‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 205 sur 253 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Aujourd'hui qu'au tombeau je suis prêt à descendre Mes amis, dans vos mains je dépose ma cendre. L'espoir que des amis pleureront notre sort Charme l'instant suprême et console la mort.

Vous-mêmes choisirez à mes jeunes reliques

Quelques bords fréquentés des pénates rustiques,

Des regards d'un beau ciel doucement animé,

Des fleurs et de l'ombrage, et tout ce que j'aimai.

C'est là près d'une eau pure, au coin d'un bois tranquille

Qu'à mes mânes éteints je demande un asile,

Afin que votre ami soit présent à vos yeux,

Afin qu'au voyageur amené dans ces lieux,

La pierre, par vos mains de ma fortune instruite

Raconte en ce tombeau quel malheureux habite,

Quels maux ont abrégé ses rapides instants ;

Qu'il fut bon, qu'il aima, qu'il dut vivre longtemps.

Ah ! le meurtre jamais n'a souillé mon courage,

Ma bouche du mensonge ignora le langage,

Et jamais prodiguant un serment faux et vain,

Ne trahit le secret révélé dans mon sein.

Nul forfait odieux, nul remords implacable

Ne déchire mon âme inquiète et coupable.

Vos regrets la verront pure et digne de pleurs.

Oui, vous plaindrez sans doute en mes longues douleurs

Et ce brillant midi qu'annonçait mon aurore,

Et ces fruits dans leur germe éteints avant d'éclore,

Que mes naissantes fleurs auront en vain promis.

Oui, je vais vivre encore au sein de mes amis ! Souvent à vos festins qu'égaya ma jeunesse, Au milieu des éclats d'une vive allégresse, Frappés d'un souvenir, hélas ! amer et doux, Sans doute vous direz : Que n'est-il avec nous3?

Je meurs ! Avant le soir j'ai fini ma journée. A peine ouverte au jour ma rose s'est fanée. La vie eut bien pour moi de volages douceurs : Je les goûtais à peine, et voilà que je meurs ! Mais, ô que mollement reposera ma cendre, Si parfois un penchant impérieux et tendre Vous guidant vers la tombe où je suis endormi, Vos yeux, en approchant, pensent voir leur ami! Si vos chants de mes feux vont redisant l'histoire, Si vos discours flatteurs, tout pleins de ma mémoire, Inspirent à vos fils, qui ne m'ont point connu, L'ennui de naître à peine, et de m'avoir perdu. Qu'à votre belle vie ainsi ma mort obtienne Tout l'âge, tous les biens dérobés à la mienne ! Que jamais les douleurs par de cruels combats N'allument dans vos flancs un pénible trépas ; Que la joie en vos cœurs ignore les alarmes, Que les peines d'autrui causent seules vos larmes ; Que vos heureux destins, les délices du ciel, Coulent toujours trempés d'ambroisie et de miel; Et non sans quelque amour paisible et mutuelle ! Et, quand la mort viendra, qu'une amante fidèle, Près de vous désolée, en accusant les dieux,- Pleure et veuille vous suivre, et vous ferme les yeux!

BEKANGEB.

§71. BÉRANGER, 1780-1857

Pierre-Jean de Béranger, une des grandes célébrités de notre siècle comme poète et chansonnier, naquit à Paris le 19 août 1780. Il fut longtemps avant d'avoir trouvé la voie où devaient le rencontrer la gloire et l'immortalité. En 1815 il chanta les malheurs de la France et la gloire du colosse déchu, et il acquit ses premiers titres à la popularité. En 1821, Benjamin Constant disait de lui: " Béranger fait des odes sublimes en croyant ne faire que des chansons." L'arme du chansonnier fut pour les Bourbons une arme terrible, et nul plus que Béranger ne contribua à la révolution de juillet. Dans toutes les classes de la société Européenne, depuis l'échoppe du cordonnier jusqu'au salon des puissants du jour, on retrouve les œuvres immortelles du grand chansonnier; car, malgré le caractère éminemment français de ce genre de poésie, les chansons de Béranger ont été traduites dans toutes les langues de l'Europe.

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