‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 41 sur 253 · DESCARTES ET NEWTON · texte numérisé non relu

DESCARTES ET NEWTON

Ces deux grands hommes, qui se sont trouvés dans de grandes oppositions, ont eu aussi de grands rapports. Tous deux ont été des génies du premier ordre, nés pour dominer sur les autres esprits et pour fonder des empires. Tous deux géomètres excellents ont vu la nécessité de transporter la géométrie dans la physique. Tous deux ont fondé leur physique sur une géométrie qu'ils ne tenaient presque que de leurs propres lumières: mais l'un, prenant un vol hardi, a voulu se placer à la source de tout, se rendre maître des premiers principes par quelques idées claires et fondamentales, pour n'avoir plus qu'à descendre aux phénomènes de la nature, comme à des conséquences nécessaires; l'autre, plus timide ou plus modeste, a commencé sa marche par s'appuyer sur les phénomènes pour remonter aux principes inconnus, résolu de les admettre, quels que les pût donner l'enchaînement des conséquences. L'un part de ce qu'il entend nettement pour trouver la cause de ce qu'il voit; l'autre part de ce qu'il voit pour en trouver la cause, soit claire, soit obscure. Les principes évidents de l'un ne le conduisent pas toujours aux phénomènes tels qu'ils sont ; les phénomènes ne conduisent

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pas toujours l'autre à des principes assez évidents. Les bornes qui dans ces deux routes contraires ont pu arrêter deux hommes de cette espèce, ce ne sont pas les bornes de leur esprit, mais celles de l'esprit humain.

M. Newton a eu le bonheur singulier de jouir pendant sa vie de tout ce qu'il méritait, bien différent de Descartes, qui n'a reçu que des honneurs posthumes. Les Anglais n'en honorent pas moins les grands talents, pour être nés chez eux: loin de chercher à les rabaisser par des critiques injurieuses, loin d'applaudir à l'envie qui les attaque, ils sont tous de concert à les élever; et cette grande liberté, qui les divise sur les points les plus importants, ne les empêche point de se réunir sur celui-là. Ils sentent tous combien la gloire de l'esprit doit être précieuse à un État ; et qui peut la procurer à leur patrie leur devient infiniment cher. Tous les savants d'un pays qui en produit tant mirent M. Newton à leur tête par une espèce d'acclamation unanime7: ils le reconnurent pour chef et pour maître ; un rebelle n'eût osé s'élever : on n'eût pas souffert même un médiocre admirateur. Sa philosophie a été adoptée par toute l'Angleterre; elle domine dans la société royale, et dans tous les excellents ouvrages qui en sont sortis, comme si elle était déjà consacrée par le respect d'une longue suite de siècles. Enfin il a été révéré au point que la mort ne pouvait plus lui produire de nouveaux honneurs ; il a vu son apothéose. Tacite, qui a reproché aux Romains leur extrême indifférence pour les grands hommes de leur nation, eût donné aux Anglais la louange tout opposée. En vain les Romains se seraient-ils excusés sur ce que le grand mérite leur était devenu familier : Tacite leur eût répondu que le grand mérite n'était jamais commun, ou que même il faudrait, s'il était possible, le rendre commun par la gloire qui y serait attachée.

SELECTIONS IN PIIOSE.

§ 16. MASSILLON, 1663-1742

Ce célèbre prédicateur naquit à Hyères (Provence), en 1663, et entra dans la congrégation de l'Oratoire en 1681. Ses prédications ne tardèrent pas à révéler en lui un grand orateur et un profond moraliste. Il fut promu en 1717 a l'évêché de Clermont, et ce fut l'année suivante qu'il prononça son Petit- Carême. On remarque aussi son Oraison funèbre de Louis XIV dont l'exorde commence ainsi: Dieu seul est grand, mes frères. " C'est un beau mot que celui-là, dit Chateaubriand, ainsi prononcé devant le tombeau de Louis le Grand." Mais Bourdaloue l'avait prononcé déjà devant Louis XI Y lui-même.

Les sermons de Massillon se distinguent par le style, par l'élégance et l'harmonie. Ses idées sont pleines d'éclat et de fraîcheur ; il connaît le cœur humain et ses secrètes misères.

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