ? Royaumes étoilés, célestes colonies, Peut-être enfermez-vous ces esprits, ces génies, Qui, par tous les degrés de l'échelle du ciel, Montaient, suivant Platon, jusqu'au trône éternel.
SELECTIONS IN POETRY.
Si pourtant, loin de nous, de ce vaste empirée, Un autre genre humain peuple une autre contrée, Hommes, n'imitez pas vos frères malheureux ! En apprenant leur sort, vous gémiriez sur eux ; Vos larmes mouilleraient nos fastes lamentables. Tous les siècles en deuil, l'un à l'autre semblables, Courent sans s'arrêter, foulent de toutes parts Les trônes, les autels, les Empires épars, Et, sans cesse frappés de plaintes importunes, Passent en me contant nos longues infortunes : Vous, hommes, nos égaux, puissiez-vous être, hélas! Plus sages, plus unis, plus heureux qu'ici-bas !