‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 204 sur 253 · FABLE · texte numérisé non relu

FABLE

LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS. t

{Horace, Sat. VI., Liv. II.)

Un jour le Rat des champs, ami du Rat de ville,1 Invita son ami dans son rustique asile. Il était économe et soigneux de son bien : Mais l'hospitalité, leur antique lien, Fit les frais de ce jour, comme d'un jour de fête. Tout fut prêt, lard, raisin, et fromage et noisette. Il cherchait par le luxe et la variété A vaincre les dégoûts d'un hôte rebuté, Qui, parcourant de l'œil sa table officieuse, Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse : Et lui d'orge et de blé faisant tout son repas, Laissait au citadin les mets plus délicats. " Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire, Ou préférer le monde à tes tristes forêts? Viens ; crois-moi, suis mes pas, la ville est ici près : Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance. L'heure s'écoule, ami, tout fuit, la mort s'avance : Les grands, ni les petits n'échappent à ses lois ; Jouis, et te2 souviens qu'on ne vit qu'une fois."

Le villageois écoute, accepte la partie : On se lève : et d'aller tous deux de compagnie ; Nocturnes voyageurs, clans des sentiers obscurs, Se glissent vers la ville et rampent sous les murs.

La nuit quittait les cieux quand notre couple avide

Arrive en un palais, opulent et splendide,

Et voit fumer encor dans des plats de vermeil

Des restes d'un souper le brillant appareil.

L'un s'écrie ; et riant de sa frayeur naïve,

L'autre sur le duvet fait placer son convive,

S'empresse de servir, ordonner, disposer,

Va, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser.

CHÉNIEB.

Le campagnard bénit sa nouvelle fortune, Sa vie en ses déserts était âpre, importune, La tristesse, l'ennui, le travail et la faim. Ici l'on y peut vivre ! Et de rire. Et soudain Des volets à grand bruit interrompent la fête. On court, on vole, on fuit : nul coin, nul retraite. Les dogues éveillés les glacent par leur voix : Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. Alors le campagnard, honteux de son délire : " Soyez heureux, dit-il : adieu, je me retire, Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté Le sommeil, un peu d'orge, et la tranquillité.

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