‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 69 sur 253 · LE GLACIER DU MONT AN VERT · texte numérisé non relu

LE GLACIER DU MONT AN VERT

La surface du glacier vue du Montanvert, ressemble à celle d'une mer qui aurait été subitement gelée, non pas dans le moment de la tempête, mais à l'instant où le vent s'est calmé, et où les vagues, quoique très hautes, sont émoussées et arrondies. Ces grandes ondes sont à peu près parallèles à la longueur du glacier, et elles sont coupées par des crevasses transversales, qui paraissent bleues dans leur intérieur, tandis que la glace paraît blanche à sa surface extérieure.

Entre les montagnes qui dominent le glacier des Bois, celle qui fixe le plus les regards de l'observateur est un grand obélisque de granit qui est en face du Montanvert, de l'autre côté du glacier. On le nomme Y aiguille du Dru; et en effet sa forme arrondie et excessivement élancée lui donne plus de ressemblance avec une aiguille qu'avec un obélisque; ses côtés semblent polis comme un ouvrage de l'art; on y distingue seulement quelques aspérités et quelques fentes rectilignes, très nettement tranchées. ,

SAUSSUKE.

Lorsqu'on s'est bien repose sur la jolie pelouse du Montanvert, et qu'on s'est rassasié, si l'on peut jamais l'être, du grand spectacle que présentent ce glacier et les montagnes qui le bordent, on descend par un sentier rapide entre des rhododendrons, des mélèzes et des aroles,8 jusqu'au bord du glacier. Au bas de cette pente, on trouve ce qu'on appelle la moraine du glacier, ou cet amas de sable et de cailloux qui sont disposés sur ses bords, après avoir été broyés et arrondis par le roulis et le frottement des glaces. De là, on passe sur le glacier même, et s'il n'est pas trop scabreux et trop entrecoupé de grandes crevasses, il faut s'avancer au moins jusqu'à trois ou quatre cents pas pour se faire une idée de ces grandes vallées de glace. En effet, si l'on se contente de voir celle-ci de loin, du Montanvert, par exemple, on n'en distingue point les détails; ses inégalités ne semblent être que les ondulations arrondies de la mer après l'orage ; mais, quand on est au milieu du glacier, ces ondes paraissent des montagnes, et leurs intervalles semblent être des vallées entre ces montagnes. Il faut d'ailleurs parcourir un peu le glacier pour voir ses beaux accidents, ses larges et profondes crevasses, ses grandes cavernes, ses lacs remplis de la plus belle eau renfermée dans des murs transparents de couleur d'aigue-marine9; ses ruisseaux d'une eau vive et claire, qui coulent dans des canaux de glace, et qui viennent se précipiter et former des cascades dans des abîmes de glace. Je ne conseillerais cependant pas d'entreprendre de le traverser vis-à-vis du Montanvert, à moins que les guides n'assurent qu'ils connaissent l'état actuel des glaces, et que l'on peut y passer sans trop de difficulté. J'en courus les risques dans mon premier voyage en 1760, et j'eus bien de la peine à en sortir : le glacier, dans ce moment-là, était presque impracticable du côté opposé au Montanvert. Je franchissais les fentes qui n'étaient pas trop larges; mais il se présenta des vallons de glace très profonds, dans lesquels il fallait se laisser couler pour remonter ensuite du côté opposé avec une fatigue extrême : d'autres fois, pour traverser des crevasses extrêmement larges et profondes, il me fallait passer comme un danseur de corde sur des arêtes de

SELECTIONS IN PROSE.

glace, très étroites, qui s'étendaient de l'un des bords à l'autre. Le bon Pierre Simon, mon premier guide sur les hautes Alpes, se repentait bien de m'avoir laissé engager dans cette entreprise ; il allait, venait, cherchait les passages les moins dangereux, taillait des escaliers dans la glace, me tendait la main lorsque cela était possible, et me donnait en môme temps les premières leçons de l'art, car c'en est un, de poser convenablement les pieds, de poster son corps et de s'aider de son bâton dans ces passages difficiles. J'en sortis pourtant sans autre mal que quelques contusions que je m'étais faites en me laissant dévaler volontairement sur des pentes de glace très rapides, que nous avions à descendre. Pierre Simon descendait en se glissant,10 debout sur ses pieds, le corps penché en arrière et appuyé sur son bâton ferré; il arrivait ainsi au bas de la glace sans se faire aucun mal.11

§S6, SÉGUR, 1753-1830

Louis-Phtlippe, comte de Ségur, naquit à Paris le 11 décembre 1753.

M. de Ségur s'est distingué dans la carrière des armes, de la diplomatie et de la littérature. Ses compositions historiques annoncent des connaissances, du jugement et cette étude du cœur humain que donnent l'expérience de la vie et une position élevée dans la société. " M. de Ségur, dit Dussault, est un homme de beaucoup d'esprit ; il écrit avec élégance, grâce et clarté ; il a autant de pureté dans le jugement que de droiture dans le cœur."

On a de M. de Ségur: 1° Pensées politiques ; 2° Tableau politique de V Europe depuis 1786 jusqu'en 1796; 3° Contes, Fables, Cliansons, etc.; 4° Histoire de V Europe moderne; 5° Galerie morale et politique; 6° Pensées, Maximes et Réflexions; 7° Histoire universelle, ancienne et moderne, ouvrage où les faits historiques sont présentés dans un style élégant. Mais tous ces ouvrages sont d'un esprit souvent frivole et conviennent peu à la jeunesse.

Cet écrivain mourut le 27 août 1830, ayant presque perdu la vue.

Il a lui-même décrit, dans cette phrase, tout ce qu'il a été :

" Le hasard a voulu que je fusse successivement officier général, ambassadeur ^ poète, auteur dramatique, publi ciste, historien, député, conseiller d'État, sénateur, académicien et pair de France."

SÉGUR

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