‹ French prose and poetry; being an advanced French reader; containing selections from the principal classical French poets and prose writers during the past two hundred years. Also a treatise upon French versification, and notes upon the selections, explanatory and criticalChapitre 86 sur 253 · LES CROISÉS A JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

LES CROISÉS A JÉRUSALEM

Irrités par les menaces et les insultes des Sarrasins, aigris par les maux qu'ils ont soufferts pendant le siège et par la résistance qu'ils ont trouvée dans la ville, les croisés remplissent de sang et de deuil cette Jérusalem qu'ils viennent de délivrer, et qu'ils regardent comme leur future patrie.

Bientôt le carnage devient général. Ceux qui échappaient au fer des soldats de Godefroy et de Tancrède, couraient audevant des Provençaux également altérés de leur sang. Les Sarrasins étaient massacrés dans les rues, dans les maisons ; Jérusalem n'avait point d'asile pour les vaincus. Quelques-uns purent échapper à la mort en se précipitant des remparts; les autres couraient en foule se réfugier dans les palais, dans les tours, et surtout dans leurs mosquées, où ils ne purent se dérober à la poursuite des chrétiens.

L'imagination se détourne avec effroi de ces scènes de désolation, et peut à peine, au milieu du carnage, s'arrêter au tableau touchant des chrétiens de Jérusalem, dont les croisés venaient de briser les fers. A peine la ville venait-elle d'être conquise, qu'on les vit accourir au-devant des vainqueurs. Ils partageaient avec eux les vivres qu'ils avaient pu dérober à la recherche des Sarrasins ; tous remerciaient ensemble le Dieu qui avait fait triompher les armes des soldats de la croix.

L'ermite Pierre, qui, cinq ans auparavant, avait promis d'armer l'Occident pour la délivrance des fidèles de Jérusalem, dut alors jouir du spectacle de leur reconnaissance et de leur joie. Les chrétiens de la ville sainte, au milieu de là foule des croisés, semblaient ne chercher, ne voir que le généreux cénobite qui les avait visités dans leurs souffrances, et dont toutes les promesses venaient d'être accomplies. Ils se pressaient en foule autour de l'ermite vénérable ; c'était à lui qu'ils adressaient leurs cantiques, c'était lui qu'ils proclamaient leur libérateur ; ils lui racontaient les maux qu'ils avaient soufferts pendant son absence, ils pouvaient à peine croire ce qui se passait sous leurs yeux, et dans leur enthousiasme ils s'éton-

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naient que Dieu se fût servi d'un seul homme pour soulever tant de nations, et pour opérer tant de prodiges.

A la vue de leurs frères qu'ils avaient délivrés, les pèlerins se rappelèrent sans doute qu'ils étaient venus pour adorer le tombeau de Jésus-Christ. Le pieux Godefroy, qui s'était abstenu du carnage après la victoire, quitta ses compagnons, et, suivi de trois serviteurs, se rendit sans armes et les pieds nus dans l'église du Saint-Sépulcre. Bientôt la nouvelle de cet acte de dévotion se répand dans l'armée chrétienne ; aussitôt toutes les vengeances, toutes les fureurs s'apaisent ; les croisés se dépouillent de leurs habits sanglants, font retentir Jérusalem de leurs gémissements, de leurs sanglots, et, conduits par le clergé, marchent ensemble, les pieds nus, la tête découverte, vers l'église de la Résurrection.

Lorsque l'armée chrétienne fut ainsi réunie sur le Calvaire, la nuit commençait à tomber, le silence régnait sur les places publiques et autour des remparts ; on n'entendait plus dans la ville sainte que les cantiques de la pénitence, et ces paroles d'Isaïe : Vous qui aimez Jérusalem, réjouissez-vous avec elle. Les croisés montrèrent alors une dévotion si vive et si tendre, qu'on eût dit, selon la remarque d'un historien moderne, que ces hommes, qui venaient de prendre une ville d'assaut et de faire un horrible carnage, sortaient d'une longue retraite et d'une profonde méditation de nos mystères. Ces contrastes inexplicables se font souvent remarquer dans l'histoire des croisades. Quelques écrivains ont cru y trouver un prétexte pour accuser la religion chrétienne ; d'autres, non moins aveugles et non moins passionnés, ont voulu excuser de déplorables excès ; l'histoire impartiale se contente de les raconter, et gémit en silence sur les faiblesses de la nature humaine.

