‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 68 sur 253 · SAUSSURE · texte numérisé non relu

SAUSSURE

pieds d'élévatîoB, sur une largeur proportionnée ; cette caverne est taillée par la main de la nature, au milieu d'un énorme rocher de glace qui, par le jeu de la lumière, paraît, ici, blanche et opaque comme de la neige, là, transparente et verte comme i'aigue-marine. Du fond de cette caverne sort avec impétuosité une rivière blanche d'écume, et qui souvent roule dans ses flots de gros rochers de glace. En élevant5 les yeux audessus de cette voûte, on voit un immense glacier, couronné par des pyramides de glace, du milieu desquelles semble sortir l'obélisque du Dru dont la cime va se perdre dans les nues. Enfin tout ce tableau est encadré par les belles forêts du Montanvert et de l'aiguille du Bochard, et ces forêts accompagnent le glacier jusqu'à sa cime, qui se confond avec le ciel.

Le lieu où6 l'on jouit de ce spectacle est extrêmement sauvage ; depuis que les glaces ont beaucoup diminué, il n'est resté que des amas de sable et de blocs déposés par le glacier; on n'y voit aucune verdure ; mais il y a sept ou huit ans que le glacier descendant beaucoup plus bas, cette voûte se trouvait auprès d'une forêt de mélèzes, dont le fond était un beau sable blanc, relevé par des touffes de belles fleurs.7

On a quelquefois la curiosité d'entrer dans cette caverne, et on peut en effet s'y enfoncer assez avant, lorsqu'elle est large et que l'Arveyron ne la remplit pas entièrement ; mais c'est toujours une témérité, parce qu'il se détache fréquemment de grands fragments de sa voûte. Lorsque nous allâmes la visiter en 1778, nous remarquâmes, dans l'arche qui formait l'entrée de la voûte, une grande crevasse presque horizontale, coupée à ses extrémités par des fentes verticales; il était aisé de présumer que toute cette pièce se détacherait bientôt; effectivement on entendit dans la nuit un bruit semblable à un coup de tonnerre. Cette pièce, qui formait la clef de la voûte, était tombée, et avait entraîné par sa chute celle de toute la partie extérieure dé l'arche ; cet amas de glace suspendit pendant quelques moments le cours de l'Arveyron ; ses eaux s'accumulèrent dans le fond de la caverne et, rompant ensuite tout à coup cette digue, elles entraînèrent avec violence tous ces grands blocs de glace, les brisèrent contre les rochers

SELECTIONS IN PKOSE.

dont est parsemé le lit du torrent, et en charrièrent des fragments à de grandes distances. Nous vîmes, le lendemain, avec une espèce d'effroi, la place, où nous nous étions arrêtés la veille, couverte de grands quartiers de ces glaces.

C'est ainsi que cette voûte se détruit, et c'est ainsi qu'elle se forme. En hiver, il n'y en a point du tout; l'Arveyron, alors très petit, sort en rampant de dessous la glace qui descend en talus jusqu'au niveau du terrain ; mais lorsque les chaleurs enflent les eaux de ce torrent, et facilitent la désunion des parties de la glace, il ronge par les côtés les glaces qui gênent sa sortie; alors celles du milieu n'étant plus soutenues tombent dans l'eau qui les entraîne, et il s'en détache ainsi successivement des morceaux, jusqu'à ce que la partie supérieure ait pris la forme d'une voûte, dont les parties se soutiennent mutuellement. Cette voûte change d'un jour à l'autre ; quelquefois elle s'écroule en entier, mais il s'en reforme bientôt une nouvelle.

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