‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 43 sur 253 · MORT DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

MORT DE LOUIS XIV

Pour couronner sa glorieuse vie, Louis meurt en roi, en héros, en saint.5 ... Il voit approcher la mort d'un œil tranquille. Au milieu des sanglots de ses anciens et fidèles serviteurs, de la consternation des princes et des grands, des larmes de toute sa cour, il trouve dans la foi une paix, une fermeté, une grandeur d'âme que le monde ne donne pas. Pourquoi pleurez-vous? dit-il à un des siens que les larmes abondantes d'une douleur moins circonspecte lui font remarquer : aviez-vous cric que les rois étaient immortels ? Ce monarque, environné de tant de gloire, et qui voyait autour

MASSILLON

de lui tant d'objets si capables de réveiller ou ses désirs ou sa tendresse, ne jette pas même un œil de regret sur la vie. Il sait que son heure est venue, et qu'il n'y a plus de ressource, et il conserve dans le lit de sa douleur cette majesté, cette sérénité qu'on lui avait vues autrefois aux jours de ses prospérités sur son trône : il règle les affaires de l'État, qui ne le regardent déjà plus, avec le même soin et la même tranquillité que s'il commençait seulement à régner. Les sacrements des mourants n'ont pas autour de lui cet air sombre et lugubre qui d'ordinaire les accompagne ; ce sont des mystères de paix et de magnificence. Et ce n'est pas ici un de ces moments rapides et uniques où la vertu se rappelle tout entière et trouve dans la courte durée de l'effroi du spectacle la ressource de sa fermeté : les jours vides et les nuits laborieuses se prolongent, et l'intrépidité de sa vertu semble croître et s'affermir sur les débris de son corps terrestre. . . .

Il assemble autour de son lit, comme un autre David mourant, chargé d'années, de victoires et de vertus, les princes de son auguste sang et les grands de l'État. Avec quelle dignité soutient-il le spectacle de leur désolation et de leurs larmes ! Il leur rappelle, comme David, leurs anciens services ; il leur recommande l'union, la bonne intelligence, si rare sous un prince enfant ; les intérêts de la monarchie, dont ils sont l'ornement et le plus ferme soutien ; il leur demande pour son fils Salomon et pour la faiblesse de son âge le même zèle, la même fidélité qui les avait toujours si fort distingués sous son règne. . . . Enfin, l'auguste enfant est appelé. Louis offre au Dieu de ses ancêtres ce reste précieux de sa maison royale ; cet enfant sauvé du débris, qui lui rappelle la perte encore récente de tant de princes, et que ses prières et sa piété ont sans doute conservé à la France. Il demande pour lui à Dieu un cœur fidèle à sa loi, tendre pour ses peuples, zélé pour ses autels et pour la gloire de son nom. Il lui laisse pour dernières instructions, comme un héritage encore plus cher que sa couronne, les maximes de la piété et de la sagesse.6 . . .

SELECTIONS IN PROSE.

§ 17. MONTESQUIEU, 1689-1755

Lorsque Montesquieu naquit, la dynastie des Stuarts venait de succomber en Angleterre, et Jacques II cherchait un asile auprès de Louis XIV ; lorsqu'il mourut, Louis XVI était dans sa première année, et la guerre désastreuse de Sept ans allait éclater ; déjà fermentaient dans la France ces vagues désirs de réformes qui aboutirent à des bouleversements. Montesquieu fut un des hommes qui auraient pu épargner à son pays ces douloureuses épreuves. Esprit hardi mais sage, ami du progrès sans rompre avec le passé, magistrat érudit et homme vertueux, il a écrit pour éclairer ses semblables et pour les rendre meilleurs. Il avait trente ans lorsqu'il publia les Lettres Persanes, satire pleine d'observations judicieuses et piquantes. Sept ans plus tard, il fut reçu à l'Académie française, et publia son admirable tableau des Causes de la grandeur et de la décadence des Romains, sujet usé qu'il sut rajeunir par des considérations politiques de la plus haute portée et par d'énergiques peintures. Parut ensuite V Esprit des lois, l'œuvre de toute sa vie, et son plus grand titre à la gloire. Le genre humain, a-t-on dit, avait perdu ses titres ; Montesquieu les a retrouvés, et les lui a rendus.

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