Dix jours après leur victoire, les croisés s'occupèrent de relever le trône de David et de Salomon, et d'y placer un chef qui pût conserver et maintenir une conquête que les chrétiens venaient de faire au prix de tant de sang. On ordonna des mières, des jeûnes et des aumônes pour que le ciel daignât présider à la nomination qu'on allait faire. Ceux qui étaient appelés à choisir le roi de Jérusalem jurèrent en

MICHAUD

présence de l'armée chrétienne de n'écouter aucun intérêt, aucune affection particulière, de couronner la sagesse et la vertu. Ces électeurs, dont l'histoire n'a pas conservé les noms, mirent le plus grand soin à étudier l'opinion de l'armée sur chacun des chefs. Guillaume de Tyr rapporte qu'ils allèrent jusqu'à interroger les familiers et les serviteurs de tous ceux qui avaient des prétentions à la couronne de Jérusalem, et qu'ils leur firent prêter serment de révéler tout ce qu'ils savaient sur les mœurs, le caractère et les penchants les plus secrets de leurs maîtres. Les serviteurs de Godefroy de Bouillon rendirent le témoignage le plus éclatant à ses vertus domestiques; et dans leur sincérité naïve, ils ne lui reprochèrent qu'un seul défaut, celui de contempler avec une vaine curiosité les images et les peintures des églises, et de s'y arrêter si longtemps, même après les offices divins, que souvent il laissait passer V heure des repas, et que les mets préparés pour sa table se refroidissaient et perdaient leur saveur.

Enfin les électeurs, après avoir mûrement délibéré et pris toutes les informations nécessaires, proclamèrent le nom de Godefroy. Cette nomination causa la plus vive joie dans l'armée chrétienne, qui remercia le ciel de lui avoir donné pour chef et pour maître celui qui l'avait si souvent conduite à la victoire.

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§32. CHATEAUBRIAND, 1768-1848

Chateaubriand naquit le 7 septembre 1768, au château de Combourg, près de Saint-Malo.

Sa première jeunesse se passa dans la Bretagne, au milieu d'une nature pittoresque et sauvage. Possédé d'une inquiétude sans repos, M. de Chateaubriand partit pour l'Amérique, peu de temps avant la révolution. Il parcourut le nouveau monde, visita Washington et sa république naissante; puis, errant de solitude en solitude, inspiré par les forêts vierges, l'aspect pittoresque des neuves, le bruit des cataractes, les mœurs des habitants, il rêva les Natchez et Atala. Le style de ces ouvrages est nouveau, comme les objets, comme la nature qu'ils décrivent.

La révolution le rappela en France ; puis, ayant passé en Angleterre, il y publia en 1796 son premier ouvrage politique : Essai sur les révolutions anciennes et modernes, considérées dans leurs rapports avec la révolution française. La tendance de cet ouvrage, comme de tous ceux qu'il a écrits dans le même genre, est la fusion d'une sage liberté et des doctrines monarchiques. C'est alors qu'il commença son chefd'œuvre, le Génie du Christianisme, qui devait avoir tant d'influence sur le monde littéraire, et enfanter une si grande révolution dans les esprits.

Après" ce triomphe, il traversa la Grèce et l'Asie Mineure pour se rendre à Jérusalem. Il revint des lieux saints par la côte d'Afrique, où il visita les ruines de Carthage, et par l'Espagne, où PAlhambra, cet antique palais des califes, lui inspira le Dernier Abencerrage. C'est à son retour qu'il publia son Itinéraire, et ses Martyrs, hymne sublime, magnifique épopée, composée à la gloire de la religion. Passons rapidement sur ses écrits politiques, et arrivons à la publication de son dernier ouvrage, ses Etudes historiques, œuvre remarquable par la pureté, la gravité et la richesse du style, et par la profondeur des pensées.

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