‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 70 sur 253 · PORTRAIT DE JULES CESAR · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE JULES CESAR

César mourut à cinquante-six ans. Jusqu'à quarante-deux ans il n'était pas sorti du rang des citoyens, et cependant son génie faisait déjà prévoir et craindre sa domination. En quatorze ans il fit la conquête du monde ; jamais aucun homme ne le surpassa en talents, en ambition, en fortune. Nul général ne sut inspirer plus de dévouement à ses soldats : on les voyait aussi passionnés pour lui que leurs aïeux l'étaient autrefois pour la république. Il les enflammait d'un courage invincible.

La nature avait aussi bien traité César que la fortune : sa taille était élevée, son teint d'une blancheur éclatante, sa tête ovale, son visage plein et coloré, ses yeux noirs et vifs, son corps élancé. Sa constitution robuste ne fut altérée que par quelques attaques d'épilepsie. Son maintien était doux et fier, sa voix sonore ; une grâce noble brillait dans tous ses mouvements : quoiqu'il fût aussi dur, aussi infatigable dans les travaux, qu'intrépide dans le péril, on lui voyait toujours des habits somptueux, des étoffes fines, des franges magnifiques. Il ajoutait à sa parure les plus belles perles et les pierres les plus précieuses. On admirait dans son palais un grand nombre de statues et de tableaux des plus grands maîtres.

Dans les forêts de la Germanie, comme au milieu des sables de l'Afrique, on remarquait dans sa tente un parquet brillant et des carreaux moelleux. L'ordre le plus régulier et même le plus minutieux régnait dans sa maison. Il mit aux fers son panetier pour avoir servi à ses convives un pain différent du sien.

Il ne connut point les excès de la table. Caton disait de lui qu'il était le premier homme tempérant et sobre qui eût voulu renverser une république. Il ne supportait pas la résistance, mais il souffrait la raillerie. Son esprit était prompt comme son épée, il dictait à la fois à plusieurs secrétaires, et en des langues différentes; il inventa les chiffres pour garder les secrets de la politique. Il composait à cheval des poèmes, écrivait des dépêches sur son char, rédigeait ses commentaires dans sa tente, et méditait des lois en combattant. 13*

SELECTIONS IN PROSE.

Il maniait les armes avec plus d'adresse que tous les soldats romains, domptait les chevaux les plus fougueux, marchait tête nue au soleil et à la gelée, faisait cinquante lieues par jour, sur un cheval ou sur un chariot, et traversait à la nage les fleuves les plus rapides.

Politique profond, orateur éloquent, historien véridique, soldat intrépide, administrateur éclairé, vainqueur généreux, porté par la fortune, et couronné par la gloire, César, qu'on se borne trop souvent à ne vanter que comme le premier des généraux et comme le plus célèbre des conquérants, fut un homme universel. Son génie était vaste comme le monde qu'il dominait; mais de même qu'en admirant les pyramides d'Égypte, on s'étonne de voir que ces musses, victorieuses du temps, aient coûté tant de sang et d'or sans aucune utilité pour le genre humain, de même on regrette, en contemplant César, dont le nom a traversé les siècles, que sa grandeur colossale, funeste aux hommes, et fondée sur les débris de la liberté, n'ait pas eu pour base la vertu.

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