‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 212 sur 253 · LE RETOUR AU VILLAGE · texte numérisé non relu

LE RETOUR AU VILLAGE

Je vais revoir mon village,1 Les lieux que j'ai tant chéris, Et la montagne sauvage, Et les églantiers fleuris :

Douce trêve 31*

SELECTIONS IN POETRY.

Qu'un long rêve Qui s'achève Laisse encore à mes esprits.

Je verrai la croix qui penche Au front des rochers alpins, Et les tapis de pervenche, Et les halliers d'aubépins,

Et la mousse,

Qui repousse,

Molle et douce, A l'abri des noirs sapins.

Je reverrai la bruyère Qui s'incline en gémissant, Je reverrai la clairière Où le ruisseau va glissant,

Et son onde

Vagabonde

Qui féconde Le pacage verdissant.

Voici la vieille ramée Où, dans ses riches habits, La luciole enflammée Tombe en nuages subits,

Quand son aile

La décèle,

Et recèle Les feux de mille rubis.

Mais je ne verrai plus Lise, Après un joyeux banquet, Essayer devant l'église Le jeu de son œil coquet,

Et surprise,

Par méprise,

A la brise, Abandonner son bouquet.

LAMARTINE

Mais je ne verrai plus Flore, Qui chantait tous les matins; Mais je ne verrai plus Laure, ^Boudeuse aux regards mutins :

Clémentine,

Augustine,

Et Justine, Joli trio de Lutins»

Le soleil, toujours le même, Parcourt des chemins tracés ; Et de son beau diadème Nuls traits ne sont effacés.

Ce qui passe

Et s'efface

C'est la trace Des plaisirs qui sont passés.

§ 74* LAMARTINE, 1790-1869

( Voyez, pour la Notice, § 3§.) HYMNE DE L'ENFANT A SON RÉVEIL.

O Père, qu'adore mon père,1 Toi qu'on ne nomme qu'à genoux!

Toi dont le nom terrible et doux Fait courber le front de ma mère2!

On dit que ce brillant soleil N'est qu'un jouet de ta puissance, Que sous tes pieds il se balance Comme une lampe de vermeil.

SELECTIONS IN POETRY.

On dit que c'est toi qui fais naître Les petits oiseaux dans les champs, Et qui donnes aux petits enfants Une âme aussi pour te connaître !

On dit que c'est toi qui produis Les fleurs dont le jardin se pare, Et que, sans toi, toujours avare, Le verger n'aurait point de fruits.

Aux dons que ta bonté mesure Tout l'univers est convié ; Nul insecte n'est oublié A ce festin de la nature.

L'agneau broute le serpolet ; La chèvre s'attache au cytise ; La mouche au bord du vase puise Les blanches gouttes de mon lait.

L'alouette a la graine amère Que laisse envoler le glaneur ; Le passereau suit le vanneur ; Et l'enfant s'attache à sa mère.

Et pour obtenir chaque don Que chaque jour tu fais éclore, A midi, le soir, à l'aurore, Que faut-il? prononcer ton nom !

O Dieu ! ma bouche balbutie Ce nom, des anges redouté.

Un enfant même est écouté Dans le cœur qui te glorifie.

On dit qu'il aime à recevoir Les vœux présentés par l'enfance, A cause de cette innocence Que nous avons sans le savoir.

LAMARTINE

On dit que leurs humbles louanges A son oreille montent mieux ; Que les anges peuplent les cieux, Et que nous ressemblons aux anges !

Ah ! puisqu'il entend de si loin Les vœux que notre bouche adressse, Je veux lui demander sans cesse Ce dont les autres ont besoin.

Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines, Donne la plume aux passereaux, Et la laine aux petits agneaux, Et l'ombre et la rosée aux plaines.

Donne aux malades la santé, Au mendiant le pain qu'il pleure, A l'orphelin une demeure, Au prisonnier la liberté.

Donne une famille nombreuse Au père qui craint le Seigneur ; Donne à moi sagesse et bonheur, Pour que ma mère soit heureuse !

Que je sois bon, quoique petit, Comme cet enfant dans le temple, Que chaque matin je contemple, Souriant auprès de mon lit3!

Mets dans mon âme la justice, Sur mes lèvres la vérité ; Qu'avec crainte et docilité Ta parole en mon cœur mûrisse !

Et que ma voix s'élève à toi Comme cette douce fumée Que balance l'urne embaumée Dans la main d'enfants comme moi4!

SELECTIONS IN POETRY.

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