‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 211 sur 253 · LA TENDRESSE MATERNELLE · texte numérisé non relu

LA TENDRESSE MATERNELLE

Si de ses premiers maux le tribut passager Au nourrisson débile arrache un cri léger, Une mère, l'effroi, le désespoir dans l'âme, Voit déjà de ses jours se délier la trame; Elle écoute la nuit son paisible sommeil ; Par un souffle elle craint de hâter son réveil ; Elle entoure de soins sa fragile existence ; Avec celle d'un fils la sienne recommence : Elle sait, dans ses cris devinant ses désirs, Pour ses caprices même inventer des plaisirs. Quand la raison précoce a devancé son âge, Sa mère la première épure son langage ; De mots nouveaux pour lui, par de courtes leçons, Dans sa jeune mémoire elle imprime les sons : Soin précieux et tendre, aimable ministère, Qu'interrompent souvent les baisers d'une mère ! D'un utile entretien elle poursuit le cours, Sans jamais se lasser répond à ses discours, L'applaudit doucement, et doucement le blâme, Cultive son esprit, fertilise son âme, Et fait luire à son œil, encore faible et tremblant, De la religion le flambeau consolant.

Quelquefois une histoire abrège la veillée ; L'enfant prête une oreille active, émerveillée :

NODIEE.

Appuyé sur sa mère, à ses genoux assis, « Il craint de perdre un mot de ces fameux récits.

Quelquefois de Gessner1 la Muse pastorale Offre au jeune lecteur sa riante morale ; Il préfère à ses jeux ces passe-temps chéris, Et pour lui le travail du travail est le prix. La lice va s'ouvrir : l'étude opiniâtre Te dispute ce fils que ton cœur idolâtre, Tendre mère! déjà de sérieux loisirs Préparent ses succès ainsi que tes plaisirs. Enfin vient la journée où le grave Aristarque, D'un peuple turbulent flegmatique monarque, Dépouillant de son front la vieille austérité, Décerne au jeune athlète un laurier mérité. En silence on attache une vue attendrie Sur l'enfant qui promet un homme à la patrie ; Cet enfant, c'est le tien. Un cri part : le vainqueur, Porté par mille bras, est déjà sur ton cœur; Son triomphe est à toi, sa gloire t'environne, Et de pleurs maternels tu mouilles sa couronne.

Charles Nodier, philologue et romancier, né à Besançon, s'est placé au rang des écrivains contemporains les plus estimés. Il était membre de l'Académie française.

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