LES ALPES, LE JURA, ETC., OU LES GRANDES IMAGES DE LA NATURE
Trop vaine ambition ! Ah, peut-être comme eux
J'admire la nature en ses sublimes jeux!
Mais, si je veux jouir de ses grandes images,
Je m'écarte, je cours au fond des lieux sauvages.
Alpes, et vous, Jura, je reviens vous chercher !
Sapins du Mont-Envers,2 puissiez-vous me cacher !
Dans cet antre azuré que la glace environne,
Qu'entends-je! l'Arvéron 3 bondit, tombe et bouillonne,
Rejaillit et retombe, et menace à jamais
Ceux qui tentent l'abord de ces âpres sommets.
Plus haut l'aigle a son nid, l'éclair luit, les vents grondent ;
Les tonnerres lointains sourdement se répondent.
L'orgueil de ces grands monts, leurs immenses contours,
Cent siècles qu'ils ont vu passer comme des jours,
De l'homme humilié terrassent l'impuissance :
C'est là qu'il rêve, adore, ou frémit en silence.
Et lorsqu'aban donnant ces informes beautés,
Qui repoussent bientôt les yeux épouvantés,
J'entrevis ces vallons, ces beaux lieux où respire
Un charme que Saint-Preux n'a pu même décrire ;
Quand de l'heureux Léman je découvris les flots, Oui, je crus qu'échappé des débris du chaos, L'univers, tout-à-coup naissant à la lumière, M'étalait sa jeunesse et sa beauté première.